Lundi 6 juin 2017, après 1h30 d'entrevue et de tests de français et d'anglais écrits et oraux :
"Ce que je vais faire c'est très rare, mais je vous offre l'emploi. Si vous voulez le poste, il est à vous."

Sous le choc, j'ai littéralement beugué. Toutes les offres que j'ai épluchées, toutes les candidatures que j'ai envoyées, tous les rejets (notamment pour cause de non nationalité) que j'ai affrontés se sont entrechoqués dans mon cerveau. Et là... Une offre. Une candidature. Une entrevue. Un emploi !
Non, c'est sûr, mon cerveau ne réalisait pas. Pourtant, je ne rêvais pas : à la veille de mon premier Canadanniversaire, le poste permanent à temps plein dans ma voie que j'attendais depuis si longtemps venait de m'être offert sur un plateau d'argent.

Une fois remise de mes émotions, le moment est venu d'annoncer la bonne nouvelle à ma famille et à mes amis. De l'autre côté de l'océan, à un ou deux mots près, j'ai systématiquement eu droit à la même réaction (parfois même avec la chorégraphie associée) : "Heu... YMCA, comme la chanson ?".
Oui. Ou presque.

Exit les icônes gays déguisés en personnages de Toy Story, le YMCA (Young Men's Christian Association) est un organisme communautaire créé en Angleterre en 1844 qui proposait, à l'origine, des activités sportives et religieuses aux jeunes hommes.
De formation en formation, j'ai découvert à quel point, depuis son implantation à Montréal en 1851, son champ d'action s'est élargi. Au-delà des gros complexes sportifs, le YMCA c'est aujourd'hui aussi :
- des programmes pour les enfants (garderie, aide aux devoirs, camps d'été...)
- des programmes pour les ados (ateliers, soutien scolaire, échanges culturels...)
- des programmes pour la communauté (activités pour les aînés, travaux compensatoires, résidence pour les réfugiés...)
et...
- une école internationale de langues.
De formation en formation, j'ai réalisé à quel point - Wow! - je venais de mettre les pieds dans un immense océan.

Le lieu que je préfère, c'est la salle de jeux à l'entrée. Quand je rentre (au Québec, on rentre au travail le matin et on quitte le soir), elle est peuplée de papys-mamies. Ping-pong, billard... leur énergie est digne de celle de mon papy. Quand je quitte en fin d'après-midi, les rides et les crânes dégarnis ont cédé la place aux boutons et aux hormones en pleine ébullition. À se demander s'ils ont rajeunis dans la journée ou vieilli dans la nuit. Les semaines ont beau défiler, à chaque fois que je passe devant cette salle, je souris. Des fois, je me demande ce qu'il se passerait, ce qu'ils se raconteraient si, dans la journée, ils venaient à se côtoyer. Je suis sure que le YMCA aussi y a déjà songé et l'a même déjà tenté...
Quand les portes de l'ascenseur s'ouvrent sur le 5ème étage, comme les étudiants, les professeurs et les membres de l'équipe administrative viennent du monde entier, - français, anglais, espagnol, portugais, chinois, japonais, italien... - les conversations fusent dans toutes les langues. Le contexte rêvé pour maintenir mon niveau d'anglais, réviser mon italien et enfin réaliser l'un de mes plus grands rêves objectifs : prendre des cours d'espagnol.

"Pourquoi est-ce que je devrais vous choisir vous?"
Mes études en langues étrangères, mon expérience de prof, mes nombreuses expériences en service à la clientèle, ma visite médicale et toutes les embûches qui ont suivi pour lever l'interdiction de travailler avec des enfants sur mon visa, mes expériences de bénévolat et de récoltes de fonds : toutes, absolument toutes mes expériences (pourtant si variées et, en apparence, non liées), tous mes combats se sont alignés pour faire sens ici et me donner les cartes nécessaires pour devenir LA personne à engager.

Petite, je rêvais d'être maîtresse enseignante (le mot "maîtresse" ne désigne pas véritablement une vocation professionnelle par icitte !). Adolescente, je me voyais prof d'anglais. Étudiante, c'est traductrice que je visais. Je voulais étudier aux États-Unis, faire un stage en Italie, du bénévolat à Bali. Je voulais m'installer au Canada, travailler pour UNIS, rejoindre l'équipe du YMCA. À 28 ans, à force de travail, de patience et d'acharnement, toutes mes ambitions professionnelles passées sont devenues réalité. Toutes. Sans exception.

Puisque tous les rêves sont réalisables, alors, un jour, sur ma carte d'affaires (carte de visite), c'est le logo de l'Unicef que l'on verra. Et ce rêve-là, c'est mon expérience au YMCA qui m'y conduira.

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