Souviens-toi

02 août 2017

J+421 : Heu... YMCA, comme la chanson ?

Lundi 6 juin 2017, après 1h30 d'entrevue et de tests de français et d'anglais écrits et oraux :
"Ce que je vais faire c'est très rare, mais je vous offre l'emploi. Si vous voulez le poste, il est à vous."

Sous le choc, j'ai littéralement beugué. Toutes les offres que j'ai épluchées, toutes les candidatures que j'ai envoyées, tous les rejets (notamment pour cause de non nationalité) que j'ai affrontés se sont entrechoqués dans mon cerveau. Et là... Une offre. Une candidature. Une entrevue. Un emploi !
Non, c'est sûr, mon cerveau ne réalisait pas. Pourtant, je ne rêvais pas : à la veille de mon premier Canadanniversaire, le poste permanent à temps plein dans ma voie que j'attendais depuis si longtemps venait de m'être offert sur un plateau d'argent.

Une fois remise de mes émotions, le moment est venu d'annoncer la bonne nouvelle à ma famille et à mes amis. De l'autre côté de l'océan, à un ou deux mots près, j'ai systématiquement eu droit à la même réaction (parfois même avec la chorégraphie associée) : "Heu... YMCA, comme la chanson ?".
Oui. Ou presque.

Exit les icônes gays déguisés en personnages de Toy Story, le YMCA (Young Men's Christian Association) est un organisme communautaire créé en Angleterre en 1844 qui proposait, à l'origine, des activités sportives et religieuses aux jeunes hommes.
De formation en formation, j'ai découvert à quel point, depuis son implantation à Montréal en 1851, son champ d'action s'est élargi. Au-delà des gros complexes sportifs, le YMCA c'est aujourd'hui aussi :
- des programmes pour les enfants (garderie, aide aux devoirs, camps d'été...)
- des programmes pour les ados (ateliers, soutien scolaire, échanges culturels...)
- des programmes pour la communauté (activités pour les aînés, travaux compensatoires, résidence pour les réfugiés...)
et...
- une école internationale de langues.
De formation en formation, j'ai réalisé à quel point - Wow! - je venais de mettre les pieds dans un immense océan.

Le lieu que je préfère, c'est la salle de jeux à l'entrée. Quand je rentre (au Québec, on rentre au travail le matin et on quitte le soir), elle est peuplée de papys-mamies. Ping-pong, billard... leur énergie est digne de celle de mon papy. Quand je quitte en fin d'après-midi, les rides et les crânes dégarnis ont cédé la place aux boutons et aux hormones en pleine ébullition. À se demander s'ils ont rajeunis dans la journée ou vieilli dans la nuit. Les semaines ont beau défiler, à chaque fois que je passe devant cette salle, je souris. Des fois, je me demande ce qu'il se passerait, ce qu'ils se raconteraient si, dans la journée, ils venaient à se côtoyer. Je suis sure que le YMCA aussi y a déjà songé et l'a même déjà tenté...
Quand les portes de l'ascenseur s'ouvrent sur le 5ème étage, comme les étudiants, les professeurs et les membres de l'équipe administrative viennent du monde entier, - français, anglais, espagnol, portugais, chinois, japonais, italien... - les conversations fusent dans toutes les langues. Le contexte rêvé pour maintenir mon niveau d'anglais, réviser mon italien et enfin réaliser l'un de mes plus grands rêves objectifs : prendre des cours d'espagnol.

"Pourquoi est-ce que je devrais vous choisir vous?"
Mes études en langues étrangères, mon expérience de prof, mes nombreuses expériences en service à la clientèle, ma visite médicale et toutes les embûches qui ont suivi pour lever l'interdiction de travailler avec des enfants sur mon visa, mes expériences de bénévolat et de récoltes de fonds : toutes, absolument toutes mes expériences (pourtant si variées et, en apparence, non liées), tous mes combats se sont alignés pour faire sens ici et me donner les cartes nécessaires pour devenir LA personne à engager.

Petite, je rêvais d'être maîtresse enseignante (le mot "maîtresse" ne désigne pas véritablement une vocation professionnelle par icitte !). Adolescente, je me voyais prof d'anglais. Étudiante, c'est traductrice que je visais. Je voulais étudier aux États-Unis, faire un stage en Italie, du bénévolat à Bali. Je voulais m'installer au Canada, travailler pour UNIS, rejoindre l'équipe du YMCA. À 28 ans, à force de travail, de patience et d'acharnement, toutes mes ambitions professionnelles passées sont devenues réalité. Toutes. Sans exception.

Puisque tous les rêves sont réalisables, alors, un jour, sur ma carte d'affaires (carte de visite), c'est le logo de l'Unicef que l'on verra. Et ce rêve-là, c'est mon expérience au YMCA qui m'y conduira.

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26 juillet 2017

J+414 : Le marathon du rire

Juste Pour Rire. LE festival que j'attendais. De retour là où tout a réellement commencé. Et, cette année, mon badge de bénévole, j'avais bien l'intention d'en profiter. La programmation était aimantée sur mon frigo, les artistes que j'avais repérés entourés et leurs dates de spectacle ajoutées. Bref... j'étais parée !

SEMAINE N°1
LUNDI

Direction le festival dès la sortie du travail. Même partenaire de crime, même camion de poutine que l'an passé. Seul le spectacle a changé. Après le MozART group en avant-première la semaine précédente, Le Siffleur : un spectacle présenté comme une initiation à la musique sifflée. Interventions humoristiques et participation du public demandée (Oh mon Dieu ! Je sais pas siffler !). Vêtu de son costume trois pièces-queue de pie, Fred Radix est un siffleur/acteur/chanteur/danseur vivement recommandé !
En sortant, direction la scène Vidéotron pour assister au show des Village People. Maintenant que je travaille pour le YMCA, il était inconcevable de passer à côté d'une version en chair et en os de la chanson du même nom. Allez, tous en chœur : It's fun to stay at the Y, M, C, A...

MARDI
Grâce à mon statut de bénévole et ma super addiction aux réseaux sociaux réactivité, j'ai obtenu deux places pour assisté au Gala Engagés. Présenté par Laurent Paquin (humoriste québécois) et Jean-Luc Lemoine (humoriste français), les sketchs se sont enchaînés sur des thèmes variés avec, entres autres, Anthony Kavanagh comme invité.
Environnement, politique, féminisme, terrorisme : aucun sujet n'a été épargné. En ressortant de la salle Wilfried Pelletier, j'avais des abdos en béton armé... et l'estomac affamé !
Après une initiation aux frites de pois chiches (jolie découverte), je suis allée déguster ma glace crème glacée devant la scène Vidéotron où se produisait Mado Lamotte (une drag queen très célèbre à Montréal).

MERCREDI
Au réveil, j'étais super en forme pour une marmotte rentrée tard/levée tôt deux soirs de suite en pleine période de formation. Exit la vitamine D, il faudrait recommander le rire pour prévenir les coups de mou...
19h. Katherine Levac. Rodage. Le jour, l'heure, l'artiste et le spectacle que j'attendais avec impatience. Je savais qu'il était complet, mais prête à tout (y compris à rester debout tout au fond de la salle). Alors, badge de bénévole en mains, j'ai pris place dans la file d'attente... en vain. Ooooh... Trop triste, j'ai remanié mon calendrier hebdomadaire de spectacles et opté, deux portes plus loin, pour le Best of d'Éric Antoine... comme mon ancien élève boucher installé depuis quelques semaines à Montréal. C'est fou ce que le monde Montréal est petite !
À peine installés tout en haut/au fond de la salle que, pour combler les trous, on nous a vivement invités à nous rapprocher. Sérieux ?! Boh, inutile de me le répéter deux fois : troisième rangée me voilà !!! Si j'avais déjà vu la plupart des numéros au festival l'an passé, l'avantage d'avoir été aussi près cette année c'est que j'ai pu repartir avec la carte tombée à mes pieds (bonjour la groupie du pianiste de l'humoriste !) : l'as de carreau. Promotion... bonne nouvelle... rentrée imminente d'argent... aboutissement d'un projet... Y a pas à dire, j'ai bien fait de l'embarquer avec moi cette petite carte.

JEUDI
Comme le jeudi soir j'ai commencé les cours d'espagnol (travailler à l'école internationale de langues du YMCA a quelques avantages), impossible de me dédoubler : j'ai snobé le festival. Et, en même temps, tant mieux car la thérapie par le rire a ses limites. En entendant la sonnerie de mon portable au réveil, - awww... - la marmotte que je suis n'avait qu'une envie : enfuir sa tête sous la couette. En même temps, vues les températures du mois de juillet, c'est pas vraiment l'été donc, techniquement, j'ai le droit d'hiberner...

