Souviens-toi

24 janvier 2018

J+596 : Time's Up

Il y a un an, j'écoutais le discours de Sue Montgomery à la Marche des femmes de Montréal.
Il y a un an, je restais bouche bée devant le nombre de mains levées, devant le nombre de femmes avouant avoir déjà été sifflées, harcelées, attouchées, violées.
Il y a un an, je prenais vraiment conscience de ce que j'avais traversé et de l'immensité de l'océan de violence dans lequel j'aurais pu me noyer.
Pas besoin de passer la frontière pour croiser le chemin d'un pervers narcissique. À en croire toutes ces mains, le Canada aussi en a tout plein.

J'en ai fait du chemin en un an.
Comprendre - J'ai découvert le nom du mal derrière mes larmes. 
Accepter - J'ai rédigé un article sur ce qui m'était arrivé.
Surmonter - J'ai arrêté de pleurer, de culpabiliser. Je suis retournée sur place. J'ai trouvé un emploi dans ma voie, eu une promotion dans les trois mois, signé le bail d'un appartement qui me plaît bien, appris à parler espagnol.

Et puis, l'automne a apporté son lot de scandales qui a lui-même entraîné une vague de dénonciation mondiale. Tous ces témoignages, toutes ces femmes qui ont parlé, affronté... osé.
De mon côté, les larmes, les questions et la peur sont revenues me hanter. Murée dans mon silence, je me suis retranchée. Harvey, Gilbert, Christian : si leur prénom est différent, la douleur reste la même.
Le harcèlement sexuel fait des dégâts. Des dégâts que personne ne voit. Et pourtant... Pourtant, ils sont bien là.

Un an plus tard, la Marché des femmes a remis ça. Je voulais y aller, voir des paroles aux actes ce qui avait changé, voir quelles mesures avaient été mises en place pour permettre à l'océan de s'assécher. À croire que l'univers en avait décidé autrement car, au même moment, j'étais en train de frapper de toutes mes forces dans un tapis de l'école de self-défense que je venais d'intégrer pour...
Bam ! Faire sortir cette colère qui me ronge depuis des mois.
Bam ! Cette colère contre lui.
Bam ! Son visage qui apparaît systématiquement quand un obstacle se dresse devant moi.
Bam ! Son regard de pervers reluquant mon corps de haut en bas.
Bam ! Ses propos totalement déplacés quand je me sens désamparée.
Bam ! Tous ces mauvais souvenirs que je préfèrerais oublier.
Bam ! Toutes ces questions qui surgissent dans mon esprit.
Bam ! Franchir les portes du commissariat à deux blocs de chez moi ?
Bam ! Porter plainte ?
Bam ! Au risque de détruire sa réputation, sa carrière.
Bam ! Au risque de déclencher sa colère.
Bam ! Au risque qu'il s'en prenne physiquement à moi.
Bam ! Et dans ce cas, qui me défendra ?
Bam ! Tu te sens vraiment de faire ça ? Moi j'aurais peur, si j'étais toi.
Bam ! Il n'y a aucune doute à avoir : ose !
Bam ! Ce qui est sûr c'est que, si tu ne fais rien, il recommencera.
Aaaaaaaaaargh... Bam ! Bam ! Bam ! BAMBAMBAMBAMBAAAM ! 
Remplie de colère contre lui. Contre moi. Mais comment j'ai pu le laisser faire voler en éclat ma confiance en moi à ce point-là ?

Chaque jour est un combat. Car, à la question "Est-ce que j'en suis vraiment sortie ?", la réponse est non. Oui, aujourd'hui, j'ai une job dans ma voie, une situation financière bien plus stable que tout ce que j'ai eu jusque-là, une patronne qui voit en moi des capacités que je ne me soupçonne même pas, mais... "Et les amours dans tout ça ?"
Les amours, il n'y en a pas. Parce que j'ai peur. Peur qu'un homme m'approche, me touche, s'en prenne potentiellement encore plus violemment à moi. J'étais forte, indépendante, courageuse, entraînée à me battre et pourtant... Au-delà de ma confiance en moi, c'est ma dignité qu'il a pris. Parce qu'en plus d'avoir peur, je me sens salie.
Oui, chaque jour est un combat. Un combat contre moi. Car je suis la seule, au fond, à pouvoir repousser l'image de son visage et le son de sa voix, à pouvoir recoller un à un les morceaux éparpillés de ma confiance en moi, à pouvoir briser les murs impénétrables des remparts derrière lesquels je me suis retranchée, à pouvoir extérioriser cette colère qui ne m'appartient pas pour un jour, enfin, de nouveau être libre, de nouveau être moi. 

You is smart. You is kind. You is important. - Aibileen, La couleur des sentiments

art

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17 janvier 2018

J+589 : Ma YMCA family

15 janvier 2018.
Ma nouvelle job (oui, "job" est féminin par icitte) a enfin commencé. Enfin, sur le papier... car, les travaux d'agrandissement n'étant pas finis, nous n'avons pas tous accès à un bureau / un ordinateur, ce qui complique fortement la passation façon chaises musicales des nos fonctions.
Si, assise à mon bureau, les yeux rivés sur l'écran de mon ordinateur, le stress et la multitude de questions ne paraissent pas, dans ce contexte d'incertitude sur lequel je n'ai aucun contrôle, ils sont pourtant bien présents. Et, dans ces moments-là, mon médicament n°1 ce sont... mes collègues.

1. Les lunch ladies
Bien que la configuration ouverte de notre bureau implique une certaine proximité, on est souvent bien trop absorbés par nos tâches respectives dans la journée pour se parler. Du coup, notre pause, c'est un peu le moment pour se retrouver / décompresser. Et comme va-Dieu-savoir-pourquoi, il n'y a que les filles pour prendre leur pause dans la salle des profs, on s'est auto-attribuées ce surnom.
Bouffe, travail, livres, séries : on parle et on rigole beaucoup aussi.

2-Les cours de québécois
Même s'ils parlent un français plus standard lorsqu'ils sont au travail (école internationale de langues oblige !), mes collègues utilisent parfois des expressions que je ne connais pas. Exemple : être effouéré (avachi) sur le divan.
Lorsque ça arrive, hop, hop, hop, crayon à papier  à mine en main, je les note de ce pas. Pas dit que je sois capable de les employer une fois ma minute-formation passée, mais, au moins, ça me donne de quoi alimenter les top 3 lexicaux de mon blog. Top 3 qui se font de plus en plus rares d'ailleurs... Preuve que les expressions me surprennent de moins en moins / que je me québéquise un peu trop bien !

3- Pat
En parlant de français de France vs français du Québec, Pat reste de loin la différence langagière à l'origine du plus gros quiproquo à date.
En arrivant au travail, un matin, ma collègue a trouvé un paquet de bonbons sur son bureau, accompagné d'un petit mot : "Merci pour tes petite gâterie. Menuisier Pat...".
Dans l'équipe, il y a eu deux genres de réactions :
- d'un côté, les Québécois, impassibles :
C'est qui Pat?
Il a fait une faute d'orthographe.

- de l'autre, les deux seules françaises de l'équipe (ma patronne et moi), mortes de rire :
What did you do to him??? (Tu lui as fait quoi ???)
C'est comme ça que j'ai découvert qu'en québécois, l'expression "faire une petite gâterie à quelqu'un" est une attention on-ne-plus-délicate-dénuée-de-toute-connotation-sexuelle.
Si, à la fin de la journée, le mystère restait entier sur l'identité de Pat-le-menuisier, au moins, on a bien rigolé !

4-Les travaux
Quand les ouvriers ont retiré les séparateurs entre les bureaux de notre open space, travailler est devenu plus compliqué. Si, malgré les séparateurs, c'est déjà un challenge pour notre cerveau, cette nouvelle hyper proximité a mis à rude épreuve notre efficacité. Le moindre bruit, la moindre conversation et notre concentration s'amenuisait. 
Et puis, de fils en aiguille, ça nous a fortement rapprochés. Plus besoin de me lever, il me suffisait de me retourner pour répondre à une question ou de rouler ma chaise pour piquer un (ou deux) bonbon dans le candy jar (pot à bonbons) sur le bureau de ma collègue.

5-Une famille
Et puis, il y a ce qui fait de notre équipe une famille : l'écoute, les conseils et les bras. Tous ces petits moments qui transforment les larmes en rire et le stress en obstacle surmontable. Une famille aux origines internationales, aux conversations bilingues. Ma famille. Ma YMCA family.

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10 janvier 2018

J+582 : La science infuse

Nouvelle année, nouvelles résolutions nouveaux objectifs (des fois que l'appellation joue sur leur réalisation...) : visiter les musées de Montréal.
Et histoire de commencer en beauté, tu cours au Centre des sciences profiter de l'offre 5 expos + 1 film IMAX pour 20$. Enfin, tu "cours"... Si la vitesse d'escargot n'est pas conseillée par les ressentis à -40°C au risque de finir cryogénisée, sprinter aussi est à éviter si tu ne veux pas glisser/tomber sur une plaque de verglas sournoisement cachée sous une couche de neige fraîche !

