Souviens-toi

05 juillet 2017

J+393 : Canada 150

Autant la St Jean est fêtée en grandes pompes avec défilé, concert retransmis à la télé et animations à fond les ballons, autant la fête nationale du Canada... Boh ! Si tu tiens vraiment à la célébrer, il n'y a qu'un seul endroit où aller : le Vieux Port. 
Direction le Vieux Port, donc, bottes de pluie aux pieds. Enfin... bottes de pluie, baskets ou tongs, ça dépend à quel moment de la journée tu as franchi ta porte d'entrée. Car, à l'instar du concert de la fête nationale du Québec, le 1er juillet n'a pas non plus échappé à la tendance météorologique de l'année. Idéales pour marcher dans la boue ou rester au sec malgré les trombes d'eau, les bottes de pluie deviennent tout de suite beaucoup plus encombrantes à porter lorsque le soleil entame une petite percée et que tes pieds commencent à transpirer, et donc à glisser. 
Atelier de maquillage, de nœuds marins, etc. Le stand que tu préfères, toi, c'est celui qui distribue des petits drapeaux et des stickers aux couleurs du Canada. C'est l'occasion d'entamer une petite collection à ramener à la maison et d'apprendre l'hymne national en anglais et en français, s'il vous plaît ! Allez, tous en chœur (histoire de faciliter le retour de la pluie !) : Ô Canadaaa, terre de nos aïeuuux...
Ce que je retiens de cette journée fériée (à part la quantité de familles de sortie !), c'est le magnifique bateau à voiles tout droit sorti de Pirates des Caraïbes. Ouaouuuh !!! Le bateau et les feux d'artifices. Pour lesquels on est partis en retard, d'ailleurs. Résultat : le ciel a commencé à s'embraser biiien avant que l'on atteigne notre destination. Du coup, on s'est arrêtés dans notre élan, loin des rives du St Laurent. Et, honnêtement, j'avoue que les feux d'artifices multicolores en arrière du pont Jacques Cartier, c'était vraiment canon ! Le festival de l'Internationale des feux Loto-Québec est officiellement lancé. Le mois de juillet va envoyer du pâté !

Le 1er juillet, c'est aussi la date à laquelle la plupart des gens déménagent. Sérieux, il doit y avoir une mafia du bail à Montréal...
Qui dit déménagement, dit tri, dit rue envahies façon marché à ciel ouvert gratuit. Et quand tu viens d'emménager dans un appartement à meubler, ça devient intéressant. Bon, cela dit, il faut tout de même rester vigilent car les punaises de lit c'est un fléau courant de ce côté-ci de l'océan.
Et niveau trouvailles, il y en a pour tous les goûts. Si ta coloc' (fan d'Harry Potter) revient tout sourire d'être tombée sur le dernier livre de J.K. Rowling, toi, tu es ravie d'avoir trouvé un... manche à balai-serpillère ! Oui, comme je disais, il y en a pour tous les goûts... vraiment pour tous les goûts !

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28 juin 2017

J+386 : Bonne fête, Jean

23 juin
Apparemment, le mois de mai n'a pas suffit : fin juin, la pluie s'invite encore régulièrement à Montréal. Et le concert de la fête nationale du Québec n'a pas échappé à la tendance météorologique de l'été : les trombes d'eau aussi étaient de la partie. 
Nouvelle année, nouveaux artistes. La Bronze mise à part (pour l'avoir découverte à la manif' des femmes), je n'en connaissais aucun.
Ce qui est marrant avec les chanteurs québécois, c'est que - style vestimentaire, gestuelle, coiffure, voix - ils ont tous un cousin-équivalent de l'autre côté de l'océan. Après Johnny Hallyday l'an dernier, on a eu droit au Julien Doré québécois cette année et à la voix d'Eddy Mitchell couplée à la chevelure de Pierre Perret. Vu comme les spectateurs maîtrisaient ses chansons sur le bout des doigts, il semblerait que Pierre-Eddy (Robert Charlebois) soit une institution par ici...
Puis, tout à coup, changement de décor, changement de chanson : des dizaines de petites feuilles de cannabis ont fait leur apparition sur le grand écran tout au fond, se raccordant parfaitement avec le titre de la chanson (Ô Cannabis). Une chanson prônant la consommation de cannabis avec un titre ressemblant étrangement à celui de l'hymne national canadien (Ô Canada), y a pas à dire, c'est un petit coquin ce Monsieur Charlebois ! 

24 juin
Pour moi, cette année, pas de défilé, ni de fête de quartier. Mon déménagement, initialement prévu au 1er juillet, ayant été avancé, mon activité principale de la journée aura été de faire mes valises.
Une fois ma montagne de sacs, boîtes et valises bien entassée dans un coin façon tétris, direction la terrasse de mes amis pour un barbecue. Dans un décor de briques et de palettes, sur fond de musique d'un concert joué dans un parc à proximité, à moi les saucisses, les merguez, les légumes grillés et la super soirée posée !
Pas non plus de photos touristiques par milliers. Pour moi, la fête nationale du Québec a un petit goût d'intégration, cette année.

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21 juin 2017

J+379 : Ce que j'aime chez toi

Je me souviens encore de la toute première fois où, fraîchement débarquée à Montréal, je suis allée faire l'épicerie (faire les courses). Il me fallait de quoi souper (dîner) et de quoi remplir mon bol au déjeuner (petit déjeuner). Je me souviens encore de mon état de décomposition à la vue du prix de produits du quotidien comme la mozzarella et le jambon, du paquet de pâtes et du pot de sauce tomate dans mes bras et de mon désarroi en sortant : mais comment je vais faire pour survivre pendant deux ans ???

On me demande parfois ce qui me manque le plus icitte. Si, actuellement, mon rêve absolu serait d'acheter du pain, du vin et du fromage avec un billet de 10€ (15$) et de revenir avec du change (de la monnaie), honnêtement, je ne suis en manque de rien. Au contraire, un an plus tard, je ne survis pas, je vis. Plutôt bien, même, d'ailleurs. Au plus grand bonheur de mon estomac (et de mon portefeuilles). Car, au-delà du fait que tout se trouve sur l'île de Montréal et que (moyennant un emprunt !) je pourrais manger de la baguette et du fromage de Savoie à chaque repas, j'ai appris à surfer sur les trois règles de base en matière d'alimentation à Montréal :
1. manger local
2. acheter en spécial
3. diversifier ses points d'achat.

Manger local
Si, au début, quelque soit le prix du jambon, tu t'entêtes à en acheter, très vite, tu ralentis drastiquement ta consommation. Puis, avec le temps, tu t'arranges pour lui trouver un remplaçant. Et tu fais de même avec de nombreux autres aliments. Exit donc le jambon blanc, l'emmental râpé, la baguette et le Kiri, dans ton frigo, il y a désormais du bacon, du cheddar en bloc, des bagels et du Philadelphia.

Acheter en spécial
Toutes les semaines, les magasins sortent une nouvelle circulaire (un catalogue) avec des promos à gogo. IGA, Métro. Un près de toi, l'autre près du boulot, ton choix s'oriente clairement en fonction des promos. Celles sur le yaourt et le chocolat noir surtout. Sans compter Pharmaprix et Jean Coutu qui, non spécialisés dans l'alimentation à l'origine, cassent leurs prix comme c'est limite pas permis. Et quand les spéciaux valent vraiment le coup, tu remplis ton panier et - bénie soit l'invention du congélateur !- tu t'affères derrière les fourneaux.

Diversifier ses points d'achat
Au fil des mois, tu réalises aussi à quel point, à moins de tomber sur de grosses promos, tu peux trouver des produits artisanaux moins chers que des produits industriels dans de nombreuses petites épiceries où tu n'as jusqu'alors jamais osé entrer. Grâce à ce concept, il y a désormais toujours chez toi des olives et de la feta en-veux-tu,-en-voilà.