VENDREDI
Hum... et si on commandait un pichet de sangria et une assiette de nachos pour fêter l'arrivée du weekend de la fin de semaine avant d'assister au spectacle Rêveurs définitifs au Théâtre St-Denis ? Perso, je dis oui, oui, oui !
C'est donc le ventre bien rempli que nous avons assisté à un spectacle mélangeant magie traditionnelle, cirque, danse, musique et arts plastiques. Je ne sais pas si c'était la fatigue, la sangria ou tout simplement la mise en scène, mais les illusions étaient juste... Ouaouuuh !

SAMEDI
Et c'est parti pour le premier jour de mon weekend bénévolat... ou pas ! Le problème quand on agit comme si rien ne pouvait nous arrêter, c'est que notre corps finit par nous le faire payer. Phénomène qui est récemment devenu chez moi une spécialité. Du coup, obligée d'annuler. Plutôt que de risquer de m'écrouler sous la chaleur étouffante (oui, il fait enfin occasionnellement chaud à Montréal !) de la journée, j'ai passé l'après-midi dans mon lit, rideaux tirés, à tenter de récupérer touuutes les heures de sommeil que j'ai récemment plus-que-snobées.

DIMANCHE
Si la fatigue était toujours là, j'ai décrété que, cette fois, je n'y couperais pas. Mon T-shirt orange criard et mon badge (me permettant d'assister gratuitement à la quasi-totalité des spectacles proposés dans le cadre du festival), il fallait les mériter. Je les ai donc enfilés et je suis allée travailler.
Histoire de finir ma semaine marathon du rire en beauté, j'ai assisté au Gala Sketchs. Les Frenchies étaient prévenus dès le début : ce soir-là, seuls des humoristes canadiens étaient prévus. L'avantage c'est que j'ai pu 1-voir Katherine Levac en chair et en os le temps d'un sketch ou deux, 2-constater à quel point, en matière de québécois, j'ai relativement bien progressé. Allez, encore un an et je peux suivre les 4h de spectacle de Jean-Marc Parent les doigts dans le nez !

SEMAINE N°2
Mon corps ayant imposé son droit de veto après une première semaine à fond les ballons, exit les one man shows en anglais, la deuxième semaine, j'ai surtout officiellement entamé un marathon-hibernation.

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19 juillet 2017

J+407 : Bienvenue au royaume des divas

Après quelques calculs mathématiques savants, tu réalises qu'en ayant eu tes règles un mois pile poil avant tes 12 ans et en étant aujourd'hui âgée de 28 ans (Ô rage ! Ô désespoir ! Ô vieillesse ennemie !), tu as donc passé plus de la moitié de ta vie à apprendre à composer avec les pics hormonaux et les douleurs à te clouer au lit.
À défaut de pouvoir contrer la nature et sachant qu'il te reste encore quelques années à galérer avant d'être libérée, tu essaies de la maîtriser. Au fil des années, serviettes, tampons, tu as tout testé. Entre l'impression de marcher avec une couche et l'angoisse à l'idée que ta ficelle de tampon dépasse de ton maillot de bain, tu élargirais bien ton champ des possibilités. Et ça tombe plutôt bien car il existe une option très répandue parmi les dames de la ville que tu as choisie : la Diva Cup (ou coupe menstruelle).
En cette période de festival du rire, le moment est donc approprié d'aborder avec une touche d'humour mes premiers pas au club royaume des divas.

L'achat
Aaaah, la Diva Cup ! De plus en plus flippée à l'idée de chopper un staphylocoque doré et de finir amputée, tu envisages l'idée de la tester. Mais, pour ça, il faudrait déjà la trouver ! Les chances étant, à priori, réduites dans une épicerie, tu te rends dans une pharmacie (en Amérique du Nord, les "pharmacies" vendent aussi des produits d'hygiène et de beauté). En toute logique, tu te diriges vers le rayon serviettes/tampons. Hum... ? Oui, alors, apparemment, la logique est une notion propre à chacun ! Tu te rabats ensuite sur le rayon tests de grossesse/condoms (préservatifs). Nope. Toujours pas. Finalement, après avoir arpenté les rayons de plusieurs pharmacies, tu finis par en trouver une qui - Oh, miracle ! - partage ta logique. Et, en termes de taille, tu as même le choix car, sur l'étagère tout en haut, deux modèles s'offrent à toi. Le n°2, plus grand/gros, étant destiné aux femmes de plus de 30 ans et/ou à celles qui ont accouché, tu attrapes le modèle n°1. 
Une fois en caisse, improbable, mais vrai, de tous tes achats, c'est la cup qui prend le monopole de la conversation :
- Oooh ! Les Diva cups sont en promo ?
- Oui. Du coup, on s'est dits que c'était l'occasion de tester.
- Vous allez voir, c'est merveilleux. (...) Bon essayage !
Heu... Merci... ???

L'insertion
Oh shit! En voyant la taille et la forme de l'objet du monstre, tu te rappelles soudain pourquoi tu as mis si longtemps à te décider. Pour t'auto-rassurer, tu te dis que la tête d'un bébé est censée pouvoir passer. Petit guide d'utilisation en main, tu focalises toute ton attention sur la marche à suivre :
Étape n°1 : Plier
La figure n°2 te semble bien compliquée. Moui, bon, inutile de se compliquer la tâche, tu optes pour la figure n°1.
Étape n°2 : Tenir la coupe
C'est le moment que ton cerveau choisit pour te remémorer l'anecdote Diva-glissante-volante d'une copine. Du coup, tu commences à paniquer - Si le monstre en silicone me glisse des mains, c'est dans la cuvette des toilettes qu'il va tomber ! - et tes doigts se resserrent autour de ta cup, quitte à la boyer.
Étape n°3 : Insérer
Détendez vos muscles vaginaux.
La voix de ta gynécologue tourne soudain en boucle dans ta tête. C'est teeellement plus facile à dire qu'à faire !
Moyennement sereine, tu repenses à tes cours de yoga balinais. Après tout, rien de tel qu'un exercice de relaxation en mode Inspirez... Expirez... pour se détendre. Inspirez... Expirez... C'est bon, Madame la cup, t'est insérée ?
Étape n°4 : Tourner
Tourner ? À 360° ??? Nan mais ils veulent m'achever !!!
Ouuuch! Nan mais comment tu veux faire faire un tour complet à une cup ventousée sans endommager au passage tes parois vaginales de façon irrémédiable ???
Dernière vérification : tu appuies sur la cup pour vérifier qu'elle est bien placée et qu'elle ne risque pas de déborder. Bien placée, bien placée... vue comme tu la sens en te relevant, tu commences à douter de la technique de la rotation à 360°...

Le retrait
Comme, à priori, ça ne te semble pas très compliqué - si tu as réussi à l'insérer, tu dois pouvoir la retirer - tu t'abstiens de lire le petit guide d'utilisateur et, très vite, tu réalises à quel point c'était une erreur.
Awww... elle est passée où ? Oh mon Dieu ! Elle a disparu !!!
Passé le pic de panique, tu pars en exploration et tu retrouves ta cup nichée tout en haut ! Heureusement qu'un vagin ne dépasse pas les 8-10 cm de profondeur !!! T'aurais l'air malin avec tes doigts de lilliputien !
Tu tentes tant bien que mal de la rattraper en la pinçant du bout des ongles et réalises au passage à quel point - Aïïïe ! - la mention "ongles ultra courts" devrait être préconisée dans leur petit bouquin. 
Prête à céder de nouveau à la panique, tu laisses à ton imagination le soin de trouver une méthode efficace pour sortir cette ostie de crisse de calice de p****n de cup à deux doigts de me mettre en tabarnaaak !!! ("rendre dingue", mais version grossier)
Inspirez... Expirez... Inspirez... Expirez...
Comme les seules images qui te viennent sont tirées de reportages sur l'accouchement, tu commences à Poussez, Madame. LA technique apparemment imparable pour la faire glisser, avec un joli petit shooter pour Dracula à la clé. Hum... appétissant !

Le bilan
Honnêtement, au début, la cup, c'est surtout merveilleusement... déstabilisant ! Et puis, après plusieurs jours, tu deviens une pro tu fais des progrès (n'exagérons rien) en retrait/insertion et tu finis même par trouver de nombreux avantages à ton nouvel investissement :
1. réutilisable, la cup permet de préserver l'environnement et ton compte bancaire en même temps;
2. contrairement aux serviettes et aux tampons, tu prends conscience de la quantité de sang que tu perds vraiment;
3. exit les angoisses car, même lorsque le seul pantalon propre qu'il te reste est blanc, si elle est bien insérée, aucune fuite ne peut venir t'importuner;
4. pas besoin de la retirer dans les toilettes du travail (où tu es déjà assez stressée à l'idée que l'on t'entende pisser !) au risque de la faire tomber ou de ressortir les doigts ensanglantés : elle tient toute la journée !
5. si, un jour, au détour d'une contraction, on te demande de Poussez, Madame, tu seras plus que bien rodée.
En résumé, oui, au début, clairement, la cup, c'est déstabilisant. Mais, avec le temps (et l'entraînement), il y a de fortes chances pour que, moi aussi, sous peu, je trouve ça merveilleux...