Le musée étant situé dans le Vieux-Port, tu en profites pour cocher une case de plus sur ta to-do list montréalaise hivernale au passage : voir le fleuve Saint-Laurent gelé. Bien décidée à affronter le froid glacial, tu longes le port (en te remémorant tant bien que mal que, à l'endroit même où gise un épais manteau neigeux, de nombreux bateaux flottent durant l'été), le parcours d'acrobranche, la grande roue, la tyrolienne, la patinoire... jusqu'au quai de l'horloge où il fait tellement froid qu'en plus d'être à moitié gelé, le Saint-Laurent fume littéralement. Émerveillée, tu enclenches le mode paparazzi et mitrailles aussi vite que possible ce spectacle majestueux. Car, avec ce froid Pôle-Nordiste, ta batterie, pourtant pleine le matin même, se décharge en moins de deux. Pour prouver que tu étais bien là, ta seule option reste de retirer ton gant et de tenter un égoportrait (selfie) car, - coup d'œil à gauche, coup d'œil à droite - en l'occurrence, autour de toi, il n'y a pas un chat !
Au retour, plaque de verglas ou pas, tu accélères le pas. Ton pouce isolé dans ta mitaine (mouffle) et le haut de tes joues, seule partie de ton visage qui dépasse de ton écharpe, commencent à geler. Tes yeux pleurent, ton nez coule... ton maquillage concurrence celui d'un clown. En mode survie, tu fonces vers les portes du musée pour pouvoir 1-te réchauffer, 2-réveiller l'enfant qui sommeille en toi pour la journée.

Le film IMAX : Les grands prédateurs
Guépard, léopard, ours polaire... : vus les monstres de prédation annoncés, tu appréhendais de voir des proies complètement déchiquetées en 3D, mais non. Il faut dire que chasser s'avère légèrement plus compliqué que ce que tu avais imaginé. C'est bien beau de pouvoir piquer à 90km/h, mais si tu n'es pas assez lourd pour sauter sur ta victime ou si cette dernière ressent les vibrations de tes pas (comme l'ours et son phoque de petit déjeuner), ça rend tout de suite la tâche légèrement plus compliquée !! 
Ce film en 3D c'est aussi l'occasion de voyager dans la savane, le Pôle Nord, la forêt amazonienne, dans les airs et à mille lieux sous la mer et d'en prendre plein la vue en nageant aux côtés d'un immense rorqual (baleine) bleu !

Génie autochtone
À l'occasion du 150ème anniversaire du Canada et du 375ème anniversaire de Montréal, le musée a créé cette exposition pour mettre en lumière la très jolie culture des premiers peuple d’Amérique du Nord.
À l'entrée, l'exposition photos Regalia met en avant des danseurs de tous les âges et de toutes les tribus autochtones canadiennes et les vêtements qu'ils créent/portent pour leurs représentations.
Dans la deuxième partie, munie d'un bracelet à puce, tu t'aventures d'écrans en décors interactifs à la recherche de vidéos et d'activités ludiques très instructives. Tu découvres comment les autochtones développent leur communauté et transmettent leur valeurs dans le respect de l'environnement depuis des générations. Tu apprends à fabriquer un inukshuk, un igloo, à tirer à l'arc, à pêcher en kayak et tu découvres les secrets de fabrication d'un amanti (ces vêtements portés par les mamans inuits leur permettant de travailler avec leur bébé coincé bien au chaud dans leur... capuche !) et du cuir (l'utilisation de la cervelle empêcherait la peau animale de pourrir... beuuurk !).
Bref. Une exposition vivement recommandée.

Fabrik
"Il faut avoir de grands rêves, de grandes ambitions et être prêt à y mettre le temps requis." - Chantal Petitclerc
Mettre au point un arsenal pour réussir à faire tomber une balle-lumineuse sans qu'elle s'allume, construire un objet capable de se déplacer à la force du vent, de flotter sur l'eau, de glisser le long d'une cordelette-tyrolienne ou encore une réaction en chaîne à taille XXL : avec un total de six défis à relever et tout un tas de matériaux et outils à disposition pour créer et assembler, tu as de quoi t'occuper pour la journée. En plus, petits et grands, tout le monde peut participer. Chose que les papas ont particulièrement bien intégrée ! Hyperconcentrés, ils sont souvent bien plus acharnés que leur progéniture au moment de la construction.

Humain
Cette exposition ludique est absolument génialissime. À peine entrée, tu découvres qu'avec 1,2kg contre 2,2kg, le cerveau est quasiment deux fois moins lourd que les excréments chez l'être humain (en même temps, vue la longueur de l'intestin-corde que tu peux tirer dans l'exposition, ça n'a rien d'étonnant...). De quoi remettre en question la soi-disant supériorité de l'espèce humaine... clairement. Quand au litre de sueur que l'on transpire par jour, beurk... c'est pas bien plus appétissant !
D'activité en activité, tu découvres comment l'être humain interprète les émotions, acquiert et utilise ses réflexes/sa motricité avec l'âge et la taille du nouveau né le plus grand. 64 cm. Soixante-quatre centimètres !!! Petite pensée pour ton amie qui accouche au même moment. Ouch !
En parlant de bébé... Au détour de l'explication du fonctionnement d'une échographie, ton ventre augmente de volume. Certes, c'est un faux, mais, en noir et blanc, sur fond d'écran vidéo, ça suffit amplement pour jouer les ascenseurs émotionnels avec ta famille et tes amis. T'es enceinte ??? Oh, mon Dieu, non !

Science 26
Au détour des ilôts, tu te mesures à des concepts scientifiques qui n'ont pas fini de t'amuser.
Face à un écran, tu découvres le panel de chaleur diffusé par les différentes parties de ton corps, face à un trompe l'œil, tu testes la résistance de ton équilibre, assise sur un fauteuil clouté, tu te la joues fakir, la main posée sur une boule électrostatique, tes cheveux défient les lois de la gravité, encerclée par des miroirs-kaléïdoscope, tu cherches quelle version de ta coloc' te regarde quand l'originale se décale par rapport à toi.... Bref.

"Mesdames et messieurs, nous vous informons que le centre des sciences fermera ses portes dans 15 minutes."
Quand le musée t'annonce qu'il est temps de rentrer, tu es toujours bien occupée. En remettant toutes tes couches de vêtements dans le hall d'entrée, tu le sais déjà : vus tous les recoins encore inexplorés, un jour, c'est certain, tu reviendras. Et peut-être même que, dans quelques années, tu emmèneras bébé Eliott avec toi.

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03 janvier 2018

J+575 : Plus froid que le Pôle Nord

Si, aux USA, à Noël, il faisait un froid de Canarda, à Montréal, pendant ce temps-là, avec des ressentis à -40°C - MOINS QUARANTE DEGRÉS ! - il faisait plus froid... qu'au Pôle Nord !
Cette vague de grand froid et les intempéries qui l'accompagnaient ont quelque peu perturbé le trafic aérien canadien.

Cleveland Hopkins International Airport
Pas de file d'attente au comptoir d'enregistrement d'Air Canada, aucune fouille de mon bagage à main au point de contrôle (ce qui m'arrive rarement aux USA), personne dans la salle d'embarquement, aucun souci au moment de monter dans l'avion : mon voyage avait bien commencé pourtant. Et puis, va Dieu savoir ce qu'il s'est passé, mon karma a déraillé.
Une fois sur la piste de décollage, on a attendu, perdu notre créneau de décollage, attendu, attendu, attendu... pour finalement découvrir que l'aéroport Pearson venait d'être fermé. Aucun vol en partance ou à destination de Toronto n'était autorisé à décoller !
Bref. Retour dans la salle d'embarquement pour une durée indéterminée, le temps pour moi de :
- voler à la rescousse d'un couple de français venu passer les fêtes de Noël avec leur fils à Cleveland qui parlait un anglais restes-du-collège plutôt approximatif à un personnel américain exclusivement anglophone. J'avais de la peine pour eux... et un peu honte de la façon typiquement française qu'ils avaient de râler aussi, j'avoue.
- consulter les alertes grand froid d'Air Canada allant jusqu'au 1er janvier. Heu... je reprends le travail le 2, les gars. Déconnez pas !
- prévenir ma cousine qu'elle se prépare à potentiellement venir me rechercher. 
Puis, - "Let's go, folks! Let's go!" - le pilote est arrivé en trombe dans la salle d'embarquement. On avait 15 minutes top chrono pour embarquer / être en place pour décoller. Certes, on avait un petit avion, mais quand même : je n'ai jamais vu un embarquement s'effectuer aussi rapidement. Bon, cela dit, pas assez, apparemment, puisqu'on a loupé notre créneau de décollage de... 5 minutes. Damn it! Du coup, on a de nouveau attendu, attendu, attendu... pour finalement décoller de Cleveland à l'heure où je devais décoller de Toronto. C'est-à-dire avec 4h de retard.