On me demande parfois ce qui me manque le plus icitte.
Et si, pour une fois, on abordait ce qui me manquerait au quotidien si, à la fin de mon visa, je rentrais en Savoie ?
☑ comparer les circulaires à la recherche des meilleurs spéciaux
☑ déambuler dans les allées du Marché Jean Talon
☑ remplir mes sacs de fruits et légumes pour 15$ à tout péter
☑ pousser la porte de tout un tas de petits commerces à la recherche de produits indispensables à mon estomac
jaser (discuter) avec les commerçants qui me reconnaissent maintenant systématiquement
☑ ne pas être taxée sur les produits de première nécessité
☑ percevoir un salaire aux deux semaines
☑ être prélevée en charges à la source (puis être remboursée par le gouvernement à coup de quelques zéros)
☑ voir les usagers du métro se décaler sur les côtés pour laisser sortir la foule de passagers avant de s'engouffrer
☑ admirer les files indiennes se former à l'arrêt de bus comme au resto
☑ regarder la ville s'animer, hiver comme été, avec ses festivals et ses patinoires
☑ contempler les enfants qui, suivant les saisons, font du hockey ou du vélo dans les ruelles en arrière des maisons
☑ ...

Oui, c'est sûr, si je quittais Montréal demain, c'est tout un quotidien qui prendrait fin.

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14 juin 2017

J+372 : La saison des festivals est officiellement lancée

À l'approche du mois de juin, pour s'assurer de ne rater aucun évènement, il est recommandé de se munir d'un calendrier car les festivals (gratuits, gratuits, GRATUITS !) ont tendance à s'enchaîner voire même, à l'image du lancement des festivités, à se cumuler.
Et c'est parti pour une semaine de folie avec, au programme, de la musique, de la peinture et des voitures.

1. Les Francofolies
Tellement occupée à surligner les noms que tu connais, tu passes à côté de la case "programmation surprise" perdue au milieu de tout un tas de grands noms. Erreur. Grave erreur ! Résultat : quelques jours plus tard, c'est une fois rentrée, douchée, en pyjama que tu découvres, 20 minutes avant le début du concert (alors que tu habites à plus de 30 minutes de métro de la Place des arts) que l'artiste surprise n'est autre que... JULIEN DORÉ !!! À ce moment-là, c'est dans une boîte à mouchoirs XXL qu'il est recommandé d'investir... parce qu'il ne te reste plus que tes yeux pour pleurer !
À l'instar des festivals, les artistes francophones s'enchaînent sur les scènes. C'est l'occasion de découvrir des chanteurs québécois inconnus au bataillon et de voir en chair et en os la prestance sur scène (et la jolie tenue) de Zaho tout en remuant ton popotin sur Laisse les kouma ou de tomber en amour avec Vianney. Je m'en vais... Hum, si tu t'en vas, je peux venir avec toi ?
Quand à TRYO... Oh my God! TRYO !!! C'est tous tes souvenirs de lycéenne qui remontent en un instant. Presque tout devant, tu pourrais limite penser que tu assistes à un concert privé, en toute intimité. Et pourtant... En te retournant, tu réalises que c'est la Place des arts toute entière qui est bondée ! Et l'ambiance ? Un truc de (quelques milliers de) fouuus ! Allez, tous en cœur : c'est l'hymne de nos campagnes, de nos rivières, de nos montagnes, de la vie man, du monde animaaal... Crie-le bien fort, Use tes cordes vocales !
Au final, seule ombre au tableau : le concert d'IAM. Déjà, le public est différent. Toi, tu t'attends surtout à des Français dans les 30 ans. Mais, en fait, pas du tout. Devant toi, par exemple, il y a des jeunes racailles en devenir québécoises : débardeur XXL de basketteur, bandeau frontal de joueur de tennis et - le détail qui te donne envie de prendre un fou rire - langage des cités ponctué de nombreux tabarnaks avec un accent à couper au couteau. Pis, exit l'espace pour circuler/respirer auquel les concerts montréalais t'ont habituée : tu te retrouves littéralement coincée. Devant, des grands, à gauche, des grands, à droite... des grands. Heu... les gars, les OGM dans le biberon c'était peut-être pas une nécessité... ! Et histoire de réduire à néant toute chance pour toi de prendre des photos, avant même que les membres du groupe ne fassent leur entrée sur scène, vas-y que les racailloux du tier-quar de Montréal-City lèvent déjà tous les bras. Aaaaaarg ! Tu pourrais-tu me baisser ces bras genre là, maintenant, tout de suite ? Avec le taux d'humidité qu'il fait, en plus ! Tu veux m'achever, c'est ça ?
En parlant de décéder... foule ultra serrée et fort taux d'humidité, il n'en fallait pas plus à Madame Claustrophobie pour venir te hanter. Et, dans ces moments-là, les sonorités agressives du rap ne sont absolument pas conseillées pour essayer de te calmer ! Complètement bloquée, tu tentes à coups de coudes et de sac-à-dos de t'échapper te frayer un chemin vers la sortie. Quand tu te crois enfin au bout de tes peines - BAAAM ! - un mec bourré (marejuané ?) se jette sur un autre spectateur juste sous ton nez pour le frapper. Oh boy! Sortez-moi de là !!! Je vais hyperventiler !!!
Le pire, dans tout ça, c'est qu'à quelques mètres de toi, de nombreuses personnes ont assisté au concert en toute tranquillité, dans l'espace et la zen attitude de rigueur, en général, à Montréal.
Mais qu'est-ce qui vous a pris, ta coloc' et toi, d'aller vous mettre tout devant ???

2. MURAL
Définitivement l'un de mes festivals préférés à Montréal !
Tout plein d'artistes venus du monde entier pour recouvrir les murs du Boulevard St Laurent d'œuvres d'art sous le regard captivé des passants pendant dix jours. À la bombe, au pinceau. Des paysages, des visages. Il y en a pour tous les styles et pour tous les goûts. De quoi vous ravir, toi et ton appareil photo.
Et, au détour d'un croisement, un bus en pleine customisation. En regardant l'artiste, tu hésites un instant. Il aurait autant changé en dix ans ? Tu jettes un coup d'œil à sa signature. LSNR. Cette fois, plus aucun doute : l'homme accroupi à quelques mètres était bien au lycée avec toi. C'est fou ce que Montréal la Terre est petite !

3. Le Grand Prix
Une casquette, des lunettes de soleil et, dans la main, une glacière : l'uniforme indispensable de tout spectateur du Grand Prix qui se respecte. Les spectateurs dans le métro, c'est d'ailleurs tout ce que tu verras du Grand Prix. Pourquoi ? Parce que les billets ont, eux aussi, un grand prix !
À la place, tu arpentes les rues du Vieux Montréal à la recherche d'une exposition de belles voitures, du genre de celle que tu as vue l'an dernier. Finalement, au détour d'un croisement, c'est à une "collection" de voitures de police que tu as droit. Hum... bizarre. Intrigués, tes yeux remontent la file parquée (garée) le long de la rue pavée. Si tu ne sais pas qui les policiers ont pour mission de protéger, tu as, en revanche, un petit indice sur son capital financier car, devant le restaurant, il y a aussi. une... Lamborghini ! Rouge, flamboyante, sans salissure, ni rayure. Ouaouh ! Une fois que tu arrêtes de la mitrailler sous toutes les coutures, tu ne peux t'empêcher de te demander l'intérêt d'investir dans un char si ras du sol dans une ville aux rues aussi maganées (abîmées) que Montréal. Boh, après tout, si le propriétaire a les moyens de se payer un tel joujou, il doit aussi pouvoir assurer son entretien haut la main... 
Heu... Bonjour, Monsieur le policier. Dites, vous serait-il possible de me communiquer son numéro ?

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07 juin 2017

J+365 : 1er Canadanniversaire

7 juin 2016 - 7 juin 2017 : un an déjà !

Et quelle année !
Joie, extase, émerveillement, désillusion, repli sur soi, angoisse, dépression, lâcher prise, espoir, accomplissement, épanouissement : en un an, le tourbillon des émotions typiques des quatre phases de l'immigration ne m'a pas épargée.

On me regarde souvent avec des grands yeux écarquillés lorsque, à la question "Tu es venue toute seule ?", je réponds "Oui.". Courageuse ou complètement cinglée, leur regard est mitigé. De mon côté, après l'année qui vient de s'écouler, je pense qu'il faut être un peu des deux pour tout plaquer sans trop savoir ce qui nous attend de l'autre côté de l'océan car l'immigration est violente. Elle remet en question à la fois nos valeurs et nos convictions. Tout ce que l'on a appris, tout ce que l'on a toujours pris pour acquis vacille dès lors que nos pieds se posent sur le sol de notre nouveau pays notre nouvelle maison. Elle vient chercher au plus profond de nous nos forces comme nos faiblesses, révélant au grand jour nos doutes et nos angoisses. À se demander pourquoi on s'impose tout ça ? Peut-être tout simplement parce qu'au bout du chemin, une fois les émotions de la phase n°2 de l'immigration surmontées, on en ressort grandi et plus épanoui, aussi.