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12 juillet 2017

J+400 : C'est quoi ce cirque ?

Ma coloc', il y a un mois :
- OH MON DIEU est-ce que ça t'intéresse d'aller voir Volta le 7 juillet à 20h à moitié prix ???
- Sérieux ??? Aaaaaaaaaaah !
Le temps de reprendre mes esprits, évidemment, j'ai répondu OUI !

Le 7 juillet dernier, nous voilà donc parties en direction du Vieux-Port sous un ciel assorti au chapiteau : blanc et gris. Passés les beaux gosses de la sécurité, jubilation totale : j'étais à quelques mètres de cocher une nouvelle case sur ma to-do list Canada : assister à un spectacle du Cirque du soleil.
Chanteurs, musiciens, acrobates, mise en scène de show télévisé et numéro de corde à sauter en vitesse ultra accélérée : le spectacle avait pourtant bien commencé. Mais, rendue à l'entracte, j'étais pommée. Impossible de comprendre le fil conducteur et donc impossible d'embarquer vraiment dans l'enchaînement des numéros. Heureusement que la collègue de ma coloc' était là pour me l'expliquer ! D'ailleurs, elle l'avait tellement bien compris que... Hum... c'est toi l'a écrit !?
En sortant, malgré ses explications oh-combien-utiles pour suivre la deuxième partie, j'étais mitigée. Bien sûr, quand la dame accrochée à une corde par son chignon a commencé à tourner aussi vite qu'une toupie à plusieurs mètres du sol, j'avais le souffle coupé. Mais, honnêtement, si j'ai vraiment accroché sur les musiques, les jeux de lumières et les petits soucis de laveuse (machine à laver) du clown, vues la réputation et les reportages que j'avais vus sur le Cirque du soleil, je m'attendais à être éblouie par tous les numéros. Pas juste deux ou trois.
Résultat, aujourd'hui, ma to-do list Canada ressemble un peu à ça : 
☑ assister à un spectacle du Cirque du soleil
☐ assister à un deuxième spectacle du Cirque du soleil pour vraiment pouvoir me faire une idée.

Tant qu'à plonger dans l'univers du cirque, autant le faire à fond et assister, dans la même semaine, aux animations acrobatiques à ciel ouvert du festival Montréal Complètement Cirque.
Des animations, il y en avait dans les rues du centre ville (comme le spectacle Rouge dans le parc Émilie Gamelin) et dans le métro aussi. En route pour le travail, les yeux encore endormis, un Schtroumpf... deux Schtroumpfs... j'ai d'abord cru que j'hallucinais. Mais non. Pas du tout. Sur le quai du métro, il y avait bien toute une armada d'hommes, de femmes et d'enfants peinturlurés en bleu du sommet du crâne à la pointe des orteils, immobiles façon statues. Heu ??? Le temps de descendre les escaliers, nouveau quai, nouvelle ligne, d'autres bonhommes sont descendus du métro juste devant moi... peinturlurés en rose Barbie, cette fois ! Et apparemment, il existait aussi deux autres versions : jaune poussin et Géant vert.
Nan mais... c'est quoi ce cirque, Montréal ?

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05 juillet 2017

J+393 : Canada 150

Autant la St Jean est fêtée en grandes pompes avec défilé, concert retransmis à la télé et animations à fond les ballons, autant la fête nationale du Canada... Boh ! Si tu tiens vraiment à la célébrer, il n'y a qu'un seul endroit où aller : le Vieux Port. 
Direction le Vieux Port, donc, bottes de pluie aux pieds. Enfin... bottes de pluie, baskets ou tongs, ça dépend à quel moment de la journée tu as franchi ta porte d'entrée. Car, à l'instar du concert de la fête nationale du Québec, le 1er juillet n'a pas non plus échappé à la tendance météorologique de l'année. Idéales pour marcher dans la boue ou rester au sec malgré les trombes d'eau, les bottes de pluie deviennent tout de suite beaucoup plus encombrantes à porter lorsque le soleil entame une petite percée et que tes pieds commencent à transpirer, et donc à glisser. 
Atelier de maquillage, de nœuds marins, etc. Le stand que tu préfères, toi, c'est celui qui distribue des petits drapeaux et des stickers aux couleurs du Canada. C'est l'occasion d'entamer une petite collection à ramener à la maison et d'apprendre l'hymne national en anglais et en français, s'il vous plaît ! Allez, tous en chœur (histoire de faciliter le retour de la pluie !) : Ô Canadaaa, terre de nos aïeuuux...
Ce que je retiens de cette journée fériée (à part la quantité de familles de sortie !), c'est le magnifique bateau à voiles tout droit sorti de Pirates des Caraïbes. Ouaouuuh !!! Le bateau et les feux d'artifices. Pour lesquels on est partis en retard, d'ailleurs. Résultat : le ciel a commencé à s'embraser biiien avant que l'on atteigne notre destination. Du coup, on s'est arrêtés dans notre élan, loin des rives du St Laurent. Et, honnêtement, j'avoue que les feux d'artifices multicolores en arrière du pont Jacques Cartier, c'était vraiment canon ! Le festival de l'Internationale des feux Loto-Québec est officiellement lancé. Le mois de juillet va envoyer du pâté !

Le 1er juillet, c'est aussi la date à laquelle la plupart des gens déménagent. Sérieux, il doit y avoir une mafia du bail à Montréal...
Qui dit déménagement, dit tri, dit rue envahies façon marché à ciel ouvert gratuit. Et quand tu viens d'emménager dans un appartement à meubler, ça devient intéressant. Bon, cela dit, il faut tout de même rester vigilent car les punaises de lit c'est un fléau courant de ce côté-ci de l'océan.
Et niveau trouvailles, il y en a pour tous les goûts. Si ta coloc' (fan d'Harry Potter) revient tout sourire d'être tombée sur le dernier livre de J.K. Rowling, toi, tu es ravie d'avoir trouvé un... manche à balai-serpillère ! Oui, comme je disais, il y en a pour tous les goûts... vraiment pour tous les goûts !

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28 juin 2017

J+386 : Bonne fête, Jean

23 juin
Apparemment, le mois de mai n'a pas suffit : fin juin, la pluie s'invite encore régulièrement à Montréal. Et le concert de la fête nationale du Québec n'a pas échappé à la tendance météorologique de l'été : les trombes d'eau aussi étaient de la partie. 
Nouvelle année, nouveaux artistes. La Bronze mise à part (pour l'avoir découverte à la manif' des femmes), je n'en connaissais aucun.
Ce qui est marrant avec les chanteurs québécois, c'est que - style vestimentaire, gestuelle, coiffure, voix - ils ont tous un cousin-équivalent de l'autre côté de l'océan. Après Johnny Hallyday l'an dernier, on a eu droit au Julien Doré québécois cette année et à la voix d'Eddy Mitchell couplée à la chevelure de Pierre Perret. Vu comme les spectateurs maîtrisaient ses chansons sur le bout des doigts, il semblerait que Pierre-Eddy (Robert Charlebois) soit une institution par ici...
Puis, tout à coup, changement de décor, changement de chanson : des dizaines de petites feuilles de cannabis ont fait leur apparition sur le grand écran tout au fond, se raccordant parfaitement avec le titre de la chanson (Ô Cannabis). Une chanson prônant la consommation de cannabis avec un titre ressemblant étrangement à celui de l'hymne national canadien (Ô Canada), y a pas à dire, c'est un petit coquin ce Monsieur Charlebois ! 

24 juin
Pour moi, cette année, pas de défilé, ni de fête de quartier. Mon déménagement, initialement prévu au 1er juillet, ayant été avancé, mon activité principale de la journée aura été de faire mes valises.
Une fois ma montagne de sacs, boîtes et valises bien entassée dans un coin façon tétris, direction la terrasse de mes amis pour un barbecue. Dans un décor de briques et de palettes, sur fond de musique d'un concert joué dans un parc à proximité, à moi les saucisses, les merguez, les légumes grillés et la super soirée posée !
Pas non plus de photos touristiques par milliers. Pour moi, la fête nationale du Québec a un petit goût d'intégration, cette année.

