Une bonne dizaine de visites plus tard, on l'avait enfin trouvée, notre perle rare.
Son emplacement, sa proximité des transports en commun, sa hauteur, sa luminosité, son espace, son rapport qualité/prix : j'aimais tout dans cet appartement. Tout sauf l'émail explosée/rouillée de sa baignoire qui, pourtant lavée, me laissait dubitative quand à la survie de mes orteils à chaque fois que j'y mettais les pieds. Forte heureusement, la proprio avait pour projet de la faire réémailler.

MERCREDI
Adieu donc baignoire hideuse, bonjour... intoxication nasale !
J'étais prévenue et pourtant : en rentrant dans l'appartement, - Pouaaah ! - ça sentait la migraine à plein nez.
C'est pas faute d'avoir envisagé aérer, mais, vue la chaleur humide à l'extérieur, l'odeur risquait surtout de macérer à l'intérieur.
Derrière la porte de la salle de bain, customisation totale façon Dexter : les murs et les meubles étaient entièrement recouverts d'un épais papier blanc, de quoi faire disparaître un cadavre sans laisser la moindre trace.
La baignoire, elle, était ma-gni-fi-que : blanche, lisse, propre. Au point de me donner envie de prendre un bon bain bien moussant. Sauf que, 48h de séchage étant requises, j'ai dû me contenter de la seule autre pièce avec une arrivée d'eau : la cuisine.
1. Serviette et gel douche posés sur le plan de travail à proximité, je m'apprêtais à enlever mon haut quand j'ai percuté que, contrairement à la fenêtre au-dessus de l'évier, la porte-fenêtre juste à côté ne disposait d'aucun store pour me cacher. Certes, l'appartement est au dernier niveau, mais j'avais plus qu'à prier pour que nos voisins de balcon ne soient pas soudainement en rade d'un ingrédient...
2. Tapis de bain au sol pour absorber toute l'eau que je risquais fortement de faire couler en voulant me rincer.
Bref, j'étais parée.
Nettoyage du haut, enfilage de pyjama, nettoyage du bas, enfilage de pyjama. Un petit coup d'œil rapide autour de moi et - boh - aucune inondation en vue. J'étais plutôt fière de moi sur ce coup-là. Ce petit bon dans l'enfance de ma mère n'était pas si pire finalement.

JEUDI
Désormais rodée, j'ai mis en place mon substitut de salle de bain en un tour de main. Niveau lavage, j'ai même gagné en rapidité. Non, vraiment, même par cette chaleur humide typique d'un vrai été montréalais, c'était pas si pire.
Et puis, autre avantage non négligeable, je faisais de sacrées économies :
- d'eau (un petit plus pour l'environnement)
- d'Hydro (Hydro-Québec, l'EDF local). Car, si l'eau froide est gratuite au Québec, ce n'est pas le cas de celle qui me transforme systématiquement en écrevisse.

VENDREDI
Le matin : j'étais en train de me laver les aisselles, prête à partir au travail, quand ma coloc', à peine levée, est entrée dans la cuisine pour déjeuner (petit déjeuner).
Le soir, ma coloc' : T'as encore besoin de la cuisine de bain ?
En 48h, y a pas à dire, on s'est vraiment bien adaptées à cette nouvelle fonctionnalité. Bon, ok, un peu trop, peut-être...

SAMEDI
Ce petit bon dans le passé était marrant un temps, mais, là, mes cheveux sont dégueu' et cette humidité... Aaaargh... Quand est-ce que le fils de la proprio vient faire les joints ??? Je suis tannée !!! (ou, en bon français métropolitain, Ça m'a saoulée/gonflée/gavée... Bref : RENDEZ-MOI MA SALLE DE BAINNN !)
Oh... et ben il suffisait de demander. Le fils de la proprio est venu dans la journée. Bon, certes, esthétiquement, c'est pas tout à fait un travail de pro, mais, point positif, dans 24h, les joints auront séché et, moi, je pourrai utiliser notre nouvelle baignoire.
En attendant, pour la soirée, la proprio nous a prêté les clés d'un appartement de la montée non loué. La pression et le rideau de douche avaient beau être absents, j'étais quand même refaite à l'idée de pouvoir laver ma tignasse dégueulasse.

DIMANCHE
- C'est bon ? Ça a séché ?
- Ouuuiiiiiiiii !

On se rend souvent compte du  confort  dans lequel on vit lorsqu'on le perd. Et ça vaut pour une baignoire aussi.
L'eau chaude à forte pression sur l'ensemble de mon corps en rentrant d'une bonne journée de travail, l'ambiance digne d'un sauna, l'odeur du savon et du shampooing diffusée dans toute la salle de bain... et surtout, la sérénité quant à la santé de mes orteils... Bref, le pied !

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