Et après ton visa, tu fais quoi ? Tu rentres à la maison ou tu restes là-bas ?
Honnêtement, après mon PVT, je ne sais pas. La vérité c'est qu'aujourd'hui j'ai deux maisons : le Québec et la Savoie. L'une m'a élevée, l'autre m'a adoptée. Si je rentre, je retrouve ma famille et mes amis. Si je reste, je garde la qualité de vie. Dans les deux cas, une part de moi vit, l'autre dépérit. 
Dans le doute, je mets toutes les chances de mon côté : je me renseigne sur la résidence permanente et la citoyenneté et je vis chaque saison, chaque événement comme si c'était le dernier. Le jour viendra où il faudra me décider. En attendant, il me reste encore un an pour en profiter. Et quoi de mieux pour commencer cette nouvelle année que d'accepter un contrat permanent à temps plein dans ma voie ? 

☑ un bail à mon nom
☑ un contrat permanent à temps plein dans ma voie
Et les amours, dans tout ça ? Tu as rencontré un Québécois ?
Boh, Québécois ou pas, le co-capitaine de ma mini-tribu de loulous à grosses joues attendra car au cœur de mon attention ces prochains mois, il y a...
☑ mon ÉPANOUISSEMENT.

Premier Canadanniversaire

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31 mai 2017

J+358 : Toc, toc, toc, Monsieur Printemps, es-tu là ?

AVRIL
Toc, toc, toc, Monsieur Printemps, es-tu là ?
Chut, je dors.
Au Canada, c’est un fait, l’hiver est looong ! Rendue au mois d’avril, si tu meurs d’envie de ranger tes bottes de neige au placard, tu t’abstiens. Comme les habitués te l’ont si souvent répété, avant fin avril, il faut rester prudent : les flocons de neige peuvent tomber à tout moment. Du coup, à l’image des Québécois, tu positives : vivement le mois de mai.

MAI
Toc, toc, toc, Monsieur Printemps, es-tu là ?
Chut, je dors encore.
Hum... oui. Alors, le mois de mai, parlons-en ! Enfin, mai... Vue la quantité d’eau (inversement proportionnelle au nombre de degrés) qu’il est tombée dans la région de Montréal au mois de mai, personnellement, j’ai plutôt eu l’impression de revivre le mois de novembre ! De la pluie, il en est tombé tellement que le fleuve du St Laurent a débordé et de nombreuses maisons ont été inondées. Heu... c’est pas tout à fait comme ça que j’imaginais ma saison préférée... Bonjour le dérèglement du calendrier saisonnier !
Hum... du coup, vivement le mois de juin ?

JUIN
Toc, toc, toc, Monsieur Printemps, es-tu là ?
Ouiii, je sors !

... ou presque !
Vivement le mois de mai, vivement le mois de juin... Rendue fin mai, là, faut pas exagérer ! Tu es à deux doigts de craquer. Pour te consoler, tu consultes ton application météo qui, après la pluie (encore et toujours de la partie), annonce du soleil pour les deux semaines à venir. Et vues les températures élevées accolées, en fait, Monsieur Printemps, tu peux retourner hiberner : c'est déjà l'été.

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24 mai 2017

J+351 : MTL 375

En 2017, c'est la fête ! 
Cette année, pendant que la Confédération du Canada célèbre son 150ème anniversaire (oui, le Canada n'a que 150 ans !), Montréal, bien plus vieille que le pays auquel elle appartient, souffle, elle, sa 375ème bougie. Et, pour fêter ça comme il se doit, Montréal-City a sorti le grand jeu : des activités gratuites en-veux-tu-en-voilà. Et quand je dis "grand jeu", la barre est vraiment tout là-haut, là-haut !

L'illumination du pont Jacques Cartier (17 mai)
Il paraît qu'il y aura des feux d'artifice.
Non, justement, ils ont dit qu'il n'y en aurait pas.
Boh... sans trop savoir ce que nous réservait la soirée de lancement des festivités, on s'est retrouvés au Village au-Pied-du-Courant, une esplanade de sable aménagée au bord St Laurent, le fleuve encerclant l'île de Montréal. Car, oui, même si j'ai encore du mal avec cette notion, techniquement, je vis sur une île depuis bientôt un an ! Du sable, de la nourriture, de la musique et le pont Jacques Cartier en arrière-plan : mis à part les bourrasques de vent, on était plutôt pas mal au pied du courant.
À 21h45, tout le monde debout, les festivités ont officiellement été lancées. Du rouge, du bleu, du vert : le pont en a vu de toutes les couleurs. Parfois même simultanément, comme avec les couleurs du drapeau arc-en-ciel, petit clin d'œil à la journée mondiale contre l'homophobie et la transphobie célébrée le jour même. Et, très vite, PAF, PAF, PAF ! Le ciel aussi s'est illuminé. Non pas une, ni deux, mais trois fois ! Ouaaah !!! On en a pris plein les mirettes mon appareil photos et moi ! On remet ça quand ? Pour les feux d'artifices, je ne sais pas, mais les lumières du pont, elles, sont, à priori, encore là pour 10 ans. Et censées changer de couleurs au fil des saisons.

Les Géants (19-mai)
Après un looong voyage en bateau en provenance de Nantes, la Petite Géante (5,50 mètres de haut tout de même, la "petite" !) et son chien Xolo ont arpenté les rues de Montréal pendant deux jours avant de retrouver son oncle, le Scaphandrier, et de se balader à ses côtés le troisième jour.
Le scaphandrier, parlons-en. Pour le voir se réveiller, direction la Place des Arts... comme la quasi-totalité de la population familiale de Montréal ! Dès la sortie du métro... C'est quoi ce ronronnement ? Tu réalises que le bruit que tu entends, c'est, en fait, le... géant ! Apparemment, Monsieur ronfle quand il dort. Bruyamment !!
Et puis, 16h05, 16h10... 17h... tu découvres qu'en plus de ronfler, le scaphandrier souffre d'un dysfonctionnement de son horloge biologique. De ton côté, à force d'attendre, tu commences sérieusement à t'impatienter quand... Tout à coup, ouverture des yeux, bâillements, étirements : finis les ronflements, avec 1h de retard sur la programmation, le Scaphandrier vient de se réveiller.
Très vite, – bienvenue dans Gulliver au pays des lilliputiens – toute une armada de "petits bonhommes" en uniforme rouge s'affère autour de lui pour l'aider à enfiler son scaphandre et bouger ses membres. Une fois paré, vient le moment de se – ouaaah ! – lever. Aux oubliettes ton impatience montante, à la vue de ce "monstre marin", tes yeux s’illuminent comme ceux d’un enfant de 4 ans le matin de Noël devant son sapin. Il est tellement immense (9,50 mètres de haut) et lourd (2 tonnes) que, pour le faire avancer, les lilliputiens rouges doivent sauter deux par deux en alternance jambe gauche, jambe droite suspendus aux cordes actionnant ses pieds au rythme des commandes vocales audibles par la foule.
Et c’est parti pour une petite escapade citadine dans le centre ville avec passage d’obstacles sur fond de spectacle, histoire de faire briller encore un peu plus tes yeux. Rendus à l’arche de Chinatown, quand les lilliputiens commences à traficoter les harnais du Scaphandrier, toi, tu envisages naïvement qu’ils vont l’asseoir pour passer en-dessous. Mais pourquoi faire simple (et emprunter une rue sans arche) quand on peut faire compliqué (et suspendre le géant par le casque pour le faire passer au-dessus de l’arche) ? Lui qui est plutôt habitué à nager en eaux profondeurs a, pour le coup, eu l’occasion de côtoyer les oiseaux.
Le convoi du Scaphandrier à peine passé, c'est au tour de la Petite Géante d'arriver de l’autre côté au volant de sa trottinette et en compagnie de son chien, Xolo. Beaucoup plus petite que son oncle car censée représenter une enfant, elle est néanmoins dotée de paluches concurrençant très sérieusement les pattes d’un éléphant !!!
Sur le chemin du retour, exit les lunettes d’aviatrice et la trottinette, la mistinguette s’est lancée dans une série de squats, sans négliger, au préalable, une petite séance d’échauffement à base de rotation de tête, puis de buste.
Xolo, de son côté, maintenait fièrement entre ses dents l’accessoire essentiel pour tout chien qui se respecte : son jouet.