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21 juin 2017

J+379 : Ce que j'aime chez toi

Je me souviens encore de la toute première fois où, fraîchement débarquée à Montréal, je suis allée faire l'épicerie (faire les courses). Il me fallait de quoi souper (dîner) et de quoi remplir mon bol au déjeuner (petit déjeuner). Je me souviens encore de mon état de décomposition à la vue du prix de produits du quotidien comme la mozzarella et le jambon, du paquet de pâtes et du pot de sauce tomate dans mes bras et de mon désarroi en sortant : mais comment je vais faire pour survivre pendant deux ans ???

On me demande parfois ce qui me manque le plus icitte. Si, actuellement, mon rêve absolu serait d'acheter du pain, du vin et du fromage avec un billet de 10€ (15$) et de revenir avec du change (de la monnaie), honnêtement, je ne suis en manque de rien. Au contraire, un an plus tard, je ne survis pas, je vis. Plutôt bien, même, d'ailleurs. Au plus grand bonheur de mon estomac (et de mon portefeuilles). Car, au-delà du fait que tout se trouve sur l'île de Montréal et que (moyennant un emprunt !) je pourrais manger de la baguette et du fromage de Savoie à chaque repas, j'ai appris à surfer sur les trois règles de base en matière d'alimentation à Montréal :
1. manger local
2. acheter en spécial
3. diversifier ses points d'achat.

Manger local
Si, au début, quelque soit le prix du jambon, tu t'entêtes à en acheter, très vite, tu ralentis drastiquement ta consommation. Puis, avec le temps, tu t'arranges pour lui trouver un remplaçant. Et tu fais de même avec de nombreux autres aliments. Exit donc le jambon blanc, l'emmental râpé, la baguette et le Kiri, dans ton frigo, il y a désormais du bacon, du cheddar en bloc, des bagels et du Philadelphia.

Acheter en spécial
Toutes les semaines, les magasins sortent une nouvelle circulaire (un catalogue) avec des promos à gogo. IGA, Métro. Un près de toi, l'autre près du boulot, ton choix s'oriente clairement en fonction des promos. Celles sur le yaourt et le chocolat noir surtout. Sans compter Pharmaprix et Jean Coutu qui, non spécialisés dans l'alimentation à l'origine, cassent leurs prix comme c'est limite pas permis. Et quand les spéciaux valent vraiment le coup, tu remplis ton panier et - bénie soit l'invention du congélateur !- tu t'affères derrière les fourneaux.

Diversifier ses points d'achat
Au fil des mois, tu réalises aussi à quel point, à moins de tomber sur de grosses promos, tu peux trouver des produits artisanaux moins chers que des produits industriels dans de nombreuses petites épiceries où tu n'as jusqu'alors jamais osé entrer. Grâce à ce concept, il y a désormais toujours chez toi des olives et de la feta en-veux-tu,-en-voilà.

On me demande parfois ce qui me manque le plus icitte.
Et si, pour une fois, on abordait ce qui me manquerait au quotidien si, à la fin de mon visa, je rentrais en Savoie ?
☑ comparer les circulaires à la recherche des meilleurs spéciaux
☑ déambuler dans les allées du Marché Jean Talon
☑ remplir mes sacs de fruits et légumes pour 15$ à tout péter
☑ pousser la porte de tout un tas de petits commerces à la recherche de produits indispensables à mon estomac
jaser (discuter) avec les commerçants qui me reconnaissent maintenant systématiquement
☑ ne pas être taxée sur les produits de première nécessité
☑ percevoir un salaire aux deux semaines
☑ être prélevée en charges à la source (puis être remboursée par le gouvernement à coup de quelques zéros)
☑ voir les usagers du métro se décaler sur les côtés pour laisser sortir la foule de passagers avant de s'engouffrer
☑ admirer les files indiennes se former à l'arrêt de bus comme au resto
☑ regarder la ville s'animer, hiver comme été, avec ses festivals et ses patinoires
☑ contempler les enfants qui, suivant les saisons, font du hockey ou du vélo dans les ruelles en arrière des maisons
☑ ...

Oui, c'est sûr, si je quittais Montréal demain, c'est tout un quotidien qui prendrait fin.

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14 juin 2017

J+372 : La saison des festivals est officiellement lancée

À l'approche du mois de juin, pour s'assurer de ne rater aucun évènement, il est recommandé de se munir d'un calendrier car les festivals (gratuits, gratuits, GRATUITS !) ont tendance à s'enchaîner voire même, à l'image du lancement des festivités, à se cumuler.
Et c'est parti pour une semaine de folie avec, au programme, de la musique, de la peinture et des voitures.

1. Les Francofolies
Tellement occupée à surligner les noms que tu connais, tu passes à côté de la case "programmation surprise" perdue au milieu de tout un tas de grands noms. Erreur. Grave erreur ! Résultat : quelques jours plus tard, c'est une fois rentrée, douchée, en pyjama que tu découvres, 20 minutes avant le début du concert (alors que tu habites à plus de 30 minutes de métro de la Place des arts) que l'artiste surprise n'est autre que... JULIEN DORÉ !!! À ce moment-là, c'est dans une boîte à mouchoirs XXL qu'il est recommandé d'investir... parce qu'il ne te reste plus que tes yeux pour pleurer !
À l'instar des festivals, les artistes francophones s'enchaînent sur les scènes. C'est l'occasion de découvrir des chanteurs québécois inconnus au bataillon et de voir en chair et en os la prestance sur scène (et la jolie tenue) de Zaho tout en remuant ton popotin sur Laisse les kouma ou de tomber en amour avec Vianney. Je m'en vais... Hum, si tu t'en vas, je peux venir avec toi ?
Quand à TRYO... Oh my God! TRYO !!! C'est tous tes souvenirs de lycéenne qui remontent en un instant. Presque tout devant, tu pourrais limite penser que tu assistes à un concert privé, en toute intimité. Et pourtant... En te retournant, tu réalises que c'est la Place des arts toute entière qui est bondée ! Et l'ambiance ? Un truc de (quelques milliers de) fouuus ! Allez, tous en cœur : c'est l'hymne de nos campagnes, de nos rivières, de nos montagnes, de la vie man, du monde animaaal... Crie-le bien fort, Use tes cordes vocales !
Au final, seule ombre au tableau : le concert d'IAM. Déjà, le public est différent. Toi, tu t'attends surtout à des Français dans les 30 ans. Mais, en fait, pas du tout. Devant toi, par exemple, il y a des jeunes racailles en devenir québécoises : débardeur XXL de basketteur, bandeau frontal de joueur de tennis et - le détail qui te donne envie de prendre un fou rire - langage des cités ponctué de nombreux tabarnaks avec un accent à couper au couteau. Pis, exit l'espace pour circuler/respirer auquel les concerts montréalais t'ont habituée : tu te retrouves littéralement coincée. Devant, des grands, à gauche, des grands, à droite... des grands. Heu... les gars, les OGM dans le biberon c'était peut-être pas une nécessité... ! Et histoire de réduire à néant toute chance pour toi de prendre des photos, avant même que les membres du groupe ne fassent leur entrée sur scène, vas-y que les racailloux du tier-quar de Montréal-City lèvent déjà tous les bras. Aaaaaarg ! Tu pourrais-tu me baisser ces bras genre là, maintenant, tout de suite ? Avec le taux d'humidité qu'il fait, en plus ! Tu veux m'achever, c'est ça ?
En parlant de décéder... foule ultra serrée et fort taux d'humidité, il n'en fallait pas plus à Madame Claustrophobie pour venir te hanter. Et, dans ces moments-là, les sonorités agressives du rap ne sont absolument pas conseillées pour essayer de te calmer ! Complètement bloquée, tu tentes à coups de coudes et de sac-à-dos de t'échapper te frayer un chemin vers la sortie. Quand tu te crois enfin au bout de tes peines - BAAAM ! - un mec bourré (marejuané ?) se jette sur un autre spectateur juste sous ton nez pour le frapper. Oh boy! Sortez-moi de là !!! Je vais hyperventiler !!!
Le pire, dans tout ça, c'est qu'à quelques mètres de toi, de nombreuses personnes ont assisté au concert en toute tranquillité, dans l'espace et la zen attitude de rigueur, en général, à Montréal.
Mais qu'est-ce qui vous a pris, ta coloc' et toi, d'aller vous mettre tout devant ???

2. MURAL
Définitivement l'un de mes festivals préférés à Montréal !
Tout plein d'artistes venus du monde entier pour recouvrir les murs du Boulevard St Laurent d'œuvres d'art sous le regard captivé des passants pendant dix jours. À la bombe, au pinceau. Des paysages, des visages. Il y en a pour tous les styles et pour tous les goûts. De quoi vous ravir, toi et ton appareil photo.
Et, au détour d'un croisement, un bus en pleine customisation. En regardant l'artiste, tu hésites un instant. Il aurait autant changé en dix ans ? Tu jettes un coup d'œil à sa signature. LSNR. Cette fois, plus aucun doute : l'homme accroupi à quelques mètres était bien au lycée avec toi. C'est fou ce que Montréal la Terre est petite !

