Je me souviens encore de la toute première fois où, fraîchement débarquée à Montréal, je suis allée faire l'épicerie (faire les courses). Il me fallait de quoi souper (dîner) et de quoi remplir mon bol au déjeuner (petit déjeuner). Je me souviens encore de mon état de décomposition à la vue du prix de produits du quotidien comme la mozzarella et le jambon, du paquet de pâtes et du pot de sauce tomate dans mes bras et de mon désarroi en sortant : mais comment je vais faire pour survivre pendant deux ans ???

On me demande parfois ce qui me manque le plus icitte. Si, actuellement, mon rêve absolu serait d'acheter du pain, du vin et du fromage avec un billet de 10€ (15$) et de revenir avec du change (de la monnaie), honnêtement, je ne suis en manque de rien. Au contraire, un an plus tard, je ne survis pas, je vis. Plutôt bien, même, d'ailleurs. Au plus grand bonheur de mon estomac (et de mon portefeuilles). Car, au-delà du fait que tout se trouve sur l'île de Montréal et que (moyennant un emprunt !) je pourrais manger de la baguette et du fromage de Savoie à chaque repas, j'ai appris à surfer sur les trois règles de base en matière d'alimentation à Montréal :
1. manger local
2. acheter en spécial
3. diversifier ses points d'achat.

Manger local
Si, au début, quelque soit le prix du jambon, tu t'entêtes à en acheter, très vite, tu ralentis drastiquement ta consommation. Puis, avec le temps, tu t'arranges pour lui trouver un remplaçant. Et tu fais de même avec de nombreux autres aliments. Exit donc le jambon blanc, l'emmental râpé, la baguette et le Kiri, dans ton frigo, il y a désormais du bacon, du cheddar en bloc, des bagels et du Philadelphia.

Acheter en spécial
Toutes les semaines, les magasins sortent une nouvelle circulaire (un catalogue) avec des promos à gogo. IGA, Métro. Un près de toi, l'autre près du boulot, ton choix s'oriente clairement en fonction des promos. Celles sur le yaourt et le chocolat noir surtout. Sans compter Pharmaprix et Jean Coutu qui, non spécialisés dans l'alimentation à l'origine, cassent leurs prix comme c'est limite pas permis. Et quand les spéciaux valent vraiment le coup, tu remplis ton panier et - bénie soit l'invention du congélateur !- tu t'affères derrière les fourneaux.

Diversifier ses points d'achat
Au fil des mois, tu réalises aussi à quel point, à moins de tomber sur de grosses promos, tu peux trouver des produits artisanaux moins chers que des produits industriels dans de nombreuses petites épiceries où tu n'as jusqu'alors jamais osé entrer. Grâce à ce concept, il y a désormais toujours chez toi des olives et de la feta en-veux-tu,-en-voilà.

On me demande parfois ce qui me manque le plus icitte.
Et si, pour une fois, on abordait ce qui me manquerait au quotidien si, à la fin de mon visa, je rentrais en Savoie ?
☑ comparer les circulaires à la recherche des meilleurs spéciaux
☑ déambuler dans les allées du Marché Jean Talon
☑ remplir mes sacs de fruits et légumes pour 15$ à tout péter
☑ pousser la porte de tout un tas de petits commerces à la recherche de produits indispensables à mon estomac
jaser (discuter) avec les commerçants qui me reconnaissent maintenant systématiquement
☑ ne pas être taxée sur les produits de première nécessité
☑ percevoir un salaire aux deux semaines
☑ être prélevée en charges à la source (puis être remboursée par le gouvernement à coup de quelques zéros)
☑ voir les usagers du métro se décaler sur les côtés pour laisser sortir la foule de passagers avant de s'engouffrer
☑ admirer les files indiennes se former à l'arrêt de bus comme au resto
☑ regarder la ville s'animer, hiver comme été, avec ses festivals et ses patinoires
☑ contempler les enfants qui, suivant les saisons, font du hockey ou du vélo dans les ruelles en arrière des maisons
☑ ...

Oui, c'est sûr, si je quittais Montréal demain, c'est tout un quotidien qui prendrait fin.

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