Illuminations, feux d’artifices, marionnettes géantes... Y a pas à dire, elles ont envoyé du pâté ces premières festivités !

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17 mai 2017

J+344 : À l'extrême

Petite, je jouais aux Barbies, je leur inventais une vie. Elles avaient un mari, une maison bien fournie et tout un tas de petites Shellys. J'adorais mes poupées, je m'en occupais comme si elles étaient vraies et mes dessins animés préférés avaient tous en vedette une princesse. J'aurais tout donné (à commencer par mon démon de petite sœur) pour pouvoir porter la magnifique robe de bal jaune à paillettes de Belle.
Mais que s'est-il donc passé en grandissant ?
Oui, je sais que le combo robe-talons aiguilles c'est joli (sexy ?) et que ça allonge mes jambes de manière inégalable en jeans-baskets, mais il faut avouer qu'au quotidien, c'est moyennement pratique. Surtout pour courir dans les rues pavées de Turin (à moins, évidemment, de vouloir se la jouer façon Cendrillon, la robe de princesse et le richissime beau gosse couronné sous le charme en moins). Bref, oui, va donc Dieu savoir ce qu'il s'est passé, mais, en grandissant, au placard Belle et Cendrillon, les énormes robes à paillettes et les talons hauts : moi, ce dont je rêvais plus que tout c'est d'apprendre à me battre comme Mulan et Xena. Rien d'étonnant donc à ce que, quelques années plus tard, j'investisse dans des gants de boxe et j'apprenne à manier un kubotan, quitte à devoir justifier l'origine des bleus sur mon corps après chaque entraînement, ni que j'ajoute à ma bucket-list "course d'obstacles dans la boue".
Et comme mon truc à moi c'est de réaliser mes rêves, mêmes les plus fous, après le Mud Day en 2015, j'ai motivé mes amis pour m'accompagner à la Course Extrême de Saint-Calixte (à 1h15 de route au nord de Montréal).

Après des semaines d'entraînement intense (ou pas, dans mon cas !) :
☑ barres de céréales
☑ baskets
☑ elastoplaste
Et c'est parti, mon kiki ! (interdiction de juger l'expression)

Ici, pas besoin d'avoir l'autorisation d'un médecin (et heureusement, vu le prix d'une simple consultation !), une décharge de responsabilités suffit. Cette fameuse petite feuille recto verso où tu attestes que tu as parfaitement conscience des risques et dangers auxquels tu vas être exposée et que, non, tu ne les poursuivras pas en cas de pertes, de dommages, de blessures graves ou de décès. Bon, en même temps, j'ai envie de dire que, si tu meurs, tu seras difficilement en mesure de quoi que ce soit...

Le temps de m'échauffer, j'étais parée... pour mieux cracher mes poumons dans la foulée ! What the f***? C'est quoi cette montée ???
Voilà à peu près ce que mon cerveau en a pensé :
En bas : Allez, motivation à fond les ballons : j'y vais en courant.
À mi-chemin : Oh mon Dieu ! Je vais achever mes poumons ! Je continue en marchant.
En haut : Heu... on peut faire une pause pour que je reprenne ma respiration ?
Attaquer par une montée, nan mais quelle idée !? On n'aurait pas pu commencer par ramper ? Ah ben, pour ça, y avait qu'à demander ! Ramper, enjamber, escalader... tous les verbes d'action en -er y sont passés. Et puis... Oooh, les échelles horizontales ! Je les attendais. On avait un compte à régler, elles et moi, depuis que, deux ans plus tôt, j'ai tout lâché à trois barreaux de l'arrivée, tombant directement dans la piscine de boue. Pour l'adolescente incapable d'aligner deux barreaux, c'était déjà en soit un exploit, mais j'avais une revanche à prendre. Cette fois, je voulais aller jusqu'au bout. Et pour y parvenir, interdiction de refaire la même erreur : exit les "Tu n'y arriveras pas. Tu vas tout lâcher.", bonjour les "Tu peux y arriver. Tu VAS y arriver.". Au summum de la détermination, de balancements en balancements, les barreaux, je les ai passés les uns après les autres et...
BAAAM ! Youhouuu !!! T'as filmé ?
Non.
Bon, ben, sur le montage vidéo, pas d'exploit de fou, il n'y aura que mes passages d'obstacles en mode mamie !

Quand on y réfléchit, en fait, cette petite victoire personnelle résume bien ma vie ces derniers mois : tout est possible, tout est réalisable. Tout ce que ça prend ? De la confiance en soi.

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10 mai 2017

J+337 : A voté

Si, en 2008, à défaut de pouvoir voter, j'ai entamé une collection de produits à l'effigie de Barack Obama distribués un peu partout sur le campus de mon université américaine (y compris un magnet de frigo alors que, non, je n'avais pas de frigo !), cette fois, c'était différent. Cette fois, c'est l'avenir de mon pays dont il était question. Pour un vis-ma-vie-d'électrice-expat'-en-8-étapes, c'est par ici que ça se passe : 

Étape n°1 : La campagne présidentielle (officiellement à partir du 21 mars, officieusement depuis très beaucoup trop longtemps !)
Polémiques, scandales, mensonges, haine... Oulala, tout ce brassage d'énergies négatives depuis des mois, ça te fait angoisser. Du coup, tu boycottes les médias pendant plusieurs mois pour te protéger. Sauf qu'au bout d'un moment, il faut bien te rendre à l'évidence : l'échéance avance, il serait grand temps de commencer à t'y intéresser.

Étape n°2 : Le débat à 11 candidats (4 avril)
Les programmes écrits, c'est bien beau, mais, toi, tu élis avant tout un être humain. Alors, quand tu apprends qu'il va y avoir un débat avec tous les candidats, tu sautes de joie (façon de parler, hein, loin de toi l'idée de sautiller sur place tel un kangourou déchaîné).
Décalage horaire oblige, une fois chez toi, tu as droit aux dernières minutes du débat. À voir leurs mines déconfites et leurs traits extrêmement tirés, tu imagines à quel point - Oh mon Dieu ! - ils ont dû se tacler. Et puis...
Comment comptez-vous rassembler ?
Oh, ça c'est une bonne question ! Petit Bisounours (Câlinours) optimiste, tu es toute ouïe.
Je ne veux pas rassembler les Français.
Et BAM ! (ça, c'est le bruit sur le goudron de ton bidochon de Bisounours tout dodu qui vient de dégringoler de son nuage).
Ces quelques minutes de conclusion auront suffi pour te faire réaliser 1-que tu retournerais bien à l'étape n°1, 2-à quel point tu as changé ces dix derniers mois. Tu n'attends pas juste patiemment au passage piéton (même après avoir checké que, non, il n'y a aucun policier à proximité) que le petit bonhomme blanc t'invite à traverser. À l'image du pays dans lequel tu vis, tu écoutes, tu discutes, tu collabores, tu souris, tu apprécies. 
Mouai... bon, du coup, moyennement sereine à l'idée de reprendre en replay l'intégralité de leurs échanges dignes d'une cours de récréation, tu passes directement à l'...

Étape n°3 : Les interviews individuelles (20 avril)
Pas d'attaques, pas de cris, ni d'interruptions : ces 15 minutes de face-à-face s'annonçaient plutôt bien pour découvrir les programmes des 11 candidats. Ah oui, mais non. C'était sans compter sur l'attitude typique de maudit français de ne pas suivre les consignes sous prétexte de les désapprouver et la technique d'attaque à caractère misogyne en réponse à une simple question. Sentiment infondé de persécution du jour, bonjour !
Résultat : la colonne de candidats pour lesquels tu ne voteras pas se remplit à grand pas. Par contre, le nom de celui que tu glisseras dans l'urne dans deux jours, heu... non, toujours pas !