3. Le Grand Prix
Une casquette, des lunettes de soleil et, dans la main, une glacière : l'uniforme indispensable de tout spectateur du Grand Prix qui se respecte. Les spectateurs dans le métro, c'est d'ailleurs tout ce que tu verras du Grand Prix. Pourquoi ? Parce que les billets ont, eux aussi, un grand prix !
À la place, tu arpentes les rues du Vieux Montréal à la recherche d'une exposition de belles voitures, du genre de celle que tu as vue l'an dernier. Finalement, au détour d'un croisement, c'est à une "collection" de voitures de police que tu as droit. Hum... bizarre. Intrigués, tes yeux remontent la file parquée (garée) le long de la rue pavée. Si tu ne sais pas qui les policiers ont pour mission de protéger, tu as, en revanche, un petit indice sur son capital financier car, devant le restaurant, il y a aussi. une... Lamborghini ! Rouge, flamboyante, sans salissure, ni rayure. Ouaouh ! Une fois que tu arrêtes de la mitrailler sous toutes les coutures, tu ne peux t'empêcher de te demander l'intérêt d'investir dans un char si ras du sol dans une ville aux rues aussi maganées (abîmées) que Montréal. Boh, après tout, si le propriétaire a les moyens de se payer un tel joujou, il doit aussi pouvoir assurer son entretien haut la main... 
Heu... Bonjour, Monsieur le policier. Dites, vous serait-il possible de me communiquer son numéro ?

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07 juin 2017

J+365 : 1er Canadanniversaire

7 juin 2016 - 7 juin 2017 : un an déjà !

Et quelle année !
Joie, extase, émerveillement, désillusion, repli sur soi, angoisse, dépression, lâcher prise, espoir, accomplissement, épanouissement : en un an, le tourbillon des émotions typiques des quatre phases de l'immigration ne m'a pas épargée.

On me regarde souvent avec des grands yeux écarquillés lorsque, à la question "Tu es venue toute seule ?", je réponds "Oui.". Courageuse ou complètement cinglée, leur regard est mitigé. De mon côté, après l'année qui vient de s'écouler, je pense qu'il faut être un peu des deux pour tout plaquer sans trop savoir ce qui nous attend de l'autre côté de l'océan car l'immigration est violente. Elle remet en question à la fois nos valeurs et nos convictions. Tout ce que l'on a appris, tout ce que l'on a toujours pris pour acquis vacille dès lors que nos pieds se posent sur le sol de notre nouveau pays notre nouvelle maison. Elle vient chercher au plus profond de nous nos forces comme nos faiblesses, révélant au grand jour nos doutes et nos angoisses. À se demander pourquoi on s'impose tout ça ? Peut-être tout simplement parce qu'au bout du chemin, une fois les émotions de la phase n°2 de l'immigration surmontées, on en ressort grandi et plus épanoui, aussi.

Et après ton visa, tu fais quoi ? Tu rentres à la maison ou tu restes là-bas ?
Honnêtement, après mon PVT, je ne sais pas. La vérité c'est qu'aujourd'hui j'ai deux maisons : le Québec et la Savoie. L'une m'a élevée, l'autre m'a adoptée. Si je rentre, je retrouve ma famille et mes amis. Si je reste, je garde la qualité de vie. Dans les deux cas, une part de moi vit, l'autre dépérit. 
Dans le doute, je mets toutes les chances de mon côté : je me renseigne sur la résidence permanente et la citoyenneté et je vis chaque saison, chaque événement comme si c'était le dernier. Le jour viendra où il faudra me décider. En attendant, il me reste encore un an pour en profiter. Et quoi de mieux pour commencer cette nouvelle année que d'accepter un contrat permanent à temps plein dans ma voie ? 

☑ un bail à mon nom
☑ un contrat permanent à temps plein dans ma voie
Et les amours, dans tout ça ? Tu as rencontré un Québécois ?
Boh, Québécois ou pas, le co-capitaine de ma mini-tribu de loulous à grosses joues attendra car au cœur de mon attention ces prochains mois, il y a...
☑ mon ÉPANOUISSEMENT.

Premier Canadanniversaire

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31 mai 2017

J+358 : Toc, toc, toc, Monsieur Printemps, es-tu là ?

AVRIL
Toc, toc, toc, Monsieur Printemps, es-tu là ?
Chut, je dors.
Au Canada, c’est un fait, l’hiver est looong ! Rendue au mois d’avril, si tu meurs d’envie de ranger tes bottes de neige au placard, tu t’abstiens. Comme les habitués te l’ont si souvent répété, avant fin avril, il faut rester prudent : les flocons de neige peuvent tomber à tout moment. Du coup, à l’image des Québécois, tu positives : vivement le mois de mai.

MAI
Toc, toc, toc, Monsieur Printemps, es-tu là ?
Chut, je dors encore.
Hum... oui. Alors, le mois de mai, parlons-en ! Enfin, mai... Vue la quantité d’eau (inversement proportionnelle au nombre de degrés) qu’il est tombée dans la région de Montréal au mois de mai, personnellement, j’ai plutôt eu l’impression de revivre le mois de novembre ! De la pluie, il en est tombé tellement que le fleuve du St Laurent a débordé et de nombreuses maisons ont été inondées. Heu... c’est pas tout à fait comme ça que j’imaginais ma saison préférée... Bonjour le dérèglement du calendrier saisonnier !
Hum... du coup, vivement le mois de juin ?

JUIN
Toc, toc, toc, Monsieur Printemps, es-tu là ?
Ouiii, je sors !

... ou presque !
Vivement le mois de mai, vivement le mois de juin... Rendue fin mai, là, faut pas exagérer ! Tu es à deux doigts de craquer. Pour te consoler, tu consultes ton application météo qui, après la pluie (encore et toujours de la partie), annonce du soleil pour les deux semaines à venir. Et vues les températures élevées accolées, en fait, Monsieur Printemps, tu peux retourner hiberner : c'est déjà l'été.

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24 mai 2017

J+351 : MTL 375

En 2017, c'est la fête ! 
Cette année, pendant que la Confédération du Canada célèbre son 150ème anniversaire (oui, le Canada n'a que 150 ans !), Montréal, bien plus vieille que le pays auquel elle appartient, souffle, elle, sa 375ème bougie. Et, pour fêter ça comme il se doit, Montréal-City a sorti le grand jeu : des activités gratuites en-veux-tu-en-voilà. Et quand je dis "grand jeu", la barre est vraiment tout là-haut, là-haut !

L'illumination du pont Jacques Cartier (17 mai)
Il paraît qu'il y aura des feux d'artifice.
Non, justement, ils ont dit qu'il n'y en aurait pas.
Boh... sans trop savoir ce que nous réservait la soirée de lancement des festivités, on s'est retrouvés au Village au-Pied-du-Courant, une esplanade de sable aménagée au bord St Laurent, le fleuve encerclant l'île de Montréal. Car, oui, même si j'ai encore du mal avec cette notion, techniquement, je vis sur une île depuis bientôt un an ! Du sable, de la nourriture, de la musique et le pont Jacques Cartier en arrière-plan : mis à part les bourrasques de vent, on était plutôt pas mal au pied du courant.
À 21h45, tout le monde debout, les festivités ont officiellement été lancées. Du rouge, du bleu, du vert : le pont en a vu de toutes les couleurs. Parfois même simultanément, comme avec les couleurs du drapeau arc-en-ciel, petit clin d'œil à la journée mondiale contre l'homophobie et la transphobie célébrée le jour même. Et, très vite, PAF, PAF, PAF ! Le ciel aussi s'est illuminé. Non pas une, ni deux, mais trois fois ! Ouaaah !!! On en a pris plein les mirettes mon appareil photos et moi ! On remet ça quand ? Pour les feux d'artifices, je ne sais pas, mais les lumières du pont, elles, sont, à priori, encore là pour 10 ans. Et censées changer de couleurs au fil des saisons.