Toronto Pearson International Airport
De retour sur le sol canadien sur des pistes d'atterrissage dont l'état laissait dubitatif sur la nécessité de bloquer l'aéroport au complet (?!), j'ai de nouveau pu accéder à internet sur mon téléphone intelligent (smartphone) et découvrir que mon deuxième avion avait lui aussi tellement été retardé que je pouvais encore l'attraper (une chance vue la quantité de vols annulés !). À condition de ne pas m'arrêter pour acheter à manger. Bon, tant pis, je mangerai vers 22h en rentrant à la maison.
... Ou pas ! Car, une fois assise (à côté d'un monsieur en train de manger en plus !), si les minutes continuaient de tourner, mon avion, lui, n'a pas bougé. Fait qu'on a de nouveau loupé notre créneau de décollage et donc attendu, attendu, attendu... Arrrgh !
Quand on a enfin décollé, si mon estomac était à deux doigts de décéder, positivons, positivons : le soir, j'allais pouvoir dormir dans mon lit. Et un peu dans l'avion entre temps aussi.

Aéroport Pierre-Elliot Trudeau de Montréal
22h30 au lieu de 18h15. J'étais claquée, mais enfin arrivée. Allez, plus qu'à récupérer mon backpack et c'est bon, je pourrai enfin rentrer à la maison rempoter mon bidon. 
Une fois devant le carrousel de bagages, j'ai attendu, regardé les valises s'y accumuler au point de le bloquer, attendu, regardé les valises non récupérées s'entasser sur le côté, attendu, regardé les valises d'un autre carrousel sur les conseils d'un employé, attendu... pour devoir admettre, une heure plus tard que non, à l'évidence, je ne rentrerai pas avec mon backpack ce soir. Je n'avais plus qu'à prendre place dans la file du comptoir des réclamations qui avait, entre temps, triplé ! 
Un bus à 23h46, un à 0h17. Allez, à 23h30, vu comme la file avance, c'est jouable. On y croit. On croise les doigts.
Sauf qu'en quittant le comptoir à 23h43, j'ai eu beau courir comme une dératée dans l'aéroport (un coup à se faire arrêter par les autorités...), le bus, je l'ai raté. Si je n'avais pas été aussi épuisée, j'aurais sûrement craqué. Mais, au-delà d'un certain stade, les larmes ne sont apparemment plus fabriquées. Du coup, j'ai pris le temps de me rhabiller bien comme il faut et je suis sortie affronter les -30°C !
Habitué au froid, l'aéroport a mis au point un système de vitres-montées-sur-blocs-de-béton-/-chauffage-de-terrasses-extérieures pour protéger les usagers de la file d'attente de la perte d'un ou deux doigts. La place idéale étant juste devant l'interrupteur du chauffage... eeeeh ! 

La Société de Transport de Montréal
La ligne de métro bleue qui s'arrête à côté de chez moi étant sur le point de fermer, tout ce qui m'importait m'obsédait, c'était la combinaison de transports qui me rapprocherait au plus près de mon appartement. Quand le bus s'est arrêté à la station Lionel Groulx (bien plus excentrée que la station Berri UQAM, en plein centre ville), beaucoup de personnes sont descendues, mais, vue l'heure avancée... Je les suis, je les suis pas... ? Aaaah ! Je sais paaas !
Finalement, j'ai sauté du bus, marché rapidement et... vu le métro partir juste devant moi. Arrrrgh ! Mais pourquoi ? Pour-quoiii ??? Grosse microseconde de panique, et puis... l'écran a affiché le temps d'attente jusqu'au prochain métro. Ce qui veut dire qu'il y avait donc bien encore un autre métro. Ouf !
Treize stations de métro plus tard, l'un des deux employés qui attendaient que je finisse de renfiler mon écharpe, ma tuque (mon bonnet) et mes mitaines (mes gants) pour pouvoir fermer la porte d'entrée du métro derrière moi en a profité pour jaser (parler, faire la conversation) :
- Vous savez ce qu'on dit au Québec ?
- Non ?
- Il n'y a pas de gens qui ont froid. Il n'y a que des gens mal habillés.
Heu... à -30°C, il y a quand même une limite de froid à ne pas dépasser !
- Haha ! Bonne soirée !
C'est à ce moment-là que j'ai percuté que j'avais eu le tout dernier métro de la soirée !!

La rue Jean Talon Est
Finalement, l'employé du métro avait peut-être raison parce que, protégée par toutes mes couches de vêtements, bagage à main hyper lourd sous le bras (j'ai bien essayé de le tirer, mais sur la neige-glace non déblayée, bizarrement, ça voulait pas rouler !), les 20 minutes de trajet dans le froid, je les ai moyennement senties passer. Certes, ça picotait quand même un peu à la fin, mais j'étais tellement déterminée à rentrer me coucher que rien ne pouvait plus m'atteindre. Ni la fatigue, ni le froid, ni la faim... Oui, bon, ok, n'exagérons rien.

2h du matin.
Je n'avais peut-être pas ma valise, j'étais peut-être épuisée, mais au moins, j'étais lavée, couchée et surtout... chez moi.
Ma patronne m'avait donné jusqu'au 2 janvier pour décider si, après la fin de mon visa, je voulais rester. La réponse est là. C'est à Montréal que je me sens chez moi.

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26 décembre 2017

J+568 : A White American Christmas

Packing
Ta valise ? Ton backpack ? Quand tu prends le métro, le bus, puis l'avion en plein hiver, le format de ton bagage te pose évidemment question. Si la valise protège un peu mieux tes cadeaux, vue l'absence d'ascenseurs et la mise hors service de nombreux escalators dans le métro, plus les tempêtes de neige annoncées d'ici ton retour, c'est peut-être pas la meilleure solution. Cela dit, aux heures de pointes, avec un métro qui s'arrête 5 minutes à chaque station, un minot de 20 ans qui n'a absolument aucunement l'intention de te céder le siège sur lequel il est avachi et une chaleur inversement proportionnelle aux températures extérieures, pas sûr que le backpack soit vraiment une meilleure solution...

Traveling
À peine arrivée dans la file du point de contrôle, tu tombes sur - Oooh ! - un ami. (oui, bon, ok, aux alentours des fêtes, c'est un chouia moins insolite... mais quand même).
- On va boire un coup ?
- Ok. (histoire d'avoir bien envie de pisser dans l'avion !)
Jusqu'à ce que...
- Dernier appel pour le vol Air Canada à destination de Toronto.
- Quoi ? Déjà ?!!

... tu t'éclipses en courant.
Après une première moitié de voyage rapide, fluide, sans encombre, ton prochain vol étant à destination des États-Unis, tu te demandes à quelle sauce tu vas être mangée avant d'être autorisée à embarquer. Mais... surprise ! Exit le douanier au visage fermé qui te fait culpabiliser même si tu n'as absolument rien à te reprocher, ils ont mis en place de nouvelles bornes multilingues où tu gères tout seul ta prise d'empreintes et l'impression de ta déclaration. Du coup, tu n'as plus qu'à apporter ton petit papier au douanier super bien luné :
- Bonjour ! Vous allez où ?
- À Cleveland.
- Pourquoi est-ce que vous allez à Cleveland ? (surpris)
- Pour rendre visite à ma cousine.
- Oh ! Donc vous êtes obligée ! (en riant)
Haha... oui c'est sûr, Cleveland ne fait pas partie du top 3 des destinations aux USA, mais c'est là qu'il y a ta famille alors c'est là qu'il y a une partie de ton cœur aussi.
D'ailleurs, un mini avion passé au produit dégivrant (pour éviter qu'il se désintègre et/ou se crashe) et un vol hyper court plus tard, ta famille, tu peux enfin la serrer très fort dans tes bras.