Étape n°4 : Le premier tour (22 avril, décalage horaire oblige)
Dès la sortie du métro...
Oulala, mais c'est quoi tous ces gens ?
En fait, tous ces gens, ce sont quelques centaines des 57 000 Français inscrits sur les listes électorales de Montréal qui se sont probablement dit la même chose que toi : On va y aller pendant midi. Il y aura moins de monde. Hum... moui. Bon. Aors, apparemment, les Français de Montréal, le midi, ils mangent pas ! Du coup, mission n°1 : trouver le début de la file. Tu remontes le bloc, tu prends le virage au croisement, une fois, deux fois, puis, lorsque tu finis par la trouver (yeaaah ! - ascenseur émotionnel ascendant), tu réalises qu'il y a une deuxième file de l'autre côté, pile devant l'entrée du collège où tu es censée voter (awww... - ascenseur émotionnel dégringolant). Heu... Messieurs, Madame, les policiers de la garde montée, auriez-vous la gentillesse québécoise d'éclairer ma lanterne et de m'indiquer où je suis supposée me placer ? Ah... ben, apparemment, les deux blocs de gens ne constituent en fait qu'une seule et même file. Sérieux ? Oui, oui. Sérieusement !
Tant qu'à poireauter sagement sous les gouttes de pluie, tu te cherches des passes-temps. Comme tu ne sais toujours pas pour qui voter (!), tu commences par lire les programmes et puis, lorsque tu es tannée (c'est-à-dire au bout de 2-3 programmes !), comme tu es en pleine recherche d'appartement, tu analyses les maisons... Moui, alors, à priori, ce n'est pas la peine de regarder les annonces du quartier... visiblement, il y a peu de chances pour que tu puisses un jour financer leur loyer...
Finalement, après 2h15 de zig-zagage dans les rues, dans la cour de récréation, puis dans les couloirs du collège réquisitionné pour l'occasion, ton cœur tout entier se remplit d'un sentiment de fierté. Comme l'a dit la madame, ça y est, c'est officiel : tu as voté !
Et puis, en sortant, tu contemples les milliers de compatriotes expatriés prêts à attendre 2 à 3h dans des conditions météorologiques typiques du mois de novembre pour pouvoir exercer le plus prestigieux de leurs droits de citoyens et tu te dis que, rien que pour voir ça, tu es contente d'avoir fait le déplacement.

Étape n°5 : Les résultats (23 avril)
Un peu comme après un contrôle, tu voudrais accéder dans la foulée aux résultats. Sauf que, non, pour ça, il va falloir attendre jusqu'au lendemain... Pfff, allez, vite, vite, horloge, on accélère le mouvement des aiguilles !
Au final, peu surprise du résultat, tu réalises que, année après année, l'élection présidentielle et Miss France ont tout de même un point commun : peu importe le candidat que tu choisiras, il ne se qualifiera pas.  

Étape n°6 : Le débat d'entre-deux-tours (3 mai)
Même si tu sais clairement pour qui tu ne voteras pas, tu attends ce moment avec impatience. Un débat, un vrai, avec l'intégralité de leurs programmes... ou pas. CLAAAP ! (ça, c'est le bruit d'une énorme claque sur tes grosses joues de Bisounours) Agressivité, haine, calomnies... Oh mon Dieuuu ! C'est potentiellement ça l'avenir de ton pays ??? Heu... Justin, ça prend quoi pour devenir Canadien ? 
Toi qui pensais initialement voter contre un candidat, tu découvres un adversaire capable de garder son sang froid même face aux pires attaques, qualité fondamentale pour occuper un poste où le maintien de bonnes relations diplomatiques est primordial. Et puis...
On doit s'interroger quand des jeunes Français ou Françaises, qui sont nés en France, qui ont grandi en France, qui ont été élevé dans notre pays [...] essaient de détruire la république qui les a nourris. Regardons-nous en face.
Oh !? Complètement sonné, tu - petit Bisounours - remontes sur ton nuage. C'est bien la première fois que tu entends un homme politique prôner haut et fort tes propres convictions !
Monsieur le potentiel futur président, maintenant que vous avez mis en avant l'importance de l'éducation, il va falloir assurer. La vue est belle en haut de mon nuage, je n'ai pas du tout envie de retomber.

Étape n°7 : Le deuxième tour (6 mai)
Après les surprises du premier tour, cette fois, c'était un peu comme la mise en route d'un deuxième bébé : planification à fond les ballons.
1-Rendez-vous à l'heure de l'apéro, bouteille de vin et saucisson en mains ? Hum... vue la quantité de flics au mètre carré, à moins d'avoir beaucoup d'argent à gaspiller, non, c'est un peu trop risqué.
2-Alors au petit déjeuner, avec des croissants à 1$ l'unité ? (la Fête du croissant célébrée le jour même où des milliers de français sont obligés de poireauter pour pouvoir voter, il y a peu de chances pour que ce soit une coïncidence !) Mouai... tu es moyennement motivé à l'idée de mettre ton réveil pour aller voter.
3-Bon, ben, quand tu es prête après le déjeuner (petit déjeuner) ? Ok. Va pour l'option n°3, mais pas trop tard non plus histoire d'éviter une jolie petite crise d'hypoglycémie.
Apparemment, le consulat aussi l'a joué façon deuxième bébé : puisque le monde entier savait désormais que ce jour de vote regroupait les conditions idéales pour dégommer du français en quantité, la sécurité est renforcée. Et tout est mieux organisé. Déjà, tu as droit à une pancarte t'indiquant l'entrée. Ben oui, parce que, fini le contournement des blocs, tu zig-zagues au sein même de la ruelle avec, de chaque côté des voitures de police garées en travers comme des boucliers de protection face aux potentiels camions. Pour les affiches des candidats aussi il y a eu du changement. Cette fois, la candidate n°2 nous a considérés assez (nous, les Français de l'étranger) pour daigner nous faire parvenir son visage. Enfin... son visage, sa cuisse et son genou. Heu... vraiment, nous n'en demandions pas tant !
Plus de monde, mais aussi plus d'organisation. Résultat : 2h15 plus tard (tout de même), l'estomac sur pattes que tu es peut rentrer manger.

Étape n°8 : Les résultats (7 mai)
Les résultats étant prévus à 14h (heure de Montréal), tu en profites pour bruncher entre amies, les yeux rivés sur la télé. Plus l'heure du verdict avance, plus ton stress augmente. Tu tentes autant que possible de te rassurer :
Après s'être autant humilié pendant le débat, impossible, le bulldog ne peut pas gagner.
Moui, enfin, en novembre dernier aussi tu disais ça... et regarde ce que ça a donné !
Aaaaargh ! Tais-toi, petite voix, tais-toi.
Quand, enfin, vient le moment tant angoissé, ton cœur est à deux doigts de lâcher. Recroquevillée en position embryon, tu te demandes où tu iras dans un an si le bulldog devenait président. Et puis, lorsque le petit personnage à l'effigie d'Emmanuel Macron apparaît enfin sur ton écran, tes yeux commencent à s'embuer, tes larmes à couler. Tu ne sais pas du tout ce que les cinq prochaines années réserveront, mais tu en as l'intime conviction : à l'intersection, Marianne a pris la bonne direction.

artart

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03 mai 2017

J+330 : Le jour où j'ai achevé mon foie

Fondue, raclette, tartiflette... moi qui pensais que mon estomac me les réclamerait au moins une fois cet hiver, pas du tout. Il faut dire qu'en matière de plats cochons (gras, riches, nourrissants), le Québec aussi en connaît un rayon.
Bien sûr, il y a la poutine qui, peu importe la saison, n'a absolument aucun souci à se frayer un chemin jusqu'à mon estomac. Mais pourquoi se contenter d'un seul plat gras quand on peut se gaver de sucre et de gras à volonté pendant tout un repas ?

Enfin, "un" repas. Un, deux, trois... tout dépend de la résistance de ton foie. Personnellement, cette année, je me suis arrêtée à deux. Mais, honnêtement, ça m'aurait pas dérangée plus que ça de la jouer façon Top 3, d'autant que la saison (ou le temps) des sucres s'étend de mi-mars à fin avril. Le tout, c'est de suffisamment espacer les orgies gastronomiques pour permettre à ton cerveau d'oublier ce que tu as fait subir à ton foie quelques semaines plus tôt.

Comme on t'a expliqué que "cabane à sucre" allait de paire avec "nourriture à gogo", le matin même, tu optes pour un déjeuner (petit-déjeuner) léger. Résultat : passée l'extase devant la cabane, les tables et les bancs à rallonge en bois, les nappes à carreaux rouges et blancs et la petite musique d'accordéon, ton attention se focalise rapidement sur le pain et le beurre déjà posés sur la table. Affamée, tu entres en mode tartine(s). Erreur ! Grave erreur de débutante. Maudite française, va ! Soupe aux pois, oreilles de crisse, cretons, pâté à la viande, jambon fumé, saucisses, omelette, pommes de terre, fèves au lard, pancakes, tarte au sucre, pouding chômeur : comment tu comptes enfiler tout ça si tu commences par te jeter sur le pain ?