Les Géants (19-mai)
Après un looong voyage en bateau en provenance de Nantes, la Petite Géante (5,50 mètres de haut tout de même, la "petite" !) et son chien Xolo ont arpenté les rues de Montréal pendant deux jours avant de retrouver son oncle, le Scaphandrier, et de se balader à ses côtés le troisième jour.
Le scaphandrier, parlons-en. Pour le voir se réveiller, direction la Place des Arts... comme la quasi-totalité de la population familiale de Montréal ! Dès la sortie du métro... C'est quoi ce ronronnement ? Tu réalises que le bruit que tu entends, c'est, en fait, le... géant ! Apparemment, Monsieur ronfle quand il dort. Bruyamment !!
Et puis, 16h05, 16h10... 17h... tu découvres qu'en plus de ronfler, le scaphandrier souffre d'un dysfonctionnement de son horloge biologique. De ton côté, à force d'attendre, tu commences sérieusement à t'impatienter quand... Tout à coup, ouverture des yeux, bâillements, étirements : finis les ronflements, avec 1h de retard sur la programmation, le Scaphandrier vient de se réveiller.
Très vite, – bienvenue dans Gulliver au pays des lilliputiens – toute une armada de "petits bonhommes" en uniforme rouge s'affère autour de lui pour l'aider à enfiler son scaphandre et bouger ses membres. Une fois paré, vient le moment de se – ouaaah ! – lever. Aux oubliettes ton impatience montante, à la vue de ce "monstre marin", tes yeux s’illuminent comme ceux d’un enfant de 4 ans le matin de Noël devant son sapin. Il est tellement immense (9,50 mètres de haut) et lourd (2 tonnes) que, pour le faire avancer, les lilliputiens rouges doivent sauter deux par deux en alternance jambe gauche, jambe droite suspendus aux cordes actionnant ses pieds au rythme des commandes vocales audibles par la foule.
Et c’est parti pour une petite escapade citadine dans le centre ville avec passage d’obstacles sur fond de spectacle, histoire de faire briller encore un peu plus tes yeux. Rendus à l’arche de Chinatown, quand les lilliputiens commences à traficoter les harnais du Scaphandrier, toi, tu envisages naïvement qu’ils vont l’asseoir pour passer en-dessous. Mais pourquoi faire simple (et emprunter une rue sans arche) quand on peut faire compliqué (et suspendre le géant par le casque pour le faire passer au-dessus de l’arche) ? Lui qui est plutôt habitué à nager en eaux profondeurs a, pour le coup, eu l’occasion de côtoyer les oiseaux.
Le convoi du Scaphandrier à peine passé, c'est au tour de la Petite Géante d'arriver de l’autre côté au volant de sa trottinette et en compagnie de son chien, Xolo. Beaucoup plus petite que son oncle car censée représenter une enfant, elle est néanmoins dotée de paluches concurrençant très sérieusement les pattes d’un éléphant !!!
Sur le chemin du retour, exit les lunettes d’aviatrice et la trottinette, la mistinguette s’est lancée dans une série de squats, sans négliger, au préalable, une petite séance d’échauffement à base de rotation de tête, puis de buste.
Xolo, de son côté, maintenait fièrement entre ses dents l’accessoire essentiel pour tout chien qui se respecte : son jouet.

Illuminations, feux d’artifices, marionnettes géantes... Y a pas à dire, elles ont envoyé du pâté ces premières festivités !

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17 mai 2017

J+344 : À l'extrême

Petite, je jouais aux Barbies, je leur inventais une vie. Elles avaient un mari, une maison bien fournie et tout un tas de petites Shellys. J'adorais mes poupées, je m'en occupais comme si elles étaient vraies et mes dessins animés préférés avaient tous en vedette une princesse. J'aurais tout donné (à commencer par mon démon de petite sœur) pour pouvoir porter la magnifique robe de bal jaune à paillettes de Belle.
Mais que s'est-il donc passé en grandissant ?
Oui, je sais que le combo robe-talons aiguilles c'est joli (sexy ?) et que ça allonge mes jambes de manière inégalable en jeans-baskets, mais il faut avouer qu'au quotidien, c'est moyennement pratique. Surtout pour courir dans les rues pavées de Turin (à moins, évidemment, de vouloir se la jouer façon Cendrillon, la robe de princesse et le richissime beau gosse couronné sous le charme en moins). Bref, oui, va donc Dieu savoir ce qu'il s'est passé, mais, en grandissant, au placard Belle et Cendrillon, les énormes robes à paillettes et les talons hauts : moi, ce dont je rêvais plus que tout c'est d'apprendre à me battre comme Mulan et Xena. Rien d'étonnant donc à ce que, quelques années plus tard, j'investisse dans des gants de boxe et j'apprenne à manier un kubotan, quitte à devoir justifier l'origine des bleus sur mon corps après chaque entraînement, ni que j'ajoute à ma bucket-list "course d'obstacles dans la boue".
Et comme mon truc à moi c'est de réaliser mes rêves, mêmes les plus fous, après le Mud Day en 2015, j'ai motivé mes amis pour m'accompagner à la Course Extrême de Saint-Calixte (à 1h15 de route au nord de Montréal).

Après des semaines d'entraînement intense (ou pas, dans mon cas !) :
☑ barres de céréales
☑ baskets
☑ elastoplaste
Et c'est parti, mon kiki ! (interdiction de juger l'expression)

Ici, pas besoin d'avoir l'autorisation d'un médecin (et heureusement, vu le prix d'une simple consultation !), une décharge de responsabilités suffit. Cette fameuse petite feuille recto verso où tu attestes que tu as parfaitement conscience des risques et dangers auxquels tu vas être exposée et que, non, tu ne les poursuivras pas en cas de pertes, de dommages, de blessures graves ou de décès. Bon, en même temps, j'ai envie de dire que, si tu meurs, tu seras difficilement en mesure de quoi que ce soit...

Le temps de m'échauffer, j'étais parée... pour mieux cracher mes poumons dans la foulée ! What the f***? C'est quoi cette montée ???
Voilà à peu près ce que mon cerveau en a pensé :
En bas : Allez, motivation à fond les ballons : j'y vais en courant.
À mi-chemin : Oh mon Dieu ! Je vais achever mes poumons ! Je continue en marchant.
En haut : Heu... on peut faire une pause pour que je reprenne ma respiration ?
Attaquer par une montée, nan mais quelle idée !? On n'aurait pas pu commencer par ramper ? Ah ben, pour ça, y avait qu'à demander ! Ramper, enjamber, escalader... tous les verbes d'action en -er y sont passés. Et puis... Oooh, les échelles horizontales ! Je les attendais. On avait un compte à régler, elles et moi, depuis que, deux ans plus tôt, j'ai tout lâché à trois barreaux de l'arrivée, tombant directement dans la piscine de boue. Pour l'adolescente incapable d'aligner deux barreaux, c'était déjà en soit un exploit, mais j'avais une revanche à prendre. Cette fois, je voulais aller jusqu'au bout. Et pour y parvenir, interdiction de refaire la même erreur : exit les "Tu n'y arriveras pas. Tu vas tout lâcher.", bonjour les "Tu peux y arriver. Tu VAS y arriver.". Au summum de la détermination, de balancements en balancements, les barreaux, je les ai passés les uns après les autres et...
BAAAM ! Youhouuu !!! T'as filmé ?
Non.
Bon, ben, sur le montage vidéo, pas d'exploit de fou, il n'y aura que mes passages d'obstacles en mode mamie !

Quand on y réfléchit, en fait, cette petite victoire personnelle résume bien ma vie ces derniers mois : tout est possible, tout est réalisable. Tout ce que ça prend ? De la confiance en soi.

art

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10 mai 2017

J+337 : A voté

Si, en 2008, à défaut de pouvoir voter, j'ai entamé une collection de produits à l'effigie de Barack Obama distribués un peu partout sur le campus de mon université américaine (y compris un magnet de frigo alors que, non, je n'avais pas de frigo !), cette fois, c'était différent. Cette fois, c'est l'avenir de mon pays dont il était question. Pour un vis-ma-vie-d'électrice-expat'-en-8-étapes, c'est par ici que ça se passe : 

Étape n°1 : La campagne présidentielle (officiellement à partir du 21 mars, officieusement depuis très beaucoup trop longtemps !)
Polémiques, scandales, mensonges, haine... Oulala, tout ce brassage d'énergies négatives depuis des mois, ça te fait angoisser. Du coup, tu boycottes les médias pendant plusieurs mois pour te protéger. Sauf qu'au bout d'un moment, il faut bien te rendre à l'évidence : l'échéance avance, il serait grand temps de commencer à t'y intéresser.

Étape n°2 : Le débat à 11 candidats (4 avril)
Les programmes écrits, c'est bien beau, mais, toi, tu élis avant tout un être humain. Alors, quand tu apprends qu'il va y avoir un débat avec tous les candidats, tu sautes de joie (façon de parler, hein, loin de toi l'idée de sautiller sur place tel un kangourou déchaîné).
Décalage horaire oblige, une fois chez toi, tu as droit aux dernières minutes du débat. À voir leurs mines déconfites et leurs traits extrêmement tirés, tu imagines à quel point - Oh mon Dieu ! - ils ont dû se tacler. Et puis...
Comment comptez-vous rassembler ?
Oh, ça c'est une bonne question ! Petit Bisounours (Câlinours) optimiste, tu es toute ouïe.
Je ne veux pas rassembler les Français.
Et BAM ! (ça, c'est le bruit sur le goudron de ton bidochon de Bisounours tout dodu qui vient de dégringoler de son nuage).
Ces quelques minutes de conclusion auront suffi pour te faire réaliser 1-que tu retournerais bien à l'étape n°1, 2-à quel point tu as changé ces dix derniers mois. Tu n'attends pas juste patiemment au passage piéton (même après avoir checké que, non, il n'y a aucun policier à proximité) que le petit bonhomme blanc t'invite à traverser. À l'image du pays dans lequel tu vis, tu écoutes, tu discutes, tu collabores, tu souris, tu apprécies. 
Mouai... bon, du coup, moyennement sereine à l'idée de reprendre en replay l'intégralité de leurs échanges dignes d'une cours de récréation, tu passes directement à l'...