Holidays Festivities
Les fêtes de Noël, c'est aussi l'occasion de faire tout un tas d'activités en famille.
Christmas Cookies
Beurre, farine, sucre, beurre de cacahuète, pépites de chocolat... Étoile, canne à sucre, Père Noël, sapin... Tous ces ingrédients, toutes ces formes et toutes ces couleurs de pépites décoratives affolent ta créativité. Le résultat esthétique n'est peut-être pas digne des plus grands pâtissiers, mais, toi, tu t'es bien amusée.
Up Your Feet
Cette comédie musicale retraçant la vie de Gloria Estefan est loiiin de te laisser indifférente. Si ton corps rêve de se déhancher sur les rythmes de salsa cubaine endiablée sur scène avec les acteurs-chanteurs-danseurs bourrés de talent, très vite, les thèmes abordés (l'immigration, l'amour, la légitimité professionnelle, les relations parents-enfants, la mort) transforment littéralement tes joues en... chutes du Niagara ! 
Anthony Vince Nail Spa
Autre activité, autres émotions. Ta toute première pédicure  / mise en beauté de tes pieds / râpage de peaux mortes desséchées qui prouve à quel point tu en prends soin te donne surtout envie de... rigoler.
Pour rester concentrée, tu reportes ton attention sur ton environnement. C'est fou le nombre de personnes qui s'offre une pédicure pour les fêtes de fin d'année ! C'est pourtant pas la période la plus propice pour exhiber ses pieds ! (d'où l'intérêt, d'ailleurs, de les prendre en photo et de l'envoyer à ta famille...)
En sortant, bottes de neige en mains, gougounes (tongs) aux pieds (pour permettre à tes orteils-minis-knackis polis-vernis bleu pailleté de sécher), ton but principal étant d'éviter les gros flocons et le bon gros rhume carabiné sans pour autant te rétamer, tu adoptes une démarche rapide-mais-pas-trop qui ne ressemble absolument à rien. C'était bien la peine de te faire des pieds sexy, tiens !
Cleveland State University Basketball Game
Buffet à volonté avec vue plongeante sur l'échauffement, panier-cadeau qui finira sous le sapin, chaises à même le parquet du terrain au point de pouvoir se fondre dans l'équipe le temps de l'hymne national, démonstration de pom-pom girls et match de basket suivis d'on-ne-peut-plus-près... Que demander de plus ? Heu... le beau gosse de l'autre côté du terrain ? Moui, bon... N'exagérons rien !

Christmas Eve
Bonfire
Chaque année, le village du mari de ta cousine organise un feu de joie pour le réveillon de Noël. L'occasion pour eux de revoir tout un tas de connaissances et pour toi de te réchauffer. C'est fou ce qu'il fait froid en ce moment aux USA ! Heureusement que tu as embarqué ton manteau et des bottes fourrées du Canada avec toi !
Christmas Eve Dinner
Au placard le repas interminable où les plats sont amenés un à un, les américains lui préfèrent un concept redoutablement efficace : le buffet. Après avoir remercié Dieu main dans la main avec tes voisins, tu as donc laaargement le temps de remplir ton assiette de viande, gratin de pommes de terre, asperges, petit pain, de manger, de te resservir, de manger, de garnir ton assiette de tarte aux pommes et de biscuits de Noël, de manger et d'arriver, malgré tout, à l'heure à la messe. 
The Dark Side of Christmas
Avec un titre pareil, tu te demandes vraiment ce que le pasteur a l'intention d'aborder dans son sermon. Ça paraît plutôt glauque pour une messe de Noël, non ?!
Oui, mais réaliste aussi. Car, à une époque où la médecine était limitée, où le taux de mortalité en couche était très élevé, se voir rejetée au moment d'accoucher a dû être terrifiant. La solitude, la douleur et la peur : derrière l'image enjolivée de la naissance de son fils, oui, Marie a dû être terrifiée.
Dehors, en pleine nuit, devant le clocher, sous une multitude de flocons décidément pas près de s'arrêter de tomber, la crèche illuminée était belle à regarder. Littéralement fascinée, tu te dis qu'à l'image de la scène de la nativité, toute épreuve a sa part de beauté.
Santa Is Coming to Town
En rentrant, pas de biscuits pour Santa, ni de carottes ou de flocons d'avoine pailletés pour Rudolphe et ses amis : en neuf ans, les filles de ta cousine ont bien grandi. À la place, toute la famille a eu droit à un premier cadeau pyjama lutin rayé rouge et vert avec, comme consigne, de le porter le lendemain matin au réveil.

Christmas Day
"Christmas Gift"
Dans ta famille, le matin de Noël, cette phrase est une tradition. Le but est de la prononcer en premier à chaque fois que tu croises un nouveau membre. Et, pour y arriver, toutes les méthodes sont autorisées : de la prise par surprise au point de faire sursauter au texte (texto) groupé.
Christmas Breakfast
Œufs brouillés, French toasts (11 ans plus tard, ce que le pain de mie grillé a de français reste pour toi un mystère...), bacon et... gruau de maïs. Autre tradition de Noël, mais uniquement pour le mari de ta cousine car personne d'autre ne raffole de cette chose dans la maison. Moyennement encouragée, tu tentes quand même de goûter et... honnêtement, assaisonné et beurré, c'est pas si pire. Tu en dégusterais même bien un peu plus que la toute petite quantité que tu as goûtée. Sauf que... trop tard ! Le mari de ta cousine a déjà tout mangé !
Christmas Gifts
Dans le salon, la quantité de cadeaux est proportionnelle à la hauteur du sapin : impressionnante. À l'évidence, les six petits lutins en pyjama rouge et vert ont été très sages cette année...
De tous tes cadeaux (et tu as été gâtée !), il y en a un qui t'a particulièrement refait ta journée. Enfin, un. Six. Josh, Chad, Mitch, Brad, Ryan et Cody. Six petits marqueurs de verres bodybuildés en slip de bain rouge ou vert avec, en prime, leur prénom inscrit sur leur derrière. Bon, par contre, petit bémol : à avoir investi tout leur budget dans leurs abdos, les créateurs ont un peu omis leur regard. Résultat : ils ont tous un léger strabisme. C'est balo !
Christmas Dinner
On prend les mêmes et on recommence ! Avec, au menu, cette fois : dinde, farce, sauce à la canneberge, petit pain, maïs, purée de pommes de terre, haricots verts... Tu te sers, tu manges, tu te ressers, tu manges... Bref. Rendue au dessert, tu as la peau du ventre plus-que-bien tendue... merci petit Jésus ! (je pouvais pas ne pas la faire...)

Identity Crisis
Les fêtes de fin d'année, c'est aussi le meilleur moment que ton cerveau a trouvé pour entamer une sévère crise d'identité. Il faut dire que le contexte était approprié : la période des fêtes, ton sentiment de solitude accru dû à la distance de tes proches, plus le délai de prise de décision concernant ton avenir fixé au 2 janvier par ta patronne. Et, sans le vouloir, c'est ta cousine qui l'a déclenché :
- Je te présentes ma cousine française qui habite à Montréal.
- Oh ouaouh ! Et, du coup, vous vous sentez plus quoi : française ou canadienne ?
- Hum... C'est exactement la question que je me pose au quotidien !
La vérité, c'est que tu n'en sais rien. Il y a d'un côté le pays où tu as grandi, qui t'a transmis des valeurs auxquelles tu tiens, mais dont tu fuis volontairement le quotidien. Et, de l'autre, la terre d'accueil où tu te sens bien, qui pourrait ne plus vouloir de toi du jour au lendemain. Ajoute à ça ton retour aux États-Unis, pays dont tu as parlé / rêvé pendant des années avant de pouvoir y étudier, pays dont tu apprécies la facilité qu'ont les gens de parler à des inconnus, mais où tu ne me reconnais plus. 
Du coup, en cette période de fêtes, une question tourne en boucle dans ta tête : qui es-tu ? Française, américaine ou canadienne, comme si la société t'imposait sournoisement de faire un choix, comme si tu ne pouvais pas être les deux, voire les trois à la fois. Et si tu choisissais de voir le verre à moitié au trois-quart plein ? Et si tu préférais être riche de toutes ces cultures-là ?

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19 décembre 2017

J+561 : Danse comme si personne ne te regardait

Dans le salon de mes parents, à Noël chez mes grands-parents, à mes galas depuis que j'ai trois ans, dans les fêtes de fraternité, dans les bars, en boîtes de nuit, aux anniversaires, puis aux mariages de mes amis. Modern jazz, rock piétiné, rock sauté, salsa, tango, merengue, paso doble, cha cha, zumba, danse orientale. Peu importe le style, peu importe l'endroit, danser a toujours fait partie de ma vie.

Alors, quand ma situation financière et mon planning se sont alignés, j'ai bravé le froid hivernal de bon matin comme en soirée pour participer à deux ateliers de danse orientale et une soirée swing (comme ça se fait beaucoup dans les bars de Montréal), le tout en l'espace d'une semaine.

Peu importe le jour, l'horaire, les températures, la fatigue, le rhum, comme si la terre s'était figée, comme si personne ne me regardait, étirer, déhancher, pas-chasser, glisser, tourner... sourire. ça m'a fait un bien fou de retourner danser !

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12 décembre 2017

J+554 : La première tempête de neige de la saison

Ça y est : les flocons ont débarqué en grosse quantité, l'hiver a donc officiellement commencé. C'est tout un quotidien qu'il va falloir te réapproprier.

