Si, aux USA, à Noël, il faisait un froid de Canarda, à Montréal, pendant ce temps-là, avec des ressentis à -40°C - MOINS QUARANTE DEGRÉS ! - il faisait plus froid... qu'au Pôle Nord !
Cette vague de grand froid et les intempéries qui l'accompagnaient ont quelque peu perturbé le trafic aérien canadien.

Cleveland Hopkins International Airport
Pas de file d'attente au comptoir d'enregistrement d'Air Canada, aucune fouille de mon bagage à main au point de contrôle (ce qui m'arrive rarement aux USA), personne dans la salle d'embarquement, aucun souci au moment de monter dans l'avion : mon voyage avait bien commencé pourtant. Et puis, va Dieu savoir ce qu'il s'est passé, mon karma a déraillé.
Une fois sur la piste de décollage, on a attendu, perdu notre créneau de décollage, attendu, attendu, attendu... pour finalement découvrir que l'aéroport Pearson venait d'être fermé. Aucun vol en partance ou à destination de Toronto n'était autorisé à décoller !
Bref. Retour dans la salle d'embarquement pour une durée indéterminée, le temps pour moi de :
- voler à la rescousse d'un couple de français venu passer les fêtes de Noël avec leur fils à Cleveland qui parlait un anglais restes-du-collège plutôt approximatif à un personnel américain exclusivement anglophone. J'avais de la peine pour eux... et un peu honte de la façon typiquement française qu'ils avaient de râler aussi, j'avoue.
- consulter les alertes grand froid d'Air Canada allant jusqu'au 1er janvier. Heu... je reprends le travail le 2, les gars. Déconnez pas !
- prévenir ma cousine qu'elle se prépare à potentiellement venir me rechercher. 
Puis, - "Let's go, folks! Let's go!" - le pilote est arrivé en trombe dans la salle d'embarquement. On avait 15 minutes top chrono pour embarquer / être en place pour décoller. Certes, on avait un petit avion, mais quand même : je n'ai jamais vu un embarquement s'effectuer aussi rapidement. Bon, cela dit, pas assez, apparemment, puisqu'on a loupé notre créneau de décollage de... 5 minutes. Damn it! Du coup, on a de nouveau attendu, attendu, attendu... pour finalement décoller de Cleveland à l'heure où je devais décoller de Toronto. C'est-à-dire avec 4h de retard.

Toronto Pearson International Airport
De retour sur le sol canadien sur des pistes d'atterrissage dont l'état laissait dubitatif sur la nécessité de bloquer l'aéroport au complet (?!), j'ai de nouveau pu accéder à internet sur mon téléphone intelligent (smartphone) et découvrir que mon deuxième avion avait lui aussi tellement été retardé que je pouvais encore l'attraper (une chance vue la quantité de vols annulés !). À condition de ne pas m'arrêter pour acheter à manger. Bon, tant pis, je mangerai vers 22h en rentrant à la maison.
... Ou pas ! Car, une fois assise (à côté d'un monsieur en train de manger en plus !), si les minutes continuaient de tourner, mon avion, lui, n'a pas bougé. Fait qu'on a de nouveau loupé notre créneau de décollage et donc attendu, attendu, attendu... Arrrgh !
Quand on a enfin décollé, si mon estomac était à deux doigts de décéder, positivons, positivons : le soir, j'allais pouvoir dormir dans mon lit. Et un peu dans l'avion entre temps aussi.

Aéroport Pierre-Elliot Trudeau de Montréal
22h30 au lieu de 18h15. J'étais claquée, mais enfin arrivée. Allez, plus qu'à récupérer mon backpack et c'est bon, je pourrai enfin rentrer à la maison rempoter mon bidon. 
Une fois devant le carrousel de bagages, j'ai attendu, regardé les valises s'y accumuler au point de le bloquer, attendu, regardé les valises non récupérées s'entasser sur le côté, attendu, regardé les valises d'un autre carrousel sur les conseils d'un employé, attendu... pour devoir admettre, une heure plus tard que non, à l'évidence, je ne rentrerai pas avec mon backpack ce soir. Je n'avais plus qu'à prendre place dans la file du comptoir des réclamations qui avait, entre temps, triplé ! 
Un bus à 23h46, un à 0h17. Allez, à 23h30, vu comme la file avance, c'est jouable. On y croit. On croise les doigts.
Sauf qu'en quittant le comptoir à 23h43, j'ai eu beau courir comme une dératée dans l'aéroport (un coup à se faire arrêter par les autorités...), le bus, je l'ai raté. Si je n'avais pas été aussi épuisée, j'aurais sûrement craqué. Mais, au-delà d'un certain stade, les larmes ne sont apparemment plus fabriquées. Du coup, j'ai pris le temps de me rhabiller bien comme il faut et je suis sortie affronter les -30°C !
Habitué au froid, l'aéroport a mis au point un système de vitres-montées-sur-blocs-de-béton-/-chauffage-de-terrasses-extérieures pour protéger les usagers de la file d'attente de la perte d'un ou deux doigts. La place idéale étant juste devant l'interrupteur du chauffage... eeeeh ! 

La Société de Transport de Montréal
La ligne de métro bleue qui s'arrête à côté de chez moi étant sur le point de fermer, tout ce qui m'importait m'obsédait, c'était la combinaison de transports qui me rapprocherait au plus près de mon appartement. Quand le bus s'est arrêté à la station Lionel Groulx (bien plus excentrée que la station Berri UQAM, en plein centre ville), beaucoup de personnes sont descendues, mais, vue l'heure avancée... Je les suis, je les suis pas... ? Aaaah ! Je sais paaas !
Finalement, j'ai sauté du bus, marché rapidement et... vu le métro partir juste devant moi. Arrrrgh ! Mais pourquoi ? Pour-quoiii ??? Grosse microseconde de panique, et puis... l'écran a affiché le temps d'attente jusqu'au prochain métro. Ce qui veut dire qu'il y avait donc bien encore un autre métro. Ouf !
Treize stations de métro plus tard, l'un des deux employés qui attendaient que je finisse de renfiler mon écharpe, ma tuque (mon bonnet) et mes mitaines (mes gants) pour pouvoir fermer la porte d'entrée du métro derrière moi en a profité pour jaser (parler, faire la conversation) :
- Vous savez ce qu'on dit au Québec ?
- Non ?
- Il n'y a pas de gens qui ont froid. Il n'y a que des gens mal habillés.
Heu... à -30°C, il y a quand même une limite de froid à ne pas dépasser !
- Haha ! Bonne soirée !
C'est à ce moment-là que j'ai percuté que j'avais eu le tout dernier métro de la soirée !!

La rue Jean Talon Est
Finalement, l'employé du métro avait peut-être raison parce que, protégée par toutes mes couches de vêtements, bagage à main hyper lourd sous le bras (j'ai bien essayé de le tirer, mais sur la neige-glace non déblayée, bizarrement, ça voulait pas rouler !), les 20 minutes de trajet dans le froid, je les ai moyennement senties passer. Certes, ça picotait quand même un peu à la fin, mais j'étais tellement déterminée à rentrer me coucher que rien ne pouvait plus m'atteindre. Ni la fatigue, ni le froid, ni la faim... Oui, bon, ok, n'exagérons rien.

2h du matin.
Je n'avais peut-être pas ma valise, j'étais peut-être épuisée, mais au moins, j'étais lavée, couchée et surtout... chez moi.
Ma patronne m'avait donné jusqu'au 2 janvier pour décider si, après la fin de mon visa, je voulais rester. La réponse est là. C'est à Montréal que je me sens chez moi.

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