Étape n°3 : Les interviews individuelles (20 avril)
Pas d'attaques, pas de cris, ni d'interruptions : ces 15 minutes de face-à-face s'annonçaient plutôt bien pour découvrir les programmes des 11 candidats. Ah oui, mais non. C'était sans compter sur l'attitude typique de maudit français de ne pas suivre les consignes sous prétexte de les désapprouver et la technique d'attaque à caractère misogyne en réponse à une simple question. Sentiment infondé de persécution du jour, bonjour !
Résultat : la colonne de candidats pour lesquels tu ne voteras pas se remplit à grand pas. Par contre, le nom de celui que tu glisseras dans l'urne dans deux jours, heu... non, toujours pas !

Étape n°4 : Le premier tour (22 avril, décalage horaire oblige)
Dès la sortie du métro...
Oulala, mais c'est quoi tous ces gens ?
En fait, tous ces gens, ce sont quelques centaines des 57 000 Français inscrits sur les listes électorales de Montréal qui se sont probablement dit la même chose que toi : On va y aller pendant midi. Il y aura moins de monde. Hum... moui. Bon. Aors, apparemment, les Français de Montréal, le midi, ils mangent pas ! Du coup, mission n°1 : trouver le début de la file. Tu remontes le bloc, tu prends le virage au croisement, une fois, deux fois, puis, lorsque tu finis par la trouver (yeaaah ! - ascenseur émotionnel ascendant), tu réalises qu'il y a une deuxième file de l'autre côté, pile devant l'entrée du collège où tu es censée voter (awww... - ascenseur émotionnel dégringolant). Heu... Messieurs, Madame, les policiers de la garde montée, auriez-vous la gentillesse québécoise d'éclairer ma lanterne et de m'indiquer où je suis supposée me placer ? Ah... ben, apparemment, les deux blocs de gens ne constituent en fait qu'une seule et même file. Sérieux ? Oui, oui. Sérieusement !
Tant qu'à poireauter sagement sous les gouttes de pluie, tu te cherches des passes-temps. Comme tu ne sais toujours pas pour qui voter (!), tu commences par lire les programmes et puis, lorsque tu es tannée (c'est-à-dire au bout de 2-3 programmes !), comme tu es en pleine recherche d'appartement, tu analyses les maisons... Moui, alors, à priori, ce n'est pas la peine de regarder les annonces du quartier... visiblement, il y a peu de chances pour que tu puisses un jour financer leur loyer...
Finalement, après 2h15 de zig-zagage dans les rues, dans la cour de récréation, puis dans les couloirs du collège réquisitionné pour l'occasion, ton cœur tout entier se remplit d'un sentiment de fierté. Comme l'a dit la madame, ça y est, c'est officiel : tu as voté !
Et puis, en sortant, tu contemples les milliers de compatriotes expatriés prêts à attendre 2 à 3h dans des conditions météorologiques typiques du mois de novembre pour pouvoir exercer le plus prestigieux de leurs droits de citoyens et tu te dis que, rien que pour voir ça, tu es contente d'avoir fait le déplacement.

Étape n°5 : Les résultats (23 avril)
Un peu comme après un contrôle, tu voudrais accéder dans la foulée aux résultats. Sauf que, non, pour ça, il va falloir attendre jusqu'au lendemain... Pfff, allez, vite, vite, horloge, on accélère le mouvement des aiguilles !
Au final, peu surprise du résultat, tu réalises que, année après année, l'élection présidentielle et Miss France ont tout de même un point commun : peu importe le candidat que tu choisiras, il ne se qualifiera pas.  

Étape n°6 : Le débat d'entre-deux-tours (3 mai)
Même si tu sais clairement pour qui tu ne voteras pas, tu attends ce moment avec impatience. Un débat, un vrai, avec l'intégralité de leurs programmes... ou pas. CLAAAP ! (ça, c'est le bruit d'une énorme claque sur tes grosses joues de Bisounours) Agressivité, haine, calomnies... Oh mon Dieuuu ! C'est potentiellement ça l'avenir de ton pays ??? Heu... Justin, ça prend quoi pour devenir Canadien ? 
Toi qui pensais initialement voter contre un candidat, tu découvres un adversaire capable de garder son sang froid même face aux pires attaques, qualité fondamentale pour occuper un poste où le maintien de bonnes relations diplomatiques est primordial. Et puis...
On doit s'interroger quand des jeunes Français ou Françaises, qui sont nés en France, qui ont grandi en France, qui ont été élevé dans notre pays [...] essaient de détruire la république qui les a nourris. Regardons-nous en face.
Oh !? Complètement sonné, tu - petit Bisounours - remontes sur ton nuage. C'est bien la première fois que tu entends un homme politique prôner haut et fort tes propres convictions !
Monsieur le potentiel futur président, maintenant que vous avez mis en avant l'importance de l'éducation, il va falloir assurer. La vue est belle en haut de mon nuage, je n'ai pas du tout envie de retomber.

Étape n°7 : Le deuxième tour (6 mai)
Après les surprises du premier tour, cette fois, c'était un peu comme la mise en route d'un deuxième bébé : planification à fond les ballons.
1-Rendez-vous à l'heure de l'apéro, bouteille de vin et saucisson en mains ? Hum... vue la quantité de flics au mètre carré, à moins d'avoir beaucoup d'argent à gaspiller, non, c'est un peu trop risqué.
2-Alors au petit déjeuner, avec des croissants à 1$ l'unité ? (la Fête du croissant célébrée le jour même où des milliers de français sont obligés de poireauter pour pouvoir voter, il y a peu de chances pour que ce soit une coïncidence !) Mouai... tu es moyennement motivé à l'idée de mettre ton réveil pour aller voter.
3-Bon, ben, quand tu es prête après le déjeuner (petit déjeuner) ? Ok. Va pour l'option n°3, mais pas trop tard non plus histoire d'éviter une jolie petite crise d'hypoglycémie.
Apparemment, le consulat aussi l'a joué façon deuxième bébé : puisque le monde entier savait désormais que ce jour de vote regroupait les conditions idéales pour dégommer du français en quantité, la sécurité est renforcée. Et tout est mieux organisé. Déjà, tu as droit à une pancarte t'indiquant l'entrée. Ben oui, parce que, fini le contournement des blocs, tu zig-zagues au sein même de la ruelle avec, de chaque côté des voitures de police garées en travers comme des boucliers de protection face aux potentiels camions. Pour les affiches des candidats aussi il y a eu du changement. Cette fois, la candidate n°2 nous a considérés assez (nous, les Français de l'étranger) pour daigner nous faire parvenir son visage. Enfin... son visage, sa cuisse et son genou. Heu... vraiment, nous n'en demandions pas tant !
Plus de monde, mais aussi plus d'organisation. Résultat : 2h15 plus tard (tout de même), l'estomac sur pattes que tu es peut rentrer manger.

Étape n°8 : Les résultats (7 mai)
Les résultats étant prévus à 14h (heure de Montréal), tu en profites pour bruncher entre amies, les yeux rivés sur la télé. Plus l'heure du verdict avance, plus ton stress augmente. Tu tentes autant que possible de te rassurer :
Après s'être autant humilié pendant le débat, impossible, le bulldog ne peut pas gagner.
Moui, enfin, en novembre dernier aussi tu disais ça... et regarde ce que ça a donné !
Aaaaargh ! Tais-toi, petite voix, tais-toi.
Quand, enfin, vient le moment tant angoissé, ton cœur est à deux doigts de lâcher. Recroquevillée en position embryon, tu te demandes où tu iras dans un an si le bulldog devenait président. Et puis, lorsque le petit personnage à l'effigie d'Emmanuel Macron apparaît enfin sur ton écran, tes yeux commencent à s'embuer, tes larmes à couler. Tu ne sais pas du tout ce que les cinq prochaines années réserveront, mais tu en as l'intime conviction : à l'intersection, Marianne a pris la bonne direction.

