J'ai toujours voulu assister au défilé d'une fierté. Au-delà des couleurs et des costumes exubérants, il y a des valeurs que je défends et un drapeau que j'aime particulièrement.

20 août 2017. La date était notée dans mon calendrier. Et comme, en plus, cette année, Montréal avait été sélectionnée pour accueillir la toute première Fierté Canada, impensable de passer à côté, c'était l'occasion rêvée. Appareil photos en mains, j'y suis donc allée..

Étape n°1 : repérer le lieu exact du défilé
Pour ça, il y a l'application qui nous a sauvés plus d'une fois depuis notre arrivée à Montréal, mon sens plus-que-pourri de l'orientation et moi : Google Maps. Sérieux, que je suive ou que je contre ma toute première intuition, je pars systématiquement dans la mauvaise direction. C'est pas faute d'avoir choisi une ville à grandes artères perpendiculaires pourtant...
Pour l'occasion, la portion du Boulevard René-Lévesque que le défilé devait fouler avait même revêtu les couleurs du drapeau arc-en-ciel. Plutôt pratique pour repérer le lieu exact du défilé !

Étape n°2 : trouver l'emplacement idéal
Moui, fin, bon... un bon quart d'heure fois deux Savoyards donnant environ une heure de retard, il a surtout fallu trouver un emplacement où la parade n'avait pas encore commencé !
La station de métro Place d'Armes étant à mi-chemin, elle me paraissait plutôt bien. À un infime détail totalement-occulté-par-mon-cerveau près : ça signifiait assister au défilé depuis le quartier chinois, un monde oh-combien-culturellement-différent de celui auquel m'ont habituée les Québécois. Car, si les Québécois s'exécutent d'emblée lorsqu'un policier leur demande de reculer pour permettre aux chars du défilé de passer, il semblerait que, pour les Chinois, le respect des consignes formulées par un membre de l'autorité soit une notion beaucoup plus... floue. Tablette et appareil photos en mains, ils sont restés figés. Première demande, deuxième demande, troisième demande. Le ton du policier s'est durci, mais rien n'y a fait. Pour enfin parvenir à les faire reculer, M. Autorité en a été rendu à poser la paume de ses mains sur eux pour les pousser délicatement, mais fermement. Hallucinant !
Quant à moi, partagée entre l'abasourdissement face à l'improbabilité d'une telle situation et l'exaspération, j'avais comme l'intuition que ma résistance nerveuse allait être mise à rude épreuve...

Étape n°3 : collectionner les cadeaux
Bandana multicolore, tatouages temporaires, canette arc-en-ciel de cola...
Prête à tout pour prendre des photos non gâchées par des bouts d'intrus (bras, cheveux...), je me suis frayée un chemin tout devant, l'emplacement apparemment idéal pour entamer une collection de cadeaux
Ceci dit, avant de finir dans mes cheveux, le bandana multicolore a dû attendre un peu. Poussez-vous les bouts d'intrus : Justin Trudeau arrive pile poil à hauteur de mon appareil photos !!!

Étape n°4 : se laisser porter par l'ambiance du défilé
Le défilé avait à peine commencé à notre niveau qu'il s'est littéralement figé. Plus de cris, plus de musiques, plus de chorégraphies : les participants comme les spectateurs se sont tus pour rendre hommage aux victimes de l'attentat de Barcelone qui a eu lieu trois jours plus tôt.
Barcelone...
2014. Un délai. Un budget. Un objectif.
Est-ce qu'ils réussiront à communiquer en espagnol ou en anglais ?  à gérer leur budget ?
Est-ce qu'ils prévoiront assez en terme de quantité ?
Est-ce qu'ils s'associeront pour créer un repas équilibré ?
Pendant que nos élèves déambulaient dans les allées du marché de la Bocqueria à la recherches de mets pouvant composer notre pique-nique-dîner (déjeuner), assis à une terrasse sous le soleil de la Las Ramblas, entre professeurs, on s'est interrogés.
Une fois le délai écoulé, on les a retrouvés le sourire aux lèvres et les bras chargés. Du pain, du jambon espagnol, du fromage, des salades de fruit, de l'eau... et, dans leurs mains, le change (monnaie) qui leur restait. 
Je n'oublierai jamais leur sourire, si fiers d'avoir réussi le défi qu'on leur avait lancé. Je n'oublierai jamais le super pique-nique qu'on a dévoré, ni le fou rire qui l'a accompagné.
Montréal. 2017. Quand la minute de silence s'est écoulée, les applaudissements ont pris le relay. Je n'oublierai jamais ces applaudissements-là, s'intensifiant graduellement à la manière d'une ola. Je n'oublierai jamais ce que j'ai ressenti à ce moment précis : l'accélération des battements de mon cœur, les frissons. Les cris, la musique et les chorégraphies ont repris. De Barcelone à Montréal, je me sentais en vie.

Rouge, orange, jaune, vert, bleu, violet. Deux heures de défilé sur le thème des couleurs du drapeau, deux heures de costumes originaux (petite pensée pour le combo laisse-musolière sado-maso !), deux heures de joie, de partage et de tolérance. Même le soleil est sorti de sa cachette pour l'occasion. Tellement d'ailleurs que mon épaule a rougi pour la toute première fois de l'été. Oui, oui, le 20 août. Tout à fait.

Une fois le défilé terminé, j'étais bien. En plus de pouvoir checker (cocher) une case de plus sur ma to-do list Canada, je venais de réaliser à quel point j'étais loin d'être seule à concevoir un monde haut en couleurs où nos différences seraient perçues comme une force et non un fléau. 
Je me demande pourquoi, aux quatre coins du monde, les différences sont rejetées, pourquoi les hommes s'entêtent à bannir, à détruire et à tuer. À l'évidence leur combat est perdu d'avance car, face à leur ignorance, dans les rues de Montréal, nous étions des milliers.

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