Premier jour...
1. En ouvrant tes rideaux, - Ooooh ! C'est beauuu ! - tu prendrais bien une photo, mais ta double fenêtre est complètement givrée, impossible de la faire coulisser, ni donc d'aérer.
2. C'est parti pour quatre mois de dix minutes de préparation en plus chaque matin. Pour gérer ce temps additionnel, plusieurs options s'offrent à toi :
Option n°1 : Tu avances ton réveil de 10 minutes.
Heu... ou pas !
Option n°2 : Tu accélères ton rythme matinal.
Vue ta tête dans le cul au réveil en période hivernale, cela te paraît moyennement réalisable.
Option n°3 : Tu arrives en retard au travail.
C'est un pari risqué. Si tu te fais virer, certes, tu n'auras plus à te préparer, mais tu risques également de ne plus pouvoir payer ton loyer.
Mouai... bon... du coup... Option n°4 : Tu te la joues freestyle.
Au pire, tu décaleras de 10 minutes ta journée de travail...
3. Legging polaire, chaussettes montantes épaisses, manteau en plume d'oie, écharpe XXL, tuque (bonnet), mitaines (moufles/gants) : tu empiles les couches pour résister au froid. 
4. Tu vides la moitié de ton placard pour pouvoir attraper tes bottes de neige bien rangées dans une boîte dans un sac derrière tes bottes de pluie, ton escabeau et ta planche à repasser. Bon courage pour tout ranger !
5. Si, une fois habillée, tu as soudainement envie de pisser, retiens-toi. Et surtout, SORS DE CHEZ TOI !!! Sinon c'est l'étouffement assuré.
6. Dehors, Whatsapp, Snapchat.... tous les réseaux sociaux sont bons pour montrer à ta famille qu'il est enfin tombé plus de neige à Montréal que dans le sud de la France la semaine passée. Et puis, il faut avouer que la première tempête de neige passe toujours bien. Rendue en avril, exit la magie hivernale, tu rêveras surtout des plages de Punta Cana ou Cuba !

Deuxième jour...
1. Ton balcon a disparu sous la neige. Il va falloir pelleter. Tes bras sont moyennement enchantés à l'idée, mais, si tu ne le fais pas, ton balcon pourrait s'effondrer. 
2. En voyant le monsieur déneiger son char parqué (sa voiture garée) juste en bas de chez toi, tu repenses à l'évolution de ton opinion depuis l'hiver dernier. Il y a un an, à la question "T'as une voiture à Montréal ?", tu répondais que tu aurais une voiture le jour où tu aurais le Québécois qui va avec pour déneiger. Aujourd'hui, tu réponds surtout que, si tu n'es pas contre le Québécois, tu auras surtout une voiture le jour où tu auras un garage !!!
3. Autant tes bottes de neige sont pratiques pour les expéditions hors des sentiers battus sur le Mont Royal, autant pour aller au travail, c'est un peu chiant. En plus de ta tenue de bibendum Michelin, de ton sac à main et de ton sac à lunch, tu trimballes désormais un sac à chaussures de rechange. Cela dit, tu ne prendrais pour rien au monde la place de l'ado rebel de la société en Converse déjà détrempées. Mais comment il va faire pour tenir toute la journée ?
4. Une fois dans le métro, tu enlèves ton écharpe et tu déboutonnes ton manteau illico. C'est fou ce qu'il fait chaud ! La foule accrue d'usagers à cette période de l'année n'aidant en rien (les cyclistes, les piétons et les motards aussi prennent le métro l'hiver), tu ne peux t'empêcher de penser à Patrick Sébastien. Ah ! Qu’est-ce qu’on est serrées, au fond de cette boîte, chantent les sardines, chantent les sardines. Ah ! Qu’est-ce qu’on est serrées, au fond de cette boîte, chantent les sardines entre l’huile et les aromates !
5. Tu mets un temps fou pour te rendre chez tes amis. À croire que la distance depuis ton appartement a doublé pendant la nuit ! Mais non, tu as juste oublié à quel point c'était fatigant chiant de marcher dans la neige fraîche. 6. Ta tenue de bibendum met à rude épreuve tes facultés. Déjà qu'à cause de ton combo tuque-capuche tu n'entends rien, tu perds en plus ton équilibre et ta perception spatiale. Résultat : tu rentres beaucoup plus souvent dans les gens et tu passes, comme les Américains, ton temps à - Oups ! Désolée ! - t'excuser.

Si ces deux premiers jours ont suffi à te rappeler toutes ces petites choses qui vont, à l'évidence, vite te saouler, tu as hâte d'aller patiner sur les lacs gelés ou encore de regarder la neige tomber tout en sirotant ton thé blottie bien au chaud dans ton plaid depuis ton canapé. Parce que l'hiver c'est aussi et surtout super beau !

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06 décembre 2017

J+547 : Mon tout premier party de Noël

Icitte, le party de Noël, est une institution. De mi-novembre à mi-décembre, en fin de semaine, les salles de réception et les restaurants sont pris d'assaut.

Célébré le 25 novembre, jour-même du 166ème anniversaire du YMCA, le mien m'a posé beaucoup de questions, à commencer par la si superficielle existentielle : "on s'habille comment ?".
☐ un jeans
Oh my God! Noooon ! ☒
☐ une robe longue de gala
Heu... c'est un party de Noël les gars, pas une remise de Golden Globes ! 
☐ une petite robe
Sobre, classe, passe-partout. Merci Coco Chanel pour ce concept indémodable. ☑︎

Le jour-j à l'Hôtel Omni
En arrivant dans la salle-bar, impossible de passer à côté de l'énorme chandelier parfaitement assorti aux Lamborghini garées devant l'entrée quelques jours plus tôt. Heu... c'est autorisé pour un organisme à but non lucratif de festoyer dans un lieu aussi luxueux ??? Personnellement, je me sentais moyennement à ma place sur le coup. J'avoue.
Et puis, les autres employés sont arrivés et mon regard s'est concentré sur... les tenues. Oui, on m'avait prévenue, mais je n'en étais pas moins surprise de constater qu'il y avait effectivement de tout. Jeans, robes de gala, robes ras-la-touffe-moules-bourlets. Si je suis pour encourager les femmes à assumer leurs formes, je cautionne légèrement moins la version saucisson ficelé prêt à exploser. Meuf, mais comment tu fais ne serait-ce que pour respirer ???

Après un cocktail et un passage accessoirisé au photomaton, la soirée a vraiment commencé.
☑︎ un bon repas
☑︎ du vin (l'équivalent d'un verre chacun... à moins d'avoir un voisin qui s'abstient !)
☑︎ des animations (le genre où les chanteurs amateurs transforment les 30 secondes allouées en vrai concours de chant. Heu... on avait dit 30 secondes, les gars, pas la chanson l'album au complet !)
☑︎ de la bonne musique (au point de laisser mon dessert en plan. Ben quoi ? Dans 3 minutes, il sera toujours là. Pas la voix d'Ed Sheeran. Shape of you me voilà !)
☑︎ de la danse (des chorégraphies dignes des Sims au duo/battle de danse orientale improvisé, sur la piste bondée, entre les tables... rien ne pouvait m'arrêter. Mon Dieu ce que ça m'avait manqué de danser !)
☑︎ une exploration des étages ponctuée de quelques photos (c'est fou le nombre de boutons qu'il y avait dans l'ascenseur !).

Bref. J'ai passé une bonne soirée. Merci le YMCA !

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29 novembre 2017

J+540 : L'âge que je fais

T'as quel âge ?
Et BIM ! Pas de conversation préliminaire, pas de mise en condition. Bonjour la violence de la question !
Ça se fait pas de demander son âge à une femme ! À ta place, je ne répondrais pas.
Rapidement sauvée par une collègue ben (bien) plus vieille mature que moi, mon cerveau a quand même eu le temps de décréter qu'il était désormais un chouia réticent à répondre à cette question. À 29 ans. Déjà Seulement. Mais qu'est-ce que ce sera à 50 ans ???
Le plus important, c'est l'âge qu'on fait, pas l'âge qu'on a.
Et si je mettais en application la remarque que je fais régulièrement à ma maman ?
Tu me donnes quel âge ?
24 ans.
24 ans ? Je prends !!! 
Depuis que je suis à Montréal, on me donne très souvent 24 ans. Pas 23, ni 25. 24. C'est marrant !
Note à moi-même : en traversant l'océan, j'ai rejoint le club des Dieux : comme eux, au-delà d'un certain âge, je ne vieillis plus. À moins que ce soit dû au froid. Il paraît que ça conserve, le froid...

Mes "24 ans" c'était aussi un bon prétexte pour festoyer / faire découvrir la Savoie à mes amis. Les reblochons et les bouteilles de Perle du Lac revenus avec moi au Canada étaient donc de sortie. Au menu de la soirée ? Croziflette party !!!

Au travail, le jour-J, impossible de faire profil bas : le calendrier des anniversaires étant affiché à l'entrée de la salle de pause, parmi les professeurs, mon âge a fait l'objet d'un débat. Il semblerait que je sois trop mature professionnellement pour avoir seulement 24 ans...

Cher Mont Olympe,
L'idée de pouvoir admirer la vue jour après jour au-dessus des nuages me plaisait bien, mais, trahie par mon intégrité professionnelle, je vais devoir la mettre de côté.
Sur terre, à moi les cheveux blancs, les premières rides d'expression et - ça y est, c'est officiel ! - ma promotion !