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03 mai 2017

J+330 : Le jour où j'ai achevé mon foie

Fondue, raclette, tartiflette... moi qui pensais que mon estomac me les réclamerait au moins une fois cet hiver, pas du tout. Il faut dire qu'en matière de plats cochons (gras, riches, nourrissants), le Québec aussi en connaît un rayon.
Bien sûr, il y a la poutine qui, peu importe la saison, n'a absolument aucun souci à se frayer un chemin jusqu'à mon estomac. Mais pourquoi se contenter d'un seul plat gras quand on peut se gaver de sucre et de gras à volonté pendant tout un repas ?

Enfin, "un" repas. Un, deux, trois... tout dépend de la résistance de ton foie. Personnellement, cette année, je me suis arrêtée à deux. Mais, honnêtement, ça m'aurait pas dérangée plus que ça de la jouer façon Top 3, d'autant que la saison (ou le temps) des sucres s'étend de mi-mars à fin avril. Le tout, c'est de suffisamment espacer les orgies gastronomiques pour permettre à ton cerveau d'oublier ce que tu as fait subir à ton foie quelques semaines plus tôt.

Comme on t'a expliqué que "cabane à sucre" allait de paire avec "nourriture à gogo", le matin même, tu optes pour un déjeuner (petit-déjeuner) léger. Résultat : passée l'extase devant la cabane, les tables et les bancs à rallonge en bois, les nappes à carreaux rouges et blancs et la petite musique d'accordéon, ton attention se focalise rapidement sur le pain et le beurre déjà posés sur la table. Affamée, tu entres en mode tartine(s). Erreur ! Grave erreur de débutante. Maudite française, va ! Soupe aux pois, oreilles de crisse, cretons, pâté à la viande, jambon fumé, saucisses, omelette, pommes de terre, fèves au lard, pancakes, tarte au sucre, pouding chômeur : comment tu comptes enfiler tout ça si tu commences par te jeter sur le pain ?

Comme si tout ce gras et ce sucre ne suffisaient pas, tu aromatises chacun de tes plats de sirop d'érable. Mais où est donc passée l'époque pas si lointaine où le mélange sucré-salé te faisait grimacer ? Même si tu n'en as, certes, toujours pas chez toi (surtout évite de le préciser aux Québécois, il paraît que c'est l'élément intégration n°1), ici, le sirop d'érable règne en maître gourde d'un litre sur ta table alors ce serait balo de ne pas y toucher. D'autant qu'il faut bien avouer que ça passe aussi bien avec les pancakes que le jambon fumé ou l'omelette. Au pire, si ça a du mal à glisser, souviens-toi que le thé et le café aussi sont servis à volonté. 

Une fois le ventre bien repu, direction la sortie. Bien sûr, tu peux aller te dégourdir les pattes dans le chemin forestier voisin histoire de faciliter ta digestion ou même faire un petit tour en calèche, mais ce serait passer à côté de ce pour quoi tu es venue à la base, ce qui va finir d'anéantir ton foie : la tire d'érable. Le principe est simple. Le monsieur, qui (tradition oblige) porte, comme tes collègues québécois, une chemise à carreaux, verse la tire liquide sur des bancs de neige. Quant à toi, tu attends patiemment qu'elle durcisse assez pour pouvoir l'enrouler autour de ton bâton et la déguster telle un suçon. Oui, un suçon parce qu'une sucette, en Québécois, c'est justement un suçon. Heu... ??? Le trop plein de mon estomac étant actuellement au centre de l'attention de mon cerveau, on verra plus tard pour la raison de cette inversion...

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26 avril 2017

J+323 : Un UNIverS à part entière

"Mamaaan, ils travaillent en chaussettes et ils font la planche !"

Je connaissais le lieu et j'avais déjà rencontré la quasi-totalité des membres de l'équipe. Pourtant, en poussant la porte 1635, le 7 mars dernier (encore un 7 !), j'étais loin d'imaginer l'univers à part entière dans lequel j'avais tout fait ces huit derniers mois pour mettre les pieds.
Résumée façon top 3, ma première journée dans le monde Narnia l'univers de Google a donné à peu près ça :
1. J'étais à peine arrivée quand ma manager m'a invitée à venir avec eux à la cabane à sucre fin avril.
Heu... [tentative de connexion neuronale] le 30 ? Mais... mon contrat finit en théorie le 3. 
Hum... oui, et alors ?
Et alors ? Passée la surprise liée au fait que, dans mon pays à moi, on n'intègre pas les petits nouveaux/employés temporaires aussi vite et intensément que ça, "CA.B.A.N.E À S.U.C.R.E" : autant dire que mon estomac a capoté (être dans tous ses états, être excité, s'emballer pour quelque chose... rien à voir donc avec une "capote" française !) et moi, of course, j'ai accepté.
2. Au sol, dans l'intégralité du bureau, il y a de la moquette. Non, c'est pas ça qui m'a fait halluciner. Quoique, 10 ans plus tard, je m'interroge encore sur le pourquoi du comment de ce phénomène nord-américain. Il y a un lobby mafioso spécialisé dans le commerce de la moquette, c'est ça ? Bref. Les pas, sur la moquette, à moins de se déplacer tel un éléphant, techniquement, ça s'entend peu (ou pas, dans mon cas... d'où mon surnom les jours suivants de ninja). Mais, alors... C'est quoi ce bruit de frottement bizarre ? Intriguée, j'ai relevé les yeux et non, je n'hallucinais pas : un collègue, puis, quelques minutes plus tard, un autre collègue marchaient... en chaussettes !!!
Chaussettes, jeans, baskets : aux oubliettes le risque de potentielles boulettes de maudite française, dans mon nouvel univers à part entière, à moins d'avoir un meeting dans la journée, c'est correct !
3. Et puis, à 11h, alors que j'étais plongée à fond dans les nombreuses informations que j'allais devoir mémoriser en vitesse accélérée...
Tu viens faire la planche ?
Mon cerveau a littéralement beugué.
Heu... la quoi ???
Ah, ben... en l'occurrence, j'avais bien compris. Tous mes collègues étaient déjà au sol, prêts pour 1 minute 30 de renforcement abdominal. 

Ils travaillent en chaussettes, ils font la planche (deux fois par jour), ils travaillent côte à côte (bien qu'ils aient tous un bureau) dans la salle de réunion (rebaptisée sun room) ou dans la sofa room (qui doit son nom au canapé super confortable arrivé en même temps que moi), ils se racontent leur vie, ils font parfois des sorties, ils m'expliquent les différences culturelles autant qu'ils s'intéressent à mon pays. Et puis, en plus de leur accent rigolo (oui, bon, je sais, théoriquement, ici, celle qui a un accent, c'est moi !) et de leurs québécismes à gogo (c'est comme, bon, ben, t'sais, c'est correct, p'isvoyons, ), ils ont des conversations à l'image de la famille que j'ai toujours voulu avoir : bilingue.  

Tu fais partie de la famille maintenant.
Ils m'ont formée, ils m'ont conseillée. Ils m'ont souri, m'ont dit merci, m'ont complimentée et félicitée aussi. Ils m'ont faire rire, ils m'ont fait pleurer. Ils ont rebâti pierre après pierre lego après lego la confiance en moi que mon pays avait détruite.
Pour la toute première fois de ma vie, exit les "pas au bon endroit", les "en bonne voie", ce que je sais, ce que je sens depuis huit mois au plus profond de moi s'est confirmé : cette fois, j'étais au bon endroit. Ces six semaines (quatre, puis deux supplémentaires), c'est la raison pour laquelle, ça aussi je l'ai senti, je devais venir au Canada.

Oui, il me reste encore un bout de désert à traverser. La différence, aujourd'hui, c'est que ma sensation de soif est étanchée et qu'il a, dans mon sac à dos, une énorme gourde remplie d'eau. L'aridité et les tempêtes de sable peuvent venir me chercher, désormais, je suis parée pour les affronter les surmonter.

Parce qu'elle a déclenché un beau fou rire lors de ma fête de départ (et aussi, j'avoue, parce que je vois pas du tout dans quel thème d'article je pourrai la ressortir un jour !), voilà l'expression que m'a sortie un collègue : avoir la broue dans l'toupet (à prononcer /toupète/).
La QUOI ??? [yeux écarquillés au max de leur capacité]
Avec un peu de contexte, ça donne :
Je crois que tu te rends pas compte à quel point tu m'as aidé. Sans toi, j'aurais la broue dans l'toupet.
Toujours pas ? Bon, ok, petit cours linguistique : la broue désignant la mousse de la bière, ici, au Québec, lorsqu'une personne en a jusque dans le toupet, ça veut dire qu'elle est débordée.
Bon, ben, maintenant, à moi de provoquer un contexte pour pouvoir la réutiliser...

art

Posté par estelle_rousseau à 23:27 - Commentaires [2] - Permalien [#]