Comme si tout ce gras et ce sucre ne suffisaient pas, tu aromatises chacun de tes plats de sirop d'érable. Mais où est donc passée l'époque pas si lointaine où le mélange sucré-salé te faisait grimacer ? Même si tu n'en as, certes, toujours pas chez toi (surtout évite de le préciser aux Québécois, il paraît que c'est l'élément intégration n°1), ici, le sirop d'érable règne en maître gourde d'un litre sur ta table alors ce serait balo de ne pas y toucher. D'autant qu'il faut bien avouer que ça passe aussi bien avec les pancakes que le jambon fumé ou l'omelette. Au pire, si ça a du mal à glisser, souviens-toi que le thé et le café aussi sont servis à volonté. 

Une fois le ventre bien repu, direction la sortie. Bien sûr, tu peux aller te dégourdir les pattes dans le chemin forestier voisin histoire de faciliter ta digestion ou même faire un petit tour en calèche, mais ce serait passer à côté de ce pour quoi tu es venue à la base, ce qui va finir d'anéantir ton foie : la tire d'érable. Le principe est simple. Le monsieur, qui (tradition oblige) porte, comme tes collègues québécois, une chemise à carreaux, verse la tire liquide sur des bancs de neige. Quant à toi, tu attends patiemment qu'elle durcisse assez pour pouvoir l'enrouler autour de ton bâton et la déguster telle un suçon. Oui, un suçon parce qu'une sucette, en Québécois, c'est justement un suçon. Heu... ??? Le trop plein de mon estomac étant actuellement au centre de l'attention de mon cerveau, on verra plus tard pour la raison de cette inversion...

artartartart

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26 avril 2017

J+323 : Un UNIverS à part entière

"Mamaaan, ils travaillent en chaussettes et ils font la planche !"

Je connaissais le lieu et j'avais déjà rencontré la quasi-totalité des membres de l'équipe. Pourtant, en poussant la porte 1635, le 7 mars dernier (encore un 7 !), j'étais loin d'imaginer l'univers à part entière dans lequel j'avais tout fait ces huit derniers mois pour mettre les pieds.
Résumée façon top 3, ma première journée dans le monde Narnia l'univers de Google a donné à peu près ça :
1. J'étais à peine arrivée quand ma manager m'a invitée à venir avec eux à la cabane à sucre fin avril.
Heu... [tentative de connexion neuronale] le 30 ? Mais... mon contrat finit en théorie le 3. 
Hum... oui, et alors ?
Et alors ? Passée la surprise liée au fait que, dans mon pays à moi, on n'intègre pas les petits nouveaux/employés temporaires aussi vite et intensément que ça, "CA.B.A.N.E À S.U.C.R.E" : autant dire que mon estomac a capoté (être dans tous ses états, être excité, s'emballer pour quelque chose... rien à voir donc avec une "capote" française !) et moi, of course, j'ai accepté.
2. Au sol, dans l'intégralité du bureau, il y a de la moquette. Non, c'est pas ça qui m'a fait halluciner. Quoique, 10 ans plus tard, je m'interroge encore sur le pourquoi du comment de ce phénomène nord-américain. Il y a un lobby mafioso spécialisé dans le commerce de la moquette, c'est ça ? Bref. Les pas, sur la moquette, à moins de se déplacer tel un éléphant, techniquement, ça s'entend peu (ou pas, dans mon cas... d'où mon surnom les jours suivants de ninja). Mais, alors... C'est quoi ce bruit de frottement bizarre ? Intriguée, j'ai relevé les yeux et non, je n'hallucinais pas : un collègue, puis, quelques minutes plus tard, un autre collègue marchaient... en chaussettes !!!
Chaussettes, jeans, baskets : aux oubliettes le risque de potentielles boulettes de maudite française, dans mon nouvel univers à part entière, à moins d'avoir un meeting dans la journée, c'est correct !
3. Et puis, à 11h, alors que j'étais plongée à fond dans les nombreuses informations que j'allais devoir mémoriser en vitesse accélérée...
Tu viens faire la planche ?
Mon cerveau a littéralement beugué.
Heu... la quoi ???
Ah, ben... en l'occurrence, j'avais bien compris. Tous mes collègues étaient déjà au sol, prêts pour 1 minute 30 de renforcement abdominal. 

Ils travaillent en chaussettes, ils font la planche (deux fois par jour), ils travaillent côte à côte (bien qu'ils aient tous un bureau) dans la salle de réunion (rebaptisée sun room) ou dans la sofa room (qui doit son nom au canapé super confortable arrivé en même temps que moi), ils se racontent leur vie, ils font parfois des sorties, ils m'expliquent les différences culturelles autant qu'ils s'intéressent à mon pays. Et puis, en plus de leur accent rigolo (oui, bon, je sais, théoriquement, ici, celle qui a un accent, c'est moi !) et de leurs québécismes à gogo (c'est comme, bon, ben, t'sais, c'est correct, p'isvoyons, ), ils ont des conversations à l'image de la famille que j'ai toujours voulu avoir : bilingue.  

Tu fais partie de la famille maintenant.
Ils m'ont formée, ils m'ont conseillée. Ils m'ont souri, m'ont dit merci, m'ont complimentée et félicitée aussi. Ils m'ont faire rire, ils m'ont fait pleurer. Ils ont rebâti pierre après pierre lego après lego la confiance en moi que mon pays avait détruite.
Pour la toute première fois de ma vie, exit les "pas au bon endroit", les "en bonne voie", ce que je sais, ce que je sens depuis huit mois au plus profond de moi s'est confirmé : cette fois, j'étais au bon endroit. Ces six semaines (quatre, puis deux supplémentaires), c'est la raison pour laquelle, ça aussi je l'ai senti, je devais venir au Canada.

Oui, il me reste encore un bout de désert à traverser. La différence, aujourd'hui, c'est que ma sensation de soif est étanchée et qu'il a, dans mon sac à dos, une énorme gourde remplie d'eau. L'aridité et les tempêtes de sable peuvent venir me chercher, désormais, je suis parée pour les affronter les surmonter.

Parce qu'elle a déclenché un beau fou rire lors de ma fête de départ (et aussi, j'avoue, parce que je vois pas du tout dans quel thème d'article je pourrai la ressortir un jour !), voilà l'expression que m'a sortie un collègue : avoir la broue dans l'toupet (à prononcer /toupète/).
La QUOI ??? [yeux écarquillés au max de leur capacité]
Avec un peu de contexte, ça donne :
Je crois que tu te rends pas compte à quel point tu m'as aidé. Sans toi, j'aurais la broue dans l'toupet.
Toujours pas ? Bon, ok, petit cours linguistique : la broue désignant la mousse de la bière, ici, au Québec, lorsqu'une personne en a jusque dans le toupet, ça veut dire qu'elle est débordée.
Bon, ben, maintenant, à moi de provoquer un contexte pour pouvoir la réutiliser...

art

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19 avril 2017

J+316 : Prends soin de toi, Marianne

Marianne,

Oui, j'ai traversé l'océan, mais je t'oublie pas pour autant.
Oui, je t'écris rarement, mais je pense très souvent à toi ces derniers temps.

Mon premier souffle, mes premiers mots, mes premiers pas : je les ai vécus sous ton toit.
J'aime tes montagnes, j'aime tes vallées et tes marées.
Tes fromageries, tes boulangeries et tes vignobles.
Ton artisanat et les regards admiratifs que tu suscites autour de toi.
Quand je pense à toutes ces belles choses-là, j'ai envie de te prendre dans mes bras.
Et pourtant... 
Mes premiers doutes, mes premières peurs, mes premières larmes : c'est aussi à toi que je les dois.
En grandissant, j'ai questionné tes choix, contré tes opinions, tourné le dos à ta maison.

Oui, je t'ai quittée. Pour me construire, déjà. Mais pour me protéger, aussi. La colère, la violence et la haine qui se répandent en toi ne me correspondent pas. Je ne les laisserai pas éclabousser mes valeurs, ni contaminer ma foi.
Et pourtant...
Pourtant, dans ce monde au-delà des frontières que je me suis choisi, rien n'est tout noir, ni tout blanc.
Non, je n'arbore plus fièrement mon passeport comme avant. Et pourtant... Pourtant, je me surprends à parler de toi en disant "on". Pourtant, je t'aime autant que te haie. Toi ma mère, mes racines, ma maison.