Estelle, une mortelle à l'aube de la vieillesse sa seconde jeunesse

art

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22 novembre 2017

J+533 : Ontario Here We Go

Pour remercier l'école internationale de langues du YMCA de lui référer des étudiants étrangers, l'agence de voyages Iko Tours offre, chaque année, un weekend en Ontario aux membres du personnel intéressés. Toronto ? Les chutes du Niagara ? Tous frais payés ? Ontario here we go!!!

SAMEDI 18 NOVEMBRE
5:45am : Bip... bip... BIIIP ! Non, je plaisante. Mon réveil ne fait pas cet horrible bruit-là. Mais, à 5h45, un samedi matin, une musique douce sur fond de gazouillis d'oiseaux, ça pique pareil ! Cela dit, me lever aux aurores m'aura permis d'assister au levé de soleil rose-jaune-orange-bleu magnifique qui tentait une percée entre les gratte-ciels du centre ville.
7:00am : Départ de Montréal
... Ou presque ! Incroyable, mais vrai : les Frenchies sont arrivés avant les Québécois et, exit le quart d'heure savoyard, la toute première, c'était moi !
7:00am+++ : Le temps que tout le monde arrive, on a pris la route direction la province de l'Ontario. 8h de bus, un aperçu des Thousand Islands sous la pluie et deux pauses pipi/nourriture plus tard, on est enfin...
5pm : Arrivée aux Chutes du Niagara
Au taquet, on a commencé par l'activité la plus attendue de la soirée : le jaccuzzi de l'hôtel. Mauvaise, très mauvaise idée ! Car ce qui devait être un moment de détente a surtout mis notre ouïe et notre gestion de la colère à rude épreuve. On peut remercier pour ça le groupe de parents américains incompétents et leur progéniture jouant hurlant littéralement dans la piscine !
Piscine, jaccuzzi, douche, chutes du Niagara, pluie : y a pas à dire, l'eau a régné en maître(sse) sur notre soirée. Au plus grand désespoir de mes pieds, trempés. Il pleuvait tellement qu'aucune photo des chutes illuminées n'a fonctionné. Mon appareil photo a, par contre, lui, bien pris l'humidité et, une fois au restaurant, décidé de se mettre en veille prolongée. 
Tard pm : En rentrant à l'hôtel, nos chambres ont pris des allures de buanderie, le but étant de faire sécher nos vêtements et nos chaussures avant le lendemain matin.

DIMANCHE 18 NOVEMBRE
6:30am : Déterminée à (re)voir les Chutes du Niagara coûte que coûte, je me suis extirpée de mon lit malgré ma courte nuit pour aller faire des photos de bon matin.
7:00am : Mes bottes étant toujours trempées, système D : j'ai récupéré les sachets des verres en plastique de l'hôtel à taille parfaite pour les enfiler autour de mes chaussettes. Bon, c'est sûr que c'était loin d'être sexy, mais ça avait au moins le mérite d'être 1-invisible, 2-silencieux, 3-redoutablement efficace.
Le long de la rivière, pas un chat. Les lèves-tôt courageux étaient peu nombreux. J'avais les chutes presque pour moi. Il aurait fait moins froid, je me serais posée sur un banc pour écouter leur bruit tonitruant apaisant. 
9:00am : Départ pour Toronto
.... après un arrêt à proximité de la chute canadienne et d'une colonie d'oies. En pleine ville Las Vegas-isée, tout à fait ! Oui parce qu'autour de cette beauté de la nature, c'est un ensemble de gratte-ciels, d'attractions et de machines à sous qui s'est développé. Décrit comme ça, c'est sûr que ça fait tout de suite moins rêver... Mais, au bord de l'eau, le débit, le bruit, c'est tout simplement ouaouh ! J'aurais pu rester des heures pour prendre des photos. D'autant que le soleil nous avait même momentanément fait l'honneur de se joindre à nous.
11:30am : Arrivée à Toronto
Déposés au pied de la CN Tower, on avait 3h top chrono pour se balader. Fallait pas traîner. Mais c'était sans compter sur...
Graffiti Alley
Il existe à Toronto une ruelle entièrement recouverte de graffs d'artistes divers et variés, parfois même montréalais. Et le must, c'est d'avoir pu la remonter avec ma collègue paparazzi elle aussi / calée en street art au point de transformer une ruelle désaffectée en visite guidée personnalisée. Le pied !
Kensington Market
Une collection de tentures suspendues dans la cour avant, des bijoux vendus en bord de rue, une maison peinte façon ciel nocturne étoilé : j'ai beaucoup aimé l'atmosphère hippie qui régnait dans ce quartier. Et l'étalage de lunettes farfelues avec lesquelles on s'est bien amusés...
Chinatown
... au point de devoir traverser le quartier chinois au pas de course pour éviter que le bus parte sans nous ! (en prenant toutefois le temps de beuguer en chemin sur la taille XXL des carottes et autres légumes à priori hyper méga OGMés. Oh mon Dieu !)
2:30pm : Départ de Toronto
Enfin, ça, c'était sans compter sur les bouchons dignes des grandes villes ! Et si on regardait un film pour s'occuper ? Moui alors, à part le début et la toute fin, j'avoue que mon attention s'est... comment dire... comme momentanément mise en veille. ZzzZzzZ...

Un grand MERCI à Marcus pour ses indénombrables "Sooo romantic!" et recommandations de la très célèbre chaîne de "restaurants" canadienne "Tiiim Hortooons!". Vivement l'an prochain !

Top 3 Petit boulet des repas
Un, deux, trois repas. Trois aventures qui n'arrivent qu'à moi !
1. Wendy's (samedi midi) :
Après avoir attendu une éternité dans la file d'attente (au point où mes collègues avaient fini de manger quand je les ai rejoints !), mon tour est enfin venu de commander. Au plus grand bonheur de mon estomac. De mon porte-feuille, un peu moins.
Je ne sais pas si ce sont les cents (centimes) ajoutés à mon billet de 20$ qui l'ont perturbée, quoi qu'il en soit la petite jeunette a claqué sa caisse sans me rendre mon change (ma monnaie). Heu... Excuse me? Are you gonna give me my change back? La pauvre louloute (qui a dû appeler sa manager pour débloquer la caisse) ne savait plus où se mettre. It's ok. Don't worry! Moi tout ce que je mon estomac veut, c'est passer à taaable !
2. Restaurant indien (samedi soir) :
À peine installée, j'ai retiré toutes mes affaires trempées : mon manteau, mon écharpe, puis, de ma sacoche, mon appareil photos, mon zoom, ma batterie de rechange, la carte-clé de ma chambre d'hôtel, mon téléphone, mon paquet de mouchoirs... Et là, - Oh. Mon. Dieu ! - j'ai réalisé que, en bon petit boulet, j'avais oublié de transvaser le principal : mon porte-feuille. Heureusement que j'ai des collègues en or qui m'ont avancée... C'est un coup à finir à la plonge en fin de soirée !
3. Burger King (dimanche soir) :
☑︎ file d'attente raisonnable
☑︎ prise de commandes à vitesse digne d'un fastfood
☑︎ collègue devant moi servie sans souci
Ça s'annonçait plutôt bien. Oui, mais voilà, c'est bien connu : jamais deux sans trois. (Ostie de proverbe !) J'aurais dû me méfier quand le caissier m'a annoncé un prix total inférieur au prix avant taxes affiché sur la carte...
Jusqu'à l'annonce du prix, pas de souci. Et puis, le caissier m'a rendu mon change, a posé ma facture (mon ticket de caisse) sur le comptoir près de lui et, sans un mot, ni un regard, s'est barré. Heu... ? Pensant qu'il allait revenir dans la foulée, je n'ai pas bougé, ce qui a alerté le caissier d'à-côté :
"Vous attendez quelque chose ?"
"Je ne sais pas. Il est parti sans rien dire, ni me donner ma facture."
Un client servi plus tard, rebelotte.
"Il est toujours pas là ?"
"Non."
"Vous aviez commandé quoi ?"
"Un cheeseburger bacon, avec frites et coca."
Après un petit coup d'oeil à ma facture, le caissier a fait appel à sa collègue, puis à son manager. À l'évidence, oui, j'aurais dû me méfier : mon caissier s'était trompé. Ce qui n'a absolument pas eu l'air de le géner quand, à son retour complètement à l'ouest cinq bonnes minutes plus tard, son manager le lui a fait remarquer.
Si je devais deviner son activité préférée, je dirais fumer. Mais pas des cigarettes, hein. Le genre de substances qui sera légal dans quelques mois au Canada...