Ma première élection présidentielle sur le continent américain, c'était celle de Barack Obama. Aaah, 2008 ! C'est fou ce que le monde a changé en 9 ans ! L'espoir a cédé sa place à la peur, les ponts aux murs de protection.
Aujourd'hui, oui, j'ai peur. Peur du weekend qui s'en vient. Peur des discours et des sondages. Peur de ton avenir plus qu'incertain.
Je m'inquiète pour toi, Marianne. Pour toi et pour tous tes enfants.
Que se passera-il lors de cette élection ?
À quoi ressembleras-tu dans un an si je prends la décision de rentrer à la maison ?
Qu'est-ce que je raconterai à mes enfants à l'accent rigolo sur leurs origines outre-Atlantique si tu choisis une voie qui ne me ressemble pas ? 

Oui, j'ai peur. Peur de l'enveloppe que je tiendrai dans mes mains le 22 avril*, peur des répercussions de mon choix et, surtout, peur des résultats.
*décalage horaire oblige, les Français résidant sur le continent américain votent en premier.

Je t'en supplie, Marianne, promets-moi que tu te protègeras de la colère, de la violence et de la haine. Promets-moi que tu prendras soin de toi, de moi et de tous tes enfants qu'ils soient nés ou pas chez toi. Promets-moi que les trois mots de ta devise - Liberté, Égalité, Fraternité - inspireront la voie que tu suivras.

Je tiens tellement à toi, Marianne. Toi ma mère, toi mon sang, ma patrie, ma maison.

art

"Il ne faut pas qu'on gagne une élection et qu'on perde une génération." - Imam Hassan Guillet (23 février 2017)

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12 avril 2017

J+309 : Ma famille, mes amis, mes hybrides

- le décès de ma grand-mère
- la grossesse, puis l'accouchement difficile de ma meilleure amie
- la succession d'épreuves traversées par ma sœur
- les remarques plus que déplacées de mon patron
- le vide professionnel
- le rejet pour cause de non-nationalité canadienne
- l'incompatibilité grandissante avec l'une de mes colocs

Ces dix premiers mois au Canada ont apporté leur lot de doutes, d'angoisses et de découragement, à la limite de la renonciation.
Toutes ces épreuves, je les ai traversées à l'autre bout de l'océan, à des milliers de kilomètres de ma famille et de mes amis. Et pourtant... Pourtant, je n'étais pas seule. Tout au long de ma traversée du désert, de très jolies personnes ont croisé mon chemin. Pour avoir elles aussi quitté leur famille et leurs amis pour venir s'installer ici, elles comprennent mes rêves, mes obstacles et mes choix. Elles ont partagé mon festin de Noël, ma danse enneigée du Nouvel An et ma chasse aux œufs de Pâques. Ces jolis moments, elles les ont même créés. Elles m'ont écoutée, elles ont vu mes larmes couler, elles ont su trouver les mots, elles m'ont reboostée, elles m'ont encouragée à persévérer, elles m'ont fait rire aux éclats, elles m'ont offert un toit, elles m'ont proposé un emploi. Sans elles, mon aventure canadienne ne serait pas la même ne serait plus. Elles se sont créées leur propre place : à la fois ma famille et mes amis ici, je les ai surnommées "mes hybrides".

art

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05 avril 2017

J+302 : Protéger le français, envers et contre tous

Ici, c'est pas le Canada. C'est le Québec.

Oh boy! La première fois que tu as droit à cette remarque, soyons honnêtes, ça te refroidit net. Et puis, avec le temps, - "Ici, au Ca...ébec,..." - tu apprends à contourner la boulette l'incident diplomatique.

Au début, tu trouves ça amusant. Ton cerveau compare tous tes interlocuteurs-aux-propos-nationalistes aux seuls indépendantistes que tu connais : les corses, les basques, les bretons. Sauf que, vue la manière civilisée qu'ils emploient pour faire part de leur mécontentement (lors de grèves notamment), tu imagines mal les Québécois en possession d'un arsenal d'explosifs. Rien qu'à l'idée, tu souris de manière incontrôlée.

Au bout de quelques mois, tu ne rigole plus. Tu t'habitues. Après tout, derrière tant d'engouement pro-indépendance se cachent forcément quelques (bons) arguments...

Puis, vient le jour où tu décroches un poste qui te replonge dans la traduction et les enjeux de l'adaptation. L'absence de ressources francophones à laquelle tu te heurtes au travail reflète un problème plus profond vécu au niveau de la nation. Car, si la province du Québec est immense (2,5 fois la surface de la France), les francophones ne représentent qu'1/4 de la population canadienne totale. Et, si tu peux, par exemple, demander d'être entendue par les autorités en français sur l'intégralité du territoire lors d'un interrogatoire, dans la vie de tous les jours, c'est légèrement plus compliqué. Non, les Québécois ne sont pas fous, ni armés jusqu'au cou (à part les chasseurs, peut-être...). Les lois misent en place sur le territoire (comme imposer aux entreprises anglophones de traduire leur nom d'enseigne ou de réaliser des affiches publicitaires avec au minimum 75% de contenu en français) visent toutes à protéger le symbole de leurs racines, de leur histoire et de leurs valeurs : le français. Cette langue, leur langue, ils en sont fiers et se battent, jour après jour, pour la défendre, coûte que coûte, envers et contre tous.
Oui, vient le jour où tu décroches un poste qui t'ouvre grand les yeux et tu comprends. Du coup, depuis, le français, tu en prends soin aussi fort qu'eux.

art

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29 mars 2017

J+295 : Et sinon, le printemps, c'est pour quand ?

Aaaah... l'hiver !
Après avoir eu un effrayant petit aperçu mi-décembre, je l'ai attendu, attendu... attendu. Avec jusqu'à +6°C au mois de janvier et une neige totalement fondue au mois de février, autant dire qu'on était vraiment loin du grand froid et des montagnes de neiges auxquelles je m'étais psychologiquement préparée. J'étais déçue. Et puis, à moins d'une semaine du printemps, je l'ai enfin eu ma tempête de neige tant attendue.
De la neige, il en est tombée tellement en si peu de temps que plusieurs écoles sont restées fermées pour la journée. Ma job aussi. Un snow day, un vrai, pour la toute première fois de ma vie ! Oui, bon, ok, officiellement un jour de télétravail, mais, sans mon ordinateur professionnel, ni clé pour ouvrir la porte du bureau, ça s'annonçait légèrement compliqué... Rentre chez toi, tu rattraperas tes heures plus tard. Sérieux ? Ouuu yeaaah ! À moi le parc du Mont-Royal et ses 50 cm de poudreuse, au plus grand bonheur des skieurs, des surfeurs (oui, oui !) et de mon appareil photos !

Bon, par contre, maintenant que j'ai eu ce que je voulais, Madame Météo, faut pas déconner ! Rendus fin mars, les Québécois sont tannés (en ont marre) de l'hiver, comme ils le répètent souvent, et, honnêtement, passée l'euphorie typique des nouveaux arrivants, je les comprends. Des inconvénients, il y en a tellement ! Voilà donc un petit Top 5 bâptisé pour l'occasion Parfois, l'hiver, c'est tannant :

1. La neige :
Aaaah, la neige ! C'est beau, c'est blanc et, parfois, c'est aussi... chiant ! En tant que piéton, déjà, car il faut déneiger son entrée, ses escaliers à l'aide d'une pelle (ou de ses pieds, quand on n'a pas le matériel approprié !). Et puis, aussi et surtout, quand on a une voiture. Enfin... une auto ou un encore un char, comme ils disent icitte. Parce que, son char, il faut le parquer et, quand on n'a pas de place attitrée dans la ruelle arrière ou d'abonnement de stationnement, lorsque les montagnes de neige s'accumulent le long des rues, ça devient tout de suite légèrement compliqué.
C'est là qu'interviennent les déneigeuses. Mais attention : rien à voir avec le seul et unique modèle de déneigeuse en charge des 10cm de neige qui tombent une fois tous les trois ans dans les rues de Chambéry ! Ici, c'est un vrai rassemblement à la Cars. Non, Disney et Pixar n'ont rien inventé, l'hiver, à Montréal, des camions en charge du déneigement, il y en a de toutes les sortes, de toutes les tailles et de tous... les bruits !
Toute séance déneigement commence avec les petites pancartes oranges fluos qui t'annoncent qu'entre 19h et 7h, tu es priée de ne pas stationner ton char de ce côté-ci de la rue au risque de devoir le récupérer à la fourrière. Et comme, ici, le quart d'heure savoyard, y a pas, à 19h tapantes, le festival de camions entre en action ! Remorqueuses, déneigeuses, saleuses... En tout, j'ai compté au moins 5-6 monstres différents (enfin... "monstres", ne négligeons pas la déneigeuse miniature de trottoir toute petite, toute cute à côté de ses grandes sœurs) avec tous un point commun : sécurité oblige, - BIP, BIP, BIIIP - elles sont toutes conduites par un chauffeur la main gluée au klaxon. Cela dit, si ça te saoule, relative : ce que tu vis à 19h, certains le vivent... à 23h !

2. Le froid :
Aaaah... elle est loin l'époque où - clac-clac, clac-clac - tongs aux pieds, c'est bon, tu étais parée !
Qu'est-ce que c'est qu'ce pays ? Il fait au moins -8000 ! Petite pensée à Numérobis et sa peau de léopard.
Ici, tout est conçu pour se protéger survivre au froid : doubles-fenêtres, portes battantes (super lourdes !) à l'entrée des stations de métro et... vêtements hyper chauds. Ce qui prend tout de même un léger temps d'adaptation : après avoir été en retard à quelques occasions, tu finis par compter 10 minutes supplémentaires dans ton temps de trajet pour pouvoir t'équiper. Si tu as rendez-vous à 9h et qu'il te faut 30 minutes pour t'y rendre, tu commences donc à enfiler ton manteau à 8h20. Ou pas d'ailleurs parce que manteau + chauffage = suffocation assurée ! Tu commences par les bottes, du coup, puisque ça prend du temps de les lacer jusqu'en haut, puis tu enfiles ta tuque avant ton écharpe pour pouvoir la coincer (il en va de la survie de tes oreilles !) et, enfin, ton manteau, à bien boutonner jusqu'en haut. Une fois équipée, tu prends ton courage à deux mains et c'est parti mon kiki, tu sors braver les températures frigorifiques.
Ce schetch, tu le reproduis aussi quand tu descends les poubelles. C'est plutôt recommandé, si tu veux pas décéder congelée. Sinon, il y a la technique "binômale" où tu travailles en équipe : la première personne amène les poubelles jusqu'à la porte d'entrée où la deuxième l'attend, chaudement emmitouflée, prête à prendre le relai. Plutôt pratique quand tu as des coloc's.
Avec le temps, tu t'habitues. "Oh, -8°C, boh, ça va, il fait pas froid-froid aujourd'hui." Moui, sauf que ce que ton thermomètre ne te dit pas, c'est qu'il y a du vent aussi. Du coup, petite note à toi-même pour la prochaine fois : embarque ta tuque avec toi ! En attendant, tu peux toujours rentabiliser ta capuche moumoutée XXL... D'ailleurs, en cas de grand froid, le combo tuque-capuche c'est parfait ! 1. ta capuche empêche ta tuque de glisser, tes oreilles restent bien cachées, 2. le pompon de ta tuque empêche les poils moumoutés de ton immense capuche de te tomber devant les yeux. Bon, par contre, si ça t'aide à voir les obstacles droit devant toi, ça reste quelque peu compliqué pour ceux sur les côtés car, accoûtrée telle une inuite, ton cou est dans l'incapacité la plus totale de "rotationner" (Larousse 2024). Et ça complique aussi les conversations car, à moins de marcher à la même hauteur que ton interlocuteur, avec toute cette superposition de couches, tu passes vite en mode "Vous pouvez répéter la questiiion ?".
Malgré tout cet arsenal vestimentaire en ta possession, ton corps prend cher en hiver. Vraiment très cher. Au-delà de ton envie de manger de bons petits plats bien gras donc de prendre du poids, tu dessèches. Tes mains et tes lèvres gerçent, ton nez pèle et tes yeux brûlent. Du coup, ton placard de salle de bain devient rapidement une parapharmacie : énorme pot de crème pour le corps, tube de crème enrichie pour les mains (qui fonctionne aussi parfaitement sur ton nez) et labello. Pour tes yeux, bénie soit l'invention du sérum physiologique. Cela dit, que tu te frottes les yeux ou que tu mettes des gouttes, le résultat reste le même : au final, tu ressembles à un panda ! Et puis, comme si ça suffisait pas, ta morve n'a même pas le temps de couler qu'elle a déjà gelé ! (quand je vous disais que, l'hiver, l'adjectif "sexy" est banni, ici...)
Et puis, - Doudou, ta main ! - tu réalises aussi à tes dépends que tu aurais dû suivre les "conseils" de ta maman (petite mention spéciale au surnom parental ridicule !) parce que ne pas mettre ta main (ou ton écharpe) devant ta bouche quand tu bailles, pendant la saison hivernale, reste le meilleur moyen de sacrifier tes poumons.

3. La glace :
Il paraît que, l'hiver, tout le monde tombe au moins une fois. Ben... pas moi. Soit j'ai un pot de cocue, soit j'ai un équilibre de fou. Mouai... va pour l'équilibre de fou ! Ce qui n'est pas forcément le cas de tous les gens autour de moi... Petite pensée au monsieur qui est tombé s'est rétamé sur les fesses bien comme il faut juste devant moi, un matin particulièrement glacé. "Heu... Ça va, monsieur ?" Apparemment, oui. Mais quand même... ouch, j'ai mal pour lui !
Bon, cela dit, j'avoue, j'ai quand même glissé deux-trois fois parce que la glace est sournoise. Sa spécialité c'est de se cacher sous la plus récente couche de neige, en mode ni vue, ni connue et - BOUM - je t'ai bien eu, hein, avoue ?! Ou de prendre les roues des chars en otage. C'est comme ça que tu te retrouves, à tour de rôle avec ta coloc', à briser la glace qui emprisonne les roues du sien avec pour seul objet, une arme massive de la mort qui tue : une gratte-gratte de pare-brise en... plastique ! Inutile de préciser qu'on a galéré à libérer les roues, mais ce n'est rien à côté l'étape qui a suivi. Va pousser une voiture à la seule force de tes bras en ayant les pieds posés sur une patinoire ! Heureusement, les Montréalais sont top pour ça : très rapidement, deux Québécois sont venus nous aider et hop le tour était joué (ou presque !).

4. La pluie verglaçante :
Un matin, au réveil, comme d'hab, tu te lèves, tu ouvres tes rideaux et... what the f***??? : les fenêtres de ta chambre sont floutées façon fenêtres de salles de bain. Aérer ? Oublie. 1-ta fenêtre est littéralement bloquée, impossible de ne serait-ce que l'entrouvrir, 2-si la pluie a instantanément congelé c'est que dehors, dans les rues-patinoires, il fait froid. Très froid. Vraiiiment très froid. Hum... et si tu retournais te coucher plutôt ?

5. La slush :
Lorsque la pluie est, à l'inverse, combinée à un redoux, elle transforme la neige en espèce de truc blanc-gris-marronné tout moche, tout mou qui fait floque-floque : la slush. Et comme Montréal, c'est un peu comme Montpellier niveau stagnation des flaques piscines et que de nuit la couleur de la slush se confond à celle du goudron, tu finis les pieds dans l'eau. Aaaarg ! Réflexe : tu te décales illico presto. Sauf que, au regard interpelé de ta coloc', tu comprends que tu as choisi la mauvaise direction. Ta flaque-slush-caméléon est en fait une piscine olympique. Oh boy! Heureusement que la matière extérieure de tes bottes moumoutées est imperméable...

À la fin de la saison, lorsque la neige se décide enfin à rebrousser chemin, c'est le moment de constater l'ampleur des dégâts
1. les déchets emportés par le vent et emprisonnés sous la neige refont surface partout dans les rues
2. les voitures et les routes sont bouzillées à cause du combo neige-sel-gel.
Pour pouvoir remédier aux dégâts, il est donc grand temps de faire place au printemps, la fameuse saison des cônes oranges !

T'as entendu Madame Météo ? Place au printemps !

artart

Posté par estelle_rousseau à 23:01 - Commentaires [2] - Permalien [#]