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15 novembre 2017

J+526 : Winter Is Coming

Pas de John Snow, ni de guerre de trônes, mais à Montréal aussi l'hiver s'en vient. Les arbres ont capitulé, leurs feuilles sont tombées, la chaleur a déserté et, la semaine passée, les tous premiers flocons de la saison ont même fait leur apparition.
Dans les rues, le décor a littéralement changé. Longtemps cachés par la végétation, les bâtiments voisins et la colline du Mont Royal au loin sont désormais visibles depuis mon balcon. Les entrées d'immeubles et de garages ont disparu sous des toiles de tentes prêtes à servir de bouclier de protection lorsque les premières tempêtes de neige et le verglas s'abatteront. 
Les aiguilles des horloges ont reculé, la luminosité a baissé, le rythme intense de l'été s'en est allé. Bref. L'heure de la fameuse période de repli qui pousse à cogiter a sonné.

Depuis quelques années, le mois de novembre marque de forts changements dans ma vie, et pas uniquement parce que je vieillis. Il y a pile poil deux ans, je tournais à Bali la page d'un chapitre qui a bouleversé ma vie le jour-même des attentats de Paris. Il y a un an, je tendais à mon patron ma lettre de démission. Cette année, la vague mondiale de dénonciations d'actes de harcèlement et d'agressions sexuels subis par les femmes est venue titiller une blessure non cicatrisée. Retranchée, je me pose néanmoins la question. Et si réussir professionnellement et en amour n'était pas suffisant ? Et si je regrettais un jour de ne pas avoir osé ? Et si... je franchissais moi aussi les portes du commissariat de mon quartier ? 

#metoo

art

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08 novembre 2017

J+519 : Le lancer de haches

- Tu fais quoi ce weekend?
- Je vais lancer des haches!! 
- Des haches???
Une fois... deux fois... trois fois. Alors apparemment les Québécois ne font pas ça...

Attrape-touristes ? Surf sur le cliché du bucheron à chemise carottée ? Si l'origine de ce concept reste un mystère, il existe toutefois un endroit où l'on peut lancer des haches en plein centre de Montréal. Et à force d'entendre mes amis français en parler, moi aussi j'ai voulu tenter.

Le principe est sensiblement le même qu'aux fléchettes : plus tu te rapproches du centre de la cible, plus tu gagnes de points. La seule différence : l'arme. Un tantinet plus dangereuse. D'où l'intérêt d'écouter attentivement la madame (dame) employée expérimentée et de respecter les règles de sécurité.

Étape n°1 : le placement
Pour pouvoir se planter dans la cible, la hache doit faire un tour sur elle-même. Pas un demi, pas deux. À toi de trouver la distance stratégique à laquelle te placer.
Étape n°2 : la position
Le bras tendu devant toi, tu dois tenir la hache par le bas debout à angle droit. Tu plies ton coude, puis ramènes ta main près de ton oreille, la lame de la hache pendant à proximité de ton omoplate. Le but est, certes, de prendre de l'élan, mais vas-y doucement ! Surtout si la hache est à double tranchant. Rigole pas ! Il y a déjà eu des accidents.
Étape n°3 : le lancer
Inutile de lancer la hache comme un bourrin, au risque de blesser ton voisin. Si tu ne me crois pas, retourne à l'étape n°1. Comme la madame employée expérimentée l'a expliqué, si tu es bien placé(e), la lame devrait se planter.
Étape n°4 : la récupération
Avant de te jeter sur ton nouveau jouet, pense bien à checker (vérifier) que ton voisin n'est pas sur le point de lancer le sien. S'il se loupe et que la hache ricoche, c'est ton dos qui risque de finir avec des points !
Étape n°5 : le compte de points
Une fois échauffés, les garçons, la testostérone à fond les ballons, se lancent dans la compétition. Et, comme à chaque fois qu'il est question de compter les points, toi, tu ne touches presque plus rien. Un peu plus près, un peu plus loin, un peu plus souple, un peu plus fort : c'est pourtant pas faute de tout tenter. En vain.
Étape n°6 : l'élargissement des possibilités
Au bout d'un moment, histoire de varier, la madame employée expérimentée t'amène d'autres jouets. Beaucoup plus gros. Hum.... et si c'était justement ça la solution ?
... Ou pas !
Bon, à l'évidence, au lancer de haches comme au bowling, ton score yoyo ne suit aucune logique, aucune technique. Ce qui te frustre au plus au point. Du coup...
Étape n°7 : la fin
Bien que la partie soit officiellement finie, ta taille de haches préférée en mains (la plus petite, plus maniable, plus rapide), tu t'acharnes sur la cible. Et force est de constater que ça marche ! Une fois, deux fois... plein de fois !!!

Heu... les gars, pourrait-on réactiver le compte des de mes points ???

L'expression du jour bonjour
Impossible de parler bûcheronnage sans aborder L'expression "Tire-toi une bûche.". (expression qui a de quoi te perturber si tu l'entends pour la toute première fois au travail, dans un bureau en plein centre-ville bétonné de Montréal).
En apparence clichée, elle est, en fait, apparentée aux colons, qui peu fortunés, utilisaient des rondins de bois pour s'asseoir. "Tire-toi une bûche.signifie donc tout simplement "Prends-toi une chaise".

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01 novembre 2017

J+512 : Épouvantée

Fortement associé à ma démission l'an passé et à tout ce que cette expérience m'a fait traverser, l'Halloween a pris une tournure différente cette année. Plus le 31 octobre approchait, plus mon envie d'incarner le personnage sombre et complètement déjanté de Bellatrix Lestrange (cf. Harry Potter) s'estompait, au profit de déguisements beaucoup plus colorés.
À la recherche d'idées, j'ai bien tenté les magasins spécialisés, mais, ne souhaitant pas ressembler à une traînée, j'ai vite abandonné l'idée. Infirmière-pute, sorcière-pute, serveuse bavaroise-pute, Mario-pute... Heu... pourquoi la version homme de la salopette de Mario pourrait, à l'inverse, largement fitter (contenir) deux êtres humains de la carrure du mannequin ???
Du coup, plan B. Quelques recherches internet et heures de fabrication maison plus tard, mon déguisement d'épouvantail, Robert le corbeau (recyclé de ma tenue de l'an passé) et moi étions prêts pour démarrer les festivités.

VENDREDI 28 OCTOBRE - Le party de l'École internationale de langues du YMCA
Moyennement enchantée à l'idée de traverser la ville dans des métros bondés en tutu hyper bouffant / maquillée comme une poupée un épouvantail volé, je suis partie de chez moi un énorme sac sous le bras. Comme la plupart de mes collègues. Résultat : les toilettes pour dames de l'école se sont très vite transformées en loges d'habillage / maquillage improvisées sous le regard halluciné des élèves qui poussaient la porte d'entrée. 
Puis, le temps de travailler décorer la salle de classe réquisitionnée, les profs se sont déguisés, les élèves sont arrivés et, après le repas, les activités ont commencé. Concours de citrouilles creusées la veille au cours d'un atelier, concours de déguisements, transformation contre la montre d'un partenaire en momie-papier WC, etc. : il y avait tout un tas de jolis prix à gagner.

SAMEDI 29 OCTOBRE - La marche des zombies
Comme il faisait beau et chaud cette année, les zombies et les curieux assez courageux pour les approcher ont littéralement pris d'assaut la Place des Arts. Maquillage, masque, costume : certains avaient sorti le grand jeu et, à priori, la carte de crédit aussi ! 
Parmi eux, incroyable, mais vrai montréalais, je suis tombée nez à nez avec une amie d'adolescence revue quelques jours plus tôt pour la toute première fois en dix ans autour d'un chocolat chaud. Le taux d'improbabilités de cette ville m'étonnera toujours. C'est fou !
La pluie et le froid ayant attendu le lendemain pour pointer le bout du nez, la marche des zombies était bien plus longue que l'an passé. Au plus grand bonheur de mon appareil photos ! Des mariés décédés, des fous échappés d'asiles psychiatriques, des clowns au regard effrayant, un maman encore reliée par le cordon ombilical à son bébé... même des marcheurs blancs (cf. Games of Thrones) avaient fait le déplacement !
Démarche claudicante, course désorientée, râles de détraqueurs, cris de folie : les zombies n'hésitaient pas à approcher les spectateurs, voire à les toucher. Les champions de l'interprétation restant souvent... les enfants !
Si je suis encore à Montréal l'an prochain, j'avoue que ça me tenterait bien de participer moi aussi à la 8ème marche des zombies...
Le party entre amis
Loin des grosses soirées organisées un peu partout dans la ville, on a préféré l'option cosy dans l'appartement d'une amie que l'on a passé la veille à recouvrir de toiles d'araignées. Si le thème Harry Potter l'a emporté parmi les "moldus", il y avait aussi tout un tas d'autres déguisements (petite mention spéciale aux futurs parents qui ont osé jouer la carte du démembrement !!).
Les soirées déguisées, c'est souvent l'occasion de se lâcher en jouant avec tout un tas d'accessoires appartenant à d'autres déguisements et de finir très, très tard à tenter d'imiter les chorégraphies du jeu vidéo Just Dance en tutu XXL. Normal ! Loin, très loin donc des tenues / attitudes suggestives mises en avant par les magasins...

LUNDI 31 OCTOBRE - La distribution de bonbons
Rendue le jour-j, j'avais déjà tellement festoyé que j'étais tannée (j'en avais marre). J'ai quand même revêtu la moitié de mon costume de l'an passé histoire d'être un minimum dans le thème pour distribuer des bonbons aux enfants des deux garderies du YMCA, même si, j'aurais pu le parier, les mini-princesses et mini-super héros étaient surtout attirés par le gros panier. Certains l'ont même tenté deux fois, sait-on jamais que son costume de Superman soit passé inaperçu la première fois... Aaaah, l'innocence d'un enfant de 3 ans !
La ruelle hantée
Pour clôturer l'Halloween en beauté, j'ai remonté la ruelle arrière de mon ancien appartement, réputée pour exceller en matière de décoration / animation. Même si j'y étais un peu plus tard que l'an dernier, il y avait encore de nombreux enfants déguisés et leurs parents venus chercher des bonbons. 
Niveau décorations, certains habitants avaient une fois de plus mis le paquet, comme la famille du monde de Némo qui avait, cette année, créé tout un tas de petites créatures à l'aide d'abat-jours en papier. Personnellement, j'ai aussi beaucoup aimé la famille qui a surfé sur la tendance de l'été : imperméables-ponchos jaunes et bouées.

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25 octobre 2017

J+505 : Casual Friday & Co.

S'il y a bien un ennemi public n°1 dans la plupart des entreprises nord-américaines, c'est... le jeans !
Fortement associé aux ouvriers, il est très souvent rédhibitoire. Sauf le vendredi. Sauf au YMCA. À mon plus grand désespoir !

Et puis... 
C’est avec plaisir que je vous annonce que j’ai obtenu l’autorisation pour que vous puissiez désormais porter des jeans les vendredis. 
En lisant le courriel (e-mail) de ma directrice, mes yeux se sont écarquillés, les battements de mon cœur se sont accélérés. Aaaaaaaaah ! Claquettes, hip hip, samba : j'avais soudainement envie de faire deux-trois pas de danses que je ne maîtrise même pas. Et surtout de crier V.I.C.T.O.I.R.E. sur tous les toits !
(Superficielle ? Moi ? Absolument pas !)

Du coup, si je ne sais pas ce que je porterai sous ma veste YMCA du lundi au jeudi, une chose est sûre : à partir de maintenant, tous les vendredis, ce sera jeans party !

Top 10 : Les quiproquos lexicaux du bureau
Qui dit travailler au Québec, dit aussi découvrir un nouveau vocabulaire. Et en matière de confusion et quiproquos, le champ lexical de l'administration prend clairement la tête du classement ! Explications.
Situation n°1 :
Tu t'es encore fait piquer ton crayon à papier. Tu t'approches donc de ton collègue pour lui en demander/emprunter un. Et là... patatra !. Grimace, haussement de sourcil, voire les deux à la fois. Vue sa réaction faciale, à l'évidence, tu viens d'échouer ton test d'intégration linguistique. Autant pour toi. La prochaine fois, tu le sauras : on dit un crayon à mine icitte.
Maudite française, va !
Situation n°2 :
Un collègue te demande "Tu peux-tu me prêter ta brocheuse?". Surtout, évite d'écarquiller les yeux. Oui, c'est sûr, le "tu veux-tu", c'est affreux et contraire à toute règle de grammaire, mais, vue la fréquence d'emploi, un trois conseils :
1. reste de marbre (n'oublie jamais que, techniquement, c'est toi qui parle bizarre icitte)
2. habitue-toi (mais pas trop non plus, hein... sinon tu vas finir par l'employer aussi le "tu veux-tu" !)
3. tends-lui l'objet dont il a besoin : ton agrafeuse. Chargé de broches (agrafes), ça va de soi.
Situation n°3 :
Si tu veux déstabiliser un collègue québécois, demande-lui de t'amener un classeur en particulier. Puis, fixe bien son regard. Il risque fort de beuguer façon "Tu me niaises-tu?" (Tu te moques de moi ?) à l'idée de devoir porter un gros meuble à tiroirs.
Le fameux classeur à anneaux métalliques servant à ranger des documents préalablement perforés porte le doux nom de cartable de ce côté-ci de l'océan car ce terme n'est pas déjà pris par les écoliers qui vont, eux, à l'école, avec un sac à dos (tout simplement). T'as-tu tout suivi?
Bref. Du coup, si on veut repousser les frontières lexicales, un classeur québécois peut permettre de stocker tout un tas de classeurs français. Mais c'est tout de même aller un peu loin ! Indubitablement. (cf. Supercalifragilisticexpialidocious, Mary Poppins, Walt Disney Productions)
Situation n°4 :
Tu te croyais sortie d'affaires une fois le cartable/classeur en mains, hein, avoue ? Et ben, nan ! Nan, nan, naaan !!! Bien au contraire : tes problèmes ne font que commencer. S'il te prend l'envie l'inconscience de décrire l'emplacement précis d'un document, surtout, un peu comme si tu jouais au Taboo, contourne le terme "intercalaire" à tout prix sous peine de voir le visage de ton collègue déformé par l'incompréhension. Un quoiii???
Note à toi-même : les Québécois appellent ça un séparateur. Sé-pa-ra-teur. C'est pas un terme hyper-méga-compliqué, mais, si tu fais comme moi, offf... ça te prendra un bon cinq mois pour le mémoriser.
Situation n°5 :
Tu veux fixer une feuille de papier au mur. À force de quiproquos, tu sais, avant même de te lancer, qu'il n'y a absolument aucune chance pour que le truc bleu (oui, icitte, elle est bleue) dont tu as besoin s'appelle "pâte à fixe". Histoire de ne pas encore te faire remarquer, tu pars à la recherche de son appellation. Ou devrais-tu dire ses appellations car, en l'occurrence, tu as le choix :
1. Tu peux parler de gommettes, les gommettes des enfants étant, en bon français (!), des stickers;
2. ou de collants, terme désignant également, comme en France, le vêtement (contrairement aux bas (chaussettes) qui, loin des finitions en dentelle très féminine, sont aussi portés par des gars).
Bref. Au bout de quelques mois, pour éviter tous ces quiproquos à gogo, tu envisages de créer un tableau lexical à punaiser sur les séparateurs* de ton bureau-cubicule avec, tant qu'à faire, une troisième colonne en anglais, car, suivant la langue maternelle du collègue à qui tu t'adresses, en lieu et place des mots classeur/cartable, tu utiliseras le mot binder...
*On s'entend qu'il s'agit ici de murets séparateurs, hein, pas d'intercalaires !

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18 octobre 2017

J+498 : L'Action de grâce

Inspirée des fêtes de la moisson européennes, l'action de grâce (Thanksgiving) était, à l'origine, une journée destinée à remercier Dieu pour les récoltes abondantes de l'année. Bon, au fil du temps, pour les Québécois, c'est surtout devenu une manière de grappiller un jour férié dans le calendrier pour passer une fin de semaine (weekend) prolongée dans leur chalet... Quant à moi qui ne suis ni québécoise, ni propriétaire d'un chalet, l'action de grâce m'a surtout permis d'être conviée à un potluck* entre amis.
*Potluck = repas où chaque invité amène un plat à partager.

Un œil sur les fourneaux, l'autre sur les instructions de Ricardo (célèbre cuisinier québécois, heureux détenteur, entre autres, d'un site internet de recettes)...
Après une matinée en cuisine à s'afférer chacun de notre côté, - soupe au rutabaga, dinde, farce, sauce de viande, sauce à la canneberge, purée de courges, poêlée de carottes, tarte à la citrouille, tarte à la pacane (noix de pécan) - on avait largement de quoi faire exploser notre estomac partager un bon repas !

L'avantage avec l'action de grâce c'est que, comme elle a lieu le deuxième lundi d'octobre au Canada et le quatrième jeudi de novembre aux États (États-Unis), en vivant à 1h de la frontière américaine, on peut même la célébrer deux fois. Avec un mois et demi en les deux pour digérer, en plus de ça !

L'action de grâce marque aussi la fin de l'immersion québécoise de ma p'tite maman.
Très contente d'avoir pu lui montrer mon quotidien et toutes les belles choses auxquelles je tiens, j'ai eu beaucoup plus de mal à encaisser la manière dont on s'est quittées.
Au loin, les portes du bus se sont fermées. Valises à bout de bras, on a couru pour ne pas le rater. Le chauffeur a réouvert les portes pour que ma mère puisse monter. Pas le temps de se serrer très, très fort dans les bras, j'ai dû me contenter d'un tout petit bisou rapide sur la joue. C'est tout.
Quand on ne sait pas si / quand on se reverra, même à 28 ans, même avec un cœur entouré d'un mur de protection en béton, ça picote un peu les yeux. J'